Cette année, les Chambres fédérales suisses ont voté une loi pour que le prix du livre reste fixe – cette loi ressemble beaucoup à la loi Lang, en vigueur en France, et qui a fait la preuve de son efficacité. Un référendum, contre lequel s'élèvent auteurs et éditeurs, a été lancé par la Migros (Ex Libris), les jeunes libéraux-radicaux et les jeunes UDC (droite dure) contre l'entrée en vigueur de ce prix fixe (ou prix unique). La votation populaire aura lieu le 11 mars. Je suis écrivain. Je donne ici mon point de vue – qui n'engage que moi.
L'écrivain et le marché
Une librairie en Turquie (lieu non précisé), le 22 juin 2010, par Christophe Meneboeuf
«Lorsque je commence à parler des bienfaits de la lecture, de la distribution de la chose écrite, je me retrouve toujours dans une discussion sur le capitalisme.» Le mot est de Vaclav Havel; il disait cela en se passant une main presque violente dans les cheveux, comme pour se les arracher – le geste convoyait le dépit plus efficacement encore que le ton et les paroles.
De l’or? De l’or jaune, étincelant, précieux?
Non, par dieu, je ne le convoite pas en vain!…
(William Shakespeare, Timon D'Athènes, acte IV, sc. 3)
Face au livre, celui qui écrit est solidaire de celui qui lit. Tout d’abord parce que, à mon avis, il n’y a pas d’écrivain qui n’ait pas commencé par être un avide lecteur. Un jour, une histoire provoque un «moi aussi, je pourrais…»; alors, de consommateur le lecteur se transforme en acteur — peu importe, à ce stade, qu’il soit doué pour l’écriture, que ce qu’il écrit ait du succès.
Malheureusement pour les auteurs, il y a beaucoup plus de gens qui ont quelque chose à dire que de possibilités de les publier. Et même si, depuis une vingtaine d’années, il est possible de s’exprimer à tout va, des millions d’écrivains en herbe rêvent à la consécration par une maison reconnue qui les publierait à compte d’éditeur, car ce n’est qu’ainsi qu’ils deviendront des écrivains à part entière. Dans un marché équilibré, un éditeur peut se permettre de prendre des risques. Les livres qui se vendront bien serviront de locomotive à ceux qui se vendront moins bien; ils donneront ainsi aux auteurs la chance de se faire connaître, et aux lecteur une occasion de faire des découvertes.
Hélas, nous ne sommes pas dans un marché équilibré.
L’auteur ne cherche pas tout d’abord à s’enrichir: il veut communiquer, raconter, analyser, contribuer à ce qui devient, avec le temps, la mémoire collective, la trace détaillée d’un présent qui se transformera en un passé dont lui seul aura témoigné. Et ici se dresse, pour celui qui est publié, un autre obstacle. Car traduit en termes crus, on pourrait dire qu’en étant édité, un écrivain a trouvé un producteur, un distributeur, et un marché. Et tous ces gens, qui ont placé sur l’auteur un espoir de réussite, et plus ou moins d’argent, veulent que l’auteur soit rentable, leur permette de faire une plus-value – des bénéfices.
… Ce peu d’or suffirait à rendre blanc le noir,
beau le laid, juste l’injuste, noble l’infâme,
jeune le vieux, vaillant le couard. […] (Shakespeare, ibid.)
Nous voici donc, nous qui avons écrit seuls à notre table pendant des mois, des années parfois, lancés sur le marché, où nous devenons un produit vendu, acheté, consommé, bref: une marchandise.
Et ce marché a sa «loi», qui veut que l’argent rapporte, et sa règle de fer est non seulement qu’il faut récupérer son investissement, mais aussi qu’il faut maximiser les profits. Une plus-value raisonnable est légitime. Mais dans la logique de l’argent, la seule «loi» est: «encore plus», toujours plus. Aussi, dans une évolution lente, mais inexorable, cette marchandise qu’est la production culturelle est en grande partie tombée sous la coupe de fortunes diverses ou de sponsors intéressés, de fonds d’investissement, de constructions financières sans visage pour lesquels les critères sont: s’agrandir pour gagner plus, et une fois qu’on a réussi un agrandissement, on en cherche un autre, on absorbe les plus petits que soi – on tente de monopoliser le marché pour dicter ses prix. C’est ainsi dans l’édition autant que dans l’industrie des machines. C’est la concentration du capital, et la disparition des différences. Pour un profit accru en faveur d’actionnaires auxquels les produits qui font ce profit sont indifférents – pourvu que ça rapporte.
Dans ce contexte, on cherche en vain les auteurs, sans le travail de qui il n’y a pas d’industrie du livre, de même qu’on cherche en vain les éditeurs indépendants.
Jamais il n’a été aussi facile d’écrire. L’ordinateur, les cours de narration, de visu ou à distance, les canaux de distribution alternatifs… Mais jamais non plus la cohorte des auteurs et des éditeurs indépendants n’a vécu des conditions aussi précaires.
Là où cette précarité est le plus immédiatement perceptible pour le lecteur, c’est le lieu où la production des auteurs et de leurs éditeurs s’écoule: les librairies.
Une librairie à Londres en 1809, gravure non signée
Nous, auteurs, assistons impuissants à la disparition de ceux dont la grande majorité d’entre nous dépend: les éditeurs indépendants qui prennent des risques par amour pour la littérature, et les libraires indépendants qui choisissent quels livres vendre, qui connaissaient leurs clients et entretiennent avec eux un dialogue culturel; cette disparition se fait au profit de supermarchés du livre. C’est que pour distribuer les livres, beaucoup de livres, il faut des capitaux. Et ces capitaux, nous l’avons vu, demandent un chiffre d’affaires toujours croissant. Même gérés par des gens de culture, ils finissent souvent par succomber. Dans cette logique, même les supermarchés du livre sont menacés: si le fonds d’investissements qui la possède considère que vendre sur internet est plus profitable, la grande librairie disparaîtra tout comme la petite, et on est déjà arrivés au stade où il devient nécessaire d’en défendre l’existence.
«[Les grandes librairies] offrent un espace où on peut rencontrer ses amis, draguer ou aller se cacher lorsqu’on est seul un samedi soir. Elles offrent une petite tranche de développement intellectuel dans un paysage commercial dominé par les jeans, les gâteaux et les crèmes hydratantes. Et elles le font sans demander grand-chose en retour – juste qu’on vienne souvent, et qu’occasionnellement on achète un livre au prix de détail. Voilà quelques-uns des motifs qui font que les gens aiment les librairies. Plutôt que de chercher des raisons pour lesquelles elles devraient disparaître [au profit de sites de librairie en ligne], on devrait énumérer les raisons pour lesquelles, même à l’âge d’Amazon, elles restent indispensables.»
On pourrait dire cela de toutes les librairies.
Pour qu'il n'y ait pas de malentendu, je précise que je suis une avide lectrice de livres numériques. Ils constituent pour moi un appoint au livre papier. Contrairement à ce qu'on proclame aux quatre vents depuis quelques années, les livres imprimés n'ont pas disparu, au contraire: il s'en imprime plus que jamais. Livre papier et livre numérique marcheront probablement encore très longtemps côte à côte, s'encourageant et se poussant l'un l'autre. Il est vrai que le livre électronique est moins cher. A condition cependant qu'on ne calcule pas le prix du lecteur électronique indispensable. Et à condition qu'on n'ait aucun plaisir à tenir un livre en papier. Le plaisir d'un livre que j'achète sur internet par rapport à celui que je vais chercher chez mon libraire un samedi après-midi? Je crois vraiment qu'on ne peut pas comparer.
…Allons, métal maudit,
Putain abjecte de l’humanité qui sèmes la bisbille
Au raout des nations, je te ferai travailler
conformément à ta nature.» (Shakespeare, ibid.)
Si aujourd’hui tout auteur qui a réfléchi est pour le prix unique du livre qui le mettrait à l’abri d’une concurrence effrénée, c’est pour une raison qui devrait être simple à comprendre: sauf s’il est un produit de grande consommation à la John Grisham, sa survie en dépend, car la production culturelle livrée aux lois du marché est tendanciellement destinée à disparaître. Le jour où les capitaux qui lui sont consacrés trouvent davantage de profit ailleurs, ils se retirent, non sans avoir d’abord «restructuré, optimisé, regroupé, unifié», en un mot détruit ce qui faisait l’essence de ces lieux charnières que sont à la fois les éditeurs et les libraires indépendants (grands ou petits qu’ils soient).
En Suisse, la situation a créé une confusion. En effet, les livres dans nos trois langues nationales sont importés par des distributeurs qui prélèvent au passage une plus-value qui renchérit ces livres de 30, 40, et parfois même 50% les livres français, allemands et italiens que nous achetons en Suisse. Toute la branche lutte pour supprimer cette plus-value exagérée, et pour que le prix soit fixé sur un «prix juste», comme le dit dans une Tribune parue dans le quotidien Le Temps le directeur général des Librairies Payot (qui soit dit en passant est partisan du prix unique), c'est-à-dire sur un prix débarassé de prélévements abusifs. Il s'agit donc là de deux problèmes séparés, que les partisans de la libéralisation utilisent parfois avec une certaine mauvaise foi.
On peut tout faire, dans une librarie, c'est le lieu convivial, le carrefour des pensées par excellence. Ici, la Librairie du Midi à Oron-la-Ville. (Photo Bertrand Schmid)
Il est donc de notre intérêt d’auteurs que le livre ne soit pas soumis à un bradage destiné à faire augmenter pendant un instant le chiffre d’affaires, mais qui laissera derrière lui, à long terme, un grand vide. On aura vendu à bas prix LE best-seller pour faire du chiffre, mais comme la marge du libraire aura ainsi été rongée, il n’aura plus les moyens de garder en magasin des livres qui se vendent moins bien. Et pour un petit libraire, c’est encore pire: il ne pourra pas se permettre de baisser le prix du best-seller, et on ne viendra pas l’acheter chez lui. De là à ce qu’il doive fermer boutique… Quant aux grands éditeurs, à des exceptions de plus en plus rares près, ils ont tendance à ne publier que les livres dont ils croient être sûr d’avance que ce seront des best-sellers (parfois écrits, comme cela se voit déjà aux Etats-Unis, sur la base de règles établies par le marketing). Cela les amène forcément à négliger la diversité en écartant des auteurs qui au premier abord ne répondent pas aux critères du succès. Les accidents spectaculaires dans le genre de «A la recherche du temps perdu» de Marcel Proust il y a un siècle, ou des trois volumes de «Millenium» de Stieg Larsson plus récemment, finalement publiés avec le succès que l’on sait, sont toujours possibles, mais ce ne sont que les exceptions qui confirment la règle – et ils seront toujours plus rares.
Ceci n’est pas du catastrophisme gratuit.
On a pu voir dans d’autres pays les effets d’une suppression du prix unique du livre. En Suède, l'effet dévastateur de la mesure a détruit près de la moitié des libraires, avec comme résultat qu'aujourd'hui plus d'un tiers des localités du pays n'ont plus de librairie (rappelons que la Suède, avec ses longues nuits hivernales, est un pays de lecteurs). Effet corollaire, les éditeurs indépendants ont perdu leurs meilleurs clients (les libraires, qui conseillaient, guidaient), et les auteurs ont vite perdu leurs éditeurs. Les librairies se sont concentrées, aujourd'hui les indépendants sont face à un grand groupe KF, qui domine plus de la moitié du marché, réduit son stock aux livres «utilitaires» (self-help, recettes…) et aux best-sellers, et fait une terrible pression sur eux.
Il en va de même pour l'Angleterre, un pays qui dispose pourtant d’un immense marché: les conséquences sont dévastatrices pour toute la branche.
A l’occasion d’un récent discours aux éditeurs allemands, John Le Carré dépeint ces conséquences très précisément. Tout d’abord, il constate que l’édition est souvent le fait d’amateurs éclairés (au sens fort du terme) «qui arrivent dans l’édition de façon aussi mystérieuse qu’on entrait autrefois dans les services secrets». Le problème de ces gens de culture, qui font les meilleurs éditeurs, est qu’ils «sont le plus souvent livrés aux mécanismes prédateurs du marché; face à eux, ils ne jouissent d’aucune protection.» Ce sont des lettrés, et non des financiers. «Il y a quelques années» poursuit Le Carré, «sans beaucoup réfléchir, j’ai accepté de m’exprimer en faveur de la libéralisation du prix du livre. Rétrospectivement, ce fut une terrible erreur. L'industrie anglaise du livre a supprimé le prix unique, et s'est ainsi livrée pieds et poings liés aux forces du marché; cela a été l’arrêt de mort des librairies indépendantes.» Le prix des livres, après une première baisse, a grimpé en flèche, et le coup a été fatal pour de nombreux éditeurs indépendants.
La librairie parisienne mythique Shakespeare and Company, dont le propriétaire vient de mourir – on ne sait pas encore si la librairie continuera sans lui. Pour se rendre compte de l'importance du petit libraire, on peut regarder le documentaire tourné sur ce libraire. (Photo Peter Barritt, SUPERSTOCK SIPA)
Il faut l’affirmer une fois de plus: la culture sous toutes ses formes ne peut pas être traitée comme une marchandise ordinaire. Une formation approfondie, une vaste culture des individus bénéficient à la société entière. Ce sont des citoyens bien formés qui inventeront et fabriqueront les nouveaux produits dont dépendent aussi en bonne partie, soit dit en passant, les bénéfices des multinationales. Ainsi, plutôt que d’être soumise à des mesures à courte vue, la culture, et dans le cas particulier le livre, doit être protégée, soignée et aidée si nécessaire, car une culture riche et variée représente, que des initiatives à courte vue le perçoivent ou non, le meilleur garant, et le meilleur placement, pour l’avenir de l’humanité.
Dans ce contexte, demander le prix unique du livre (fixé par la branche, et non par l'Etat, soyons bien clairs) peut paraître une démarche dérisoire. Pourtant, cette mesure relativement modeste est un signe fort: elle exprime la volonté de protéger (au moins un peu) contre les lois du marché un des objets qui véhiculent le mieux la nourriture culturelle quotidienne qui est la nôtre, ainsi que le lieu où nous préférons aller le chercher.
Plus-value, monopoles, investissements, profit, marché, concentrations, actionnaires, fonds d’investissement… Vaclav Havel avait raison: on veut parler littérature, lecture, culture – et on se retrouve dans une discussion sur le capitalisme.
Note: les citations sur l'argent de William Shakespeare ont été écrites en 1607 – et elles ne sont pas uniques dans son oeuvre, ce qui montre bien qu'il y a quatre siècle un écrivain était déjà sensible au pouvoir destructeur de l'argent.
«Mister Bookseller», page 1 d'un «comic» de Darko Macan et Tihomir Celanovic. Il date de 2008 et plaide sur le mode fantastique pour les librairies, et pour des libraires qui connaissent leurs clients. On peut le voir en entier ici.
Traduction française de cette page: «Bonjour, Monsieur.» «Que puis-je faire pour vous?» «Belle journée, je cherche un livre» «Vous êtes à la bonne adresse. J'en ai marre des gens qui cherchent des beefsteaks.» «Ça fait des années que je ne suis pas entré dans une librairie.» «Dans ce cas-là, vous cherchez quelque chose de rare, pas un poche de quatre sous, mais un livre de valeur.…Le livre favori de votre enfance, peut-être?»
Sites à consulter:
Contre le prix unique du livre
(Sous une forme un peu différente, cet article va paraître dans le No 33, qui sort de presse le 15 février, de la revue Culture en jeu. Cette publication se concentre sur les rapports entre les créateurs, l'argent et le public dans tous les domaines. Un dossier consacré à la votation du 11 mars sur le prix du livre donnera également le point de vue de la grande distribution, des libraires grands et petits, des éditeurs et du public).
, le 10.01.2012 à 00:41
Nous avons eu récemment une conférence de J-D Belfond.
La situation des librairies en France est rendue critique, une fois de plus, par l’augmentation de la TVA de 5,5 à 7%.
Cette différence de 1,5 % n’est rien, direz-vous… Oui, c’est la marge nette moyenne annuelle de ces commerces.
J’ignorais le décès de George Whitman. J’ai fréquenté, il y a longtemps sa maison et il était déjà vieux…
Aujourd’hui, on annonce la disparition d’une autre librairie : Castéla, place du Capitole, à Toulouse. La société immobilière qui possède les murs réclame un “ajustement” du loyer pour le porter à 800k€ par an, un quadruplement selon le libraire. Une paille.
, le 10.01.2012 à 06:07
Le prix unique du livre a effectivement fait ses preuves en France.
Néanmoins, en France :
– Des librairies ferment : ainsi à Aix en Provence, 2 librairies ont fermé ces dernières années.
– Les librairies indépendantes se font rares.
Et la généralisation du livre électronique ne va certainement pas arranger la situation
, le 10.01.2012 à 07:10
En Belgique, il n’y a aucune fixation du prix des livres. En général, une grosse étiquette de prix masque le prix fixe français imprimé en couverture arrière (couvrez ce prix que je ne saurais voir).
Pour les livres format poche, il y a généralement 1 à 2 € de différence, 5 ou 6 sur un livre de 25 € (soit 1/5, grosso modo). Il y a par contre une grosse influence des grandes chaînes de distribution avec comme résultat que les libraires survivants doivent choisir un créneau : littérature enfantine, livres d’arts etc.
Seuls quelques uns atteignent une taille critique suffisante pour s’en sortir sans s’imposer une créneau particulier (à Bruxelles, Tropismes ou Filigranes).
, le 10.01.2012 à 08:37
Le prix unique permet aux librairies de lutter contre les grandes surfaces, pas contre la disparition des lecteurs.
A Marseille, les grandes librairies du centre ont fermé depuis longtemps, en dehors de Gibert.
Je me souvient de la restructuration de Flammarion dans les années 70, quelques grandes tables avec des bouquins posés à plat le modernisme de l’époque à partir de quelques grosses ventes. Résultat, les mêmes livres qu’en grande surface.
De plus, j’ai été témoin de l’imbécilité des gens. J’ai connu une bibliothécaire de village qui préférait acheter ses livres en grande surface (80kms AR), plutôt qu’au libraire du coin(qui lui faisait évidemment le même prix) car, forcément, une grande surface ne pouvait qu’être moins chère”
A priori, Shakespeare and Company devrait tenter de survivre
, le 10.01.2012 à 10:46
Article intéressant, merci Anne.
Est-ce que le marché du livre répond au principe des marges arrières en Suisse?
Si oui, le prix unique protège la clientèle du libraire en évitant que le client achète ailleurs parce que c’est moins cher mais le prix unique ne protègera pas la marge du libraire ni ses revenus dans le sens où une grande surface va bénéficier de marges arrières sur le volume de vente qui va faire toute la différence en terme de santé financière!
Donc, il ne faut pas se leurrer, le prix unique ne va pas tout résoudre, loin de là.
Après, considérer que les biens culturels ne sont pas un bien comme les autres et qu’il ne doit pas répondre aux contraintes classiques du marché, je pense que cela se justifie.
Ah bon? Moi, les auteurs que je lis en ce moment (Echenoz, Boyd, Benacquista…) sont plus cher en version électronique que papier!
Et encore, je dis plus cher quand la version électronique existe car la plupart du temps, une infime partie des ouvrages des auteurs sont disponibles!
Et je ne te parle même pas des limites absurdes qui sont mis sur les livres électroniques (drm) qui font que je ne peux pas profiter de mon achat.
Bref, effarant de voir les mêmes errements dans le livre électronique qu’au démarrage de la musique numérique… Pour l’instant, j’ai passé mon tour et je reste au papier en attendant des livres électroniques débarrassés de toutes ces contraintes techniques.
, le 10.01.2012 à 13:32
Ainsi que la librairie Castéla sur la place du Capitole prochainement (à Toulouse). Probablement remplacée par un énième Starbucks… Les boules. :-/
, le 10.01.2012 à 13:54
merci anne pour cet article, que je m’empresse de partager à mes amis.
mais, dans les librairies, que font-ils les livres la nuit?
ciao, n
, le 10.01.2012 à 14:14
Merci pour cet article très détaillé, Anne!
En ce qui concerne l’évolution des libraires indépendants, petits et grands, il me semble que la notion d’expérience est primordiale dans le rapport avec les consommateurs. Le livre tend naturellement à devenir une commodité et seule la valorisation de l’expérience en boutique pourra maintenir à flot les indépendants. Il ne s’agit pas d’aligner uniquement les best sellers et de faire une sélection de titres pouvant intéresser la clientèle, il faut également travailler le relationnel afin que le client évolue d’une position de consommateur vers celle d’un invité (guest en Anglais).
Pour reprendre l’article de Joseph Pine II et James Gilmore, « Welcome to the Experience Economy », voici les attributs d’une telle offre :
• Modèle économique : on vend une expérience
• Fonction économique : mettre en scène
• Nature de l’offre : mémorable
• Principal attribut : personnel
• Vendeur : metteur en scène
• Acheteur : invité
• Critère de choix : sensations
Dans mon quartier, un petit jeune s’est installé pour vendre des BDs. Sa surface étant petite, il ne propose qu’une sélection (pas « all the books in the world » ;) et un petit résumé sur les nouveautés du mois. Il dispose d’un logiciel qui enregistre toutes les ventes par compte ce qui lui permet de faire en permanence de nouvelles suggestions à sa clientèle. Le résultat est que c’est maintenant une des boutiques qui marche le mieux dans sa rue. Il n’y a donc pas de fatalité.
Amitiés,
Arnaud
, le 10.01.2012 à 14:51
Je ne suis pas un spécialiste du livre… mais j’aimerais faire un parallèle avec un autre art: la musique.
L’étiolement ou la disparition de petits disquaires est bien plus ancienne. A l’époque, je ne sais pas si la branche a tenté de faire passer le prix du disque à un “minimum”, mais ça n’aurait pas changé grand chose au résultat car comme le mentionne si bien Corbeau, que doit solutionner cette initiative? Si on parle d’aider la librairie à survivre face aux gros mastodontes de la distribution, c’est sûr. Par contre, est-ce que ça apportera une solution à la baisse continuelle des ventes? Sûrement pas.
Vous vous souvenez de mon disquaire Eric? Je ne sais pas ce qu’il est devenu même si je sais que son magasin existe encore… mais perso, je n’ai plus le temps de passer une heure ou deux avec lui et repartir avec un sac de CD.
Je préfère, telle une abeille, butiner ici et là au gré de mes envies, de mon temps (parfois 5mn ou d’autre 1h) mais pas de devoir aller à quelque part de précis pour contenter ma soif de culture musicale.
Soyons clairs, prix unique ou pas, je m’en fous complètement… je suis juste en train de me demander si ce “combat” vaut le titre qu’on lui donne (ou prête) à savoir, sauver ou défendre la culture.
Comme la musique, depuis l’effondrement des majors, il n’y a jamais eu autant de musiques, de styles, de choix et d’interprètes… si pour la musique ça existe depuis “longtemps”, il commence à y avoir des sites à la YouTube qui proposent de publier n’importe qui sur le web… à n’en pas douter, le prochain Steinbeck, Rowling ou je ne sais qui éclorera probablement via un canal de ce type.
La culture n’a jamais été aussi vivante et aussi diversifiée et à mon avis, elle ne doit rien à des “dealers” de culture que sont des libraires talentueux ou non. Donc verrouiller des prix pour des libraires, c’est juste un moyen de maintenir une perfusion à un mode de distribution qui est en voie d’extinction car il n’est plus adapté au monde qui l’entoure.
Par contre, savoir si des artistes vont mieux vivre de leur art avec ce système ou sans, c’est une autre question.
, le 10.01.2012 à 15:54
Oui, tu as raison – pour ce qui est des publications en français.
Un de mes hobbies, c’est de lire de la littérature trash, dans laquelle on trouve régulièrement des chefs-d’oeuvre, reconnus seulement par le public des lecteurs et ignorés par la critique, qui ne s’occupe pas de ces histoires «pas sérieuses». Il y a notamment une littérature, dite «de second ordre» par les snobs, très riche en anglais. Et tu as raison: j’ai généralisé à tort.
Je pensais à ces livres anglais qui coûtent entre 2 et 4 Euros en version électronique, mais que tu trouves dans les librairies pour 13 à 19 francs suisses (10 à 15 Euros).
J’ai regardé, et en effet, en français surtout, les titres électroniques sont aussi chers que les même titres papier. Tant qu’on reste en France, disons, car dès que tu passes en Suisse, tu vois les marges que prennent des distributeurs abusifs.
Prenons un exemple: je viens de regarder le livre de Isaacson sur Steve Jobs. En Angleterre, il coûte £12 (€14.50, fr.s. 17.50) pour les version papier et Kindle (en anglais), en France, il vaut €23.75 (environ 29 fr.s.) papier et 18.99 format Kindle, ou 21 € format eBook. En Suisse, le livre papier vaut fr.s. 45.50.
Tu vois les différences!
Ce livre résume à lui tout seul toute la problématique de où fixer le «prix juste».
, le 10.01.2012 à 18:53
Une des différences de prix, en France, réside dans la différence des taux de TVA : actuellement 5,5%, 7% à partir du premier avril, pour le livre papier, et 19,6 % pour le même sur support électronique.
Ceci sans tenir compte de l’évolution vers la fameuse TVA “sociale”
, le 10.01.2012 à 18:59
Je suis navré de devoir te contredire : au dos de l’ISBN 978-2-7096-3832-6 il est indiqué 25€ TTC prix valable en France. Tu indiques le prix HT ! ;°))
Ce n’est pas bien, Madame, de faire ainsi de la fraude à la TVA qui, ensuite, oblige les candidats à la présidentielle française à s’étriper sur le quotient familial et autres niaiseries.
, le 10.01.2012 à 19:26
J’ai pris ça sur un site de librairie, je n’avais pas compris qu’ils faisaient un escompte. Néanmoins, entre 25 € (30 francs s.), et 45.50 francs suisses chez nous, tu avoueras…
, le 10.01.2012 à 21:58
Il me semble en tout cas que les mesures suivantes seraient nécessaires:
1) Un prix unique “européen” du livre (HTVA, bien entendu)
2) La même chose, en moins cher, pour le livre électronique (pas de frais d’impression et moins de frais de distribution.
Dans le même ordre d’idées, on pourrait appliquer le principe à la presse: j’ai l’impression (sic!) que les versions électroniques sont à peine moins cher que le papier. Etrange, non?
, le 10.01.2012 à 22:00
Raté, le prix indiqué par Anne est bien le prix TTC vendu dans beaucoup de librairies en France qui applique la réduction maximale autorisée sur le livre neuf à prix unique (qui n’est donc pas unique ^^).
25×0.95 = 23.75 Eur TTC avec la remise de 5% autorisée ;)
Le prix unique et la ristourne de 5% autorisée
, le 10.01.2012 à 22:53
D’après mes expériences des versions électroniques:
– tous les livres scientifiques sont pendant longtemps presque aussi chers, ou aussi chers, en version électronique qu’en version papier, dans la plupart des langues;
– la littérature littéraire et les nouveautés sont presque aussi chères pendant un certain temps (quelques années, la plupart du temps), aussi dans la plupart des langues;
– en français, la littérature policière et dite populaire en général est un peu en-dessous du prix de l’ouvrage en livre de poche;
– en anglais, par contre, les différences de prix vont du simple au double, parfois même du simple au triple.
Par ailleurs, je voudrais signaler la littérature en format électronique hors copyright. Souvent elle est gratuite, ou alors elle coûte un prix minime. J’ai acheté le facsimilé des originaux de Sherlock Holmes complet de Conan Doyle pour 1 franc suisse. On peut l’avoir gratuitement sans facsimilé, simplement le texte. En librairie, cela coûte 30 francs suisse, et £13 (19 fr. suisses) en Angleterre où cela est sorti.
Dans un format similaire, j’ai aussi, moi qui suis une grande fan de Dumas, Les Trois Mousquétaires.
, le 10.01.2012 à 23:09
D’autant que, dans le cas des ouvrages tombés dans le domaine public, on se retrouve devant un paradoxe : – des éditeurs qui nous disent que l’impression d’un livre n’est qu’une partie du prix de vente – ces mêmes éditeurs qui vendent à un prix parfois élevé des ouvrages libre d’accès (et généralement assez connus pour ne pas nécessiter de compagne de diffusion etc.).
, le 10.01.2012 à 23:51
@Guillaume 15
Tu as raison ! Je me suis fait avoir, je l’ai acheté au “Relay” de la Gare Montparnasse à Paris en attendant Madame Saluki dont le TGV était…était… encore là-bas.
Hors sujet : hier trois heures heures bloqué dans le tunnel du RER A. GRRR !
, le 11.01.2012 à 01:28
Merci Anne pour cet article éclairant, mais qui postule une relation au libraire dans laquelle je ne me reconnais pas. J’ai toujours lu, acheté des livres, j’ai un mal fou à entrer dans une librairie sans ressortir avec des livres, mais
Du coup, je suis mitigé dans l’appréciation de ton point de vue; j’ai le sentiment, comme TTE, que la mort des librairies, c’est la mort d’un modèle économique qui est en train de changer.
Pour ce qui concerne l’édition électronique, je n’ai vraiment pas l’impression qu’elle fagocite l’édition papier, si ce n’est dans les défauts de cette dernière:
Bref, l’industrie du livre a aussi ses défauts, et son incapacité à affronter le devenir numérique d’une partie de sa production. Le prix du livre électronique en France en est la parfaite illustration.
Ta démonstration me paraît imparable, en revanche, pour ce qui concerne le prix unique du livre.
My two pences, sachant que j’ai bien conscience de ne pas être un “bon” client en magasin: je pinaille, je tergiverse, je reviens en arrière, pour les bouquins comme pour le reste; devant mon écran, je fais la même chose, mais ça ne fait suer personne…
Une dernière question. Je n’ai pas bien compris le sens que tu donnais à cette phrase:
et encore moins le fait qu’elle soit précédée de celle-là
Est-elle placée pour suivre ce qui précède, ou pour précéder les deux phrases qui suivent? Je la comprends mieux dans le premier cas, moins, voire pas du tout, dans le second, mais j’ai été pris d’un doute à la lecture: t’ai-je bien compris?
, le 11.01.2012 à 01:35
Quand à la librairie Castéla, à Toulouse, elle me semblait mourir lentement de sa belle mort (transformation progressive en papèterie cadeau plan plan, concentration sur le marché récurrent du livre scolaire), et non, ce ne sera pas un Starbucks qui reprendra ses locaux, mais une enième boutique Orange; il semblerait qu’Apple ait été intéressée pour y installer l’un de ses boutiques, mais je n’ai pas bien compris si une obstruction forte lui a été opposée, au nom de je ne sais quel principe, ou si finalement, elle a trouvé la surface au sol insuffisante: les deux bruits ont couru…
, le 11.01.2012 à 09:31
J’ai quant à moi eu plusieurs libraires. Ce ne sont pas des gens à qui j’ai demandé conseil: je suis entré en relations avec eux parce que je passais des éternités dans leurs librairies avant d’acheter un livre et qui, finalement, se mettaient à discuter de lectures (les leurs et les miennes), et qui, alors seulement, éventuellement, me donnaient des conseils. Une libraire me disait récemment que le b-a-ba du bon libraire, c’est de ne jamais donner de conseil avant qu’on ne vous le demande.
Il y a de moins en moins de libraires de ce genre. Ce n’est pas de leur faute. C’est qu’ils travaillent désormais dans un «modèle économique» qui n’a plus besoin d’eux. Le fait que, comme le dit Victor Hugo dans la citation de flup (merci flup, je ne la connaissais pas), «le livre appartient au genre humain» intéresse de moins en moins ce modèle économique – qui s’intéresse par ailleurs de moins en moins à ce que Victor Hugo nomme le «genre humain».
, le 11.01.2012 à 13:39
Ah OK, merci pour l’info! :) Va donc y avoir une boutique Orange tous les 100m… :-/
, le 11.01.2012 à 15:48
En fait, je crois que modèle économique et genre humain ne vont pas ensemble, n’appartiennent pas au même univers sémantique.
, le 13.01.2012 à 14:38
Peut-être que je me trompe dans ce qui suit. Ou pas.
J’ai du mal à voir en quoi un livre est différent d’un disque de musique. En tant que produit culturel commercialisable je veux dire. Je dis un disque musical, mais somme toute, un disque d’un film, d’art ou blockbuster, n’est pas différent non plus.
Il y avait plein de petites et moyennes shopines vendant disques et proposant conseils et écoutes. J’ai passé pas mal d’heures dans un magasin près de mon école d’ingénieurs à causer enceintes, amplis, musique évidemment. C’était assez sympa. On y allait parfois en groupe, on y buvait même un verre ou grignottait une tranche de pizza. Et j’y allais parfois seul, m’isoler avec un casque à écouter des choses inconnues et y trouver un certain calme intérieur.
Curieusement, et bien que lecteur plutôt assidu, je n’ai pour ainsi dire jamais eu le même comportement avec les livres et les librairies. C’est vrai qu’un livre prend, généralement, plus de place qu’un disque. Et que donc à nombre égal, une librairie doit nécessairement être plus grande qu’un disquaire. Or donc j’ai surtout fréquenté les grandes librairies, et les librairies spécialisées. Et hormis les BD, comme on échantillonne pas quelques livres comme on échantillonne quelques disques, je n’y ai jamais donné rendez-vous à un groupe d’amis, nous n’avons jamais partagé de pizza devant des rayonnages de livres, etc.
Qu’importe.
Avec internet, j’ai découvert – il y a longtemps – les prix plus modérés des terres étrangères, et j’importais beaucoup de disques de par delà l’océan. Pas toujours Atlantique d’ailleurs. Ça n’a jamais été aisé de trouver des SACD en Suisse. Avec internet, j’ai découvert – il y a moins longtemps – la dématérialisation de la musique. Abonné de la première heure du B&W music club, par exemple. La musique téléchargée peut aussi être de haute qualité, compressée sans perte et 24 bits.
Bon, et bien les films, je les ai principalement importés. Point de magasinage en terre nationale, pour des raisons de calendrier des sorties comme de prix.
Et ma foi, les livres… comme je le disais plus haut, je n’ai fréquenté que les grandes librairies ou presque, de moins en moins d’ailleurs, le choix étant tellement plus vaste sur internet, et les blogs plus intéressants que les résumés des jaquettes ou le vendeur occupé et souvent ignorant. Internet fut longtemps le royaume de l’écrit, avant de devenir plus “multimédia”.
En 2011, j’ai acheté deux albums de musique classique pour mon épouse, soit 5 disques, et un SACD, peut-être le tout dernier. La majorité de mes acquisitions ont été électroniques. En 2012, sauf SACD exceptionnel… bref.
Une exception cependant : Marlène Jobert ou productions enfantines, mi-livre mi-CD. Mes filles aiment beaucoup ça. Mais ce n’est pas un produit complètement traditionnel.
En 2011, mon épouse et moi avons lu plus de livres électroniques que de livres papier. En 2012, je ne lirai, sauf accident, pas de livre papier. Pas de nouveau en tout cas. Les Kindle et iPad constituent des liseuses très agréables, et le Kindle n’a rien à envier à un poche pour ce qui est du confort de lecture.
Pourquoi irais-je m’embêter dans une librairie, dont le choix est forcément réduit, les séries de livres souvent incomplètes, la queue en caisse, le parking malaisé, alors que je peux lire les blogs littéraires qui m’intéressent, faire mes choix à tête reposée et au calme, puis obtenir les livres convoités et commencer à lire en quelques minutes à peine ?
Cette discussion sur le prix du livre, unique ou non, et d’ailleurs pourquoi limité au livre ?, me semble donc être d’arrière garde. Le modèle de distribution des oeuvres écrites est déjà en train de changer et ce de façon assez radicale. Les éditeurs même vont devoir repenser leur métier, car la publication et distribution de livres dématérialisés sont considérablement plus aisées que de devoir imprimer à grands frais puis distribuer son oeuvre dans un réseau de librairies.
Un prix du livre unique ? Pourquoi pas, au nom de la culture et du réseau de petites librairies. Mais s’il s’accompagne d’un prix unique du disque de musique. Vous savez, au nom de la culture et des petits disquaires. etc. Sinon, non.
Quoiqu’il en soit, ça ne changera rien à terme. Le déclin du livre papier est déjà amorcé.
édit:
Petit complément, sur le côté sensuel du papier.
Je me souviens dans les années 80, on me causait de la sensualité des grands disques vinyl et des grandes pochettes, du son chaud et vivant… qui se sont faits bouffés tous crus par le CD froid, chiurgical, aux pochettes minuscules, bref, pas sensuel. Un jour je me souviendrai qu’on me parlait, dans les années 10, de la sensualité du papier. La prochaine génération s’en fichera comme je me fichais des vinyls lorsque j’étais ado.
En plus, le papier est un désastre écologique. Consommation d’eau obscène, produits chimiques en quantités inavouables, transports dans toutes les directions… Les forêts ne sont majoritairement pas gérées durablement, en tout cas pas par les papetiers… L’horreur.
, le 13.01.2012 à 16:13
Un livre n’est en général vendu qu’une seule fois et c’est la source principale de revenu pour toute la chaine autour du livre (auteur, éditeur, distributeur…) sauf cas particuliers de négociation pour adaptation au cinéma/télé, livres audios et bien entendu les droits des bibliothèques.
Le disque, lui, est vendu une infinité de fois (diffusion radio, diffusion dans les lieux publics, sites de streaming, bande son pour un film, une publicité, concerts, audio-thèques…). Bref, dans le cas du disque, le revenu de l’auteur ne dépend pas uniquement de la vente de son disque et l’écosystème est beaucoup plus diversifié.
D’ailleurs, les chiffres le montrent, le livre c’est un marché annuel de 4,2 MdEur en France
Alors que le marché de la musique en France est complétement éclaté entre toutes les sources de revenus, le disque physique ne représentant que 0,5 MdEur de marché annuel à comparer avec les 0,8 MdEur de la Sacem (droits de diffusion), les 0,2 MdEur de la taxe pour copie privée, …
, le 13.01.2012 à 19:24
Merci Guillôme.
J’ai visiblement été un peu rapide. Je voulais donc dire que je ne voyais pas en quoi un livre en papier avec des mots dedans, vendu dans les petites, moyennes et grandes librairies de notre pays, différait d’un disque en plastique avec de la musique dessus, vendu chez les petits, moyens et grands disquaires de notre pays. Les objets physiques, les commerces physiques, fréquentés par nous en vrai.
Car c’est bien sur ça que porte le prix unique, l’objet réel vendu à des personnes réelles dans des points de vente réels. Et l’argument étant entre autres de gommer la concurrence entre les shopines physiques indépendamment de leur taille et de la diversification de leur catalogue de livres, ou d’autres produits culturels ou pas culturels.
Un disque a évidemment l’avantage de pouvoir être vendu par petits bouts à toutes sortes de diffuseurs, des sonneries de téléphone au cinéma en passant par les radios, jeux vidéos, interprètes faisant des reprises, etc. Les livres n’ont que peu d’autres débouchés, les bibliothèques, exceptionnellement le cinéma, les recueils de nouvelles lorsqu’il s’agit de nouvelles, parfois une publication sous une forme écourtée dans des publications littéraires, etc. Mais tous ces circuits parallèles ne sont pas touchés par le prix unique, et n’ont pas particulièrement d’influence sur la concurrence entre commerces.
Bref, les arguments autour du prix unique sont je pense obsolètes et ne tiennent pas compte de la dématérialisation inéluctable – pas totale, mais importante – du livre et de la réduction tout aussi inéluctable des volumes de vente en librairie. Le prix unique pourrait tout au plus retarder l’inéluctable, un peu.
, le 13.01.2012 à 23:56
je suis un peu handicapée par l’iPhone, mais je voudrais te dire deux choses, Fabrice:
– d’une part, j’ai longtemps usé des librairies cmme toi des magasins de musique. Le problème est que sous les coups d’une cncurrence totalement déloyale, elles disparaissent rapidement; je ne compte pas les discussions, les découvertes, les fêtes… Le pri unique essaie de corriger un peu ça, parce que des gens (pas toi, mais bon…) aimeraient freiner un peu ça au nom de la diversité;
– d’autre part, le livre wn perte de vitesse est une vue de l’esprit; il s’imprime davantage de livres chaque année; je suis convaincue que livre papier et livre dématérialisé vivront côte à côte. Oublions l’idée que le livre papier serait un problème écologique, car tout pose des problèmes écologiques.
Je rappelle tout de même pour mémoire que le système du profit illimité au prix de tout ce qui fait l’agrément des classes moyennes n’est pas une fatalité, mais la conséquences de décisions politiques et économiques qu’on peut changer, en le voulant.
Difficile d’aller plus loin sur ce mini clavier! Pardon pour les fautes probables.
Via iPhone
, le 15.01.2012 à 08:45
Je n’achète de livre que chez les libraires, ou chez Jean–Luc, mon bouquiniste du marché, coincé avec ses Série noire, ses Harlequin et ses Folio entre une boucherie et un fromager. Je passe toujours le voir d’abord, commençant par les nourritures de l’esprit qui sont moins périssables que ce que vend le poissonnier. En général, j’y reste bien une heure, à deviser, chiner dans les caisses réservées (celles qui sont sous la table ou derrière l’étal, c’est d’ailleurs là que je passe mon heure, du côté du marchand. Ce type est incroyable, il a un don de télépathie ou je ne sais quoi, mais tous les auteurs qu’il m’a conseillé un jour m’on plu (ou alors, c’est de l’hypnose ;o).
z (pour moi, la lecture, c’est un bon fauteuil, dans lequel on peu rester des heures, je répêêêêêêêêêête : et pour les gros trucs lourds essayez le lutrin, conseillé ici même par Saluki et vraiment efficace)
, le 20.01.2012 à 15:02
Depuis cet article, le sujet fait partie de mes reflexions du moment. J’ai discuté du prix fixe avec un auteur français vivant de son art depuis trop longtemps pour le dire, et il me relatait les conséquences de la loi Lang, le prix unique français donc.
La loi visait à protéger les petites librairies et de développer la lecture.
La réalité a été toute autre. Les petites librairies n’ont pas moins mis les clés sous la porte. Plus en fait. Les gros libraires peuvent négocier de tout leur poids de meilleurs prix auprès des éditeurs / distributeurs et maintenir des marges confortables. Les petits ont vu leur marge fondre, ne pouvant négocier de meilleurs tarifs. Les auteurs ont globalement vu leur rémunération baisser, et le réseau de distribution est resté hégémonique et florissant, aux dépends des deux extrémités de la chaîne.
Aujourd’hui, les distributeurs / diffuseurs se la pètent en proposant des marges aux auteurs de l’ordre d’un miraculeux 15 à 30%. Le pourcentage papier aujourd’hui est bien inférieur à 10%. Apple prélève 30%. Soit donc 70% la part de l’auteur. Certains éditeurs spécialisés proposent aussi 70% aux auteurs. C’est un peu plus réaliste comme part, je trouve.
Bref. L’industrie de la distribution est toute pourrie, et aucune loi sur le prix final ne changera ce fait. Les livres électroniques vont changer ce fait, et ont déjà commencé à le faire. Les éditeurs et diffuseurs accrochés à leur modèle impérial doivent mourir, et seule une saine concurrence du livre numérique diffusé à bas prix (et grosse part pour l’auteur) pourra les tuer.
6-8% pour l’auteur sur un poche, vous imaginez ça ? Pour un auteur connu et qui vend. Les nouveaux venus peuvent être heureux de toucher plus de 5%. Quelle honte. Certains éditeurs spécialisés (livres techniques, développement logiciel pour mon cas, je m’y étais intéressé il y a quelques années), rémunèrent moins que ça encore, et imposent des conditions contractuelles délirantes. Ça ne m’étonnerait pas que nombre d’auteurs se mettent à auto-publier sur l’iBook Store d’ici peu.
, le 24.01.2012 à 20:30
Merci beaucoup pour cet éclairage :-) Je n’était pas du tout conscient du réel problème ! Vive le livre papier (c’est un ressenti personnel ;-) vive les petites librairies de quartiers. Vive les gens passionnés !!!
, le 28.01.2012 à 10:52
Réponse un peu tardive, je n’avais qu’un occasionnel accès à Internet ces derniers jours, et toujours quelque chose de très urgent à faire dans ce cas-là.
Les chiffres que tu cites sont très optimistes pour l’auteur, je dois te le dire. 70% pour l’auteur, c’est quand tu édites à compte d’auteur, c’est à dire quand c’est toi, l’écrivain, qui as payé l’imprimeur. Sinon, les contrats-type de l’édition sont: 10 % jusqu’à X exemplaires (10’000, souvent), puis, à bien plaire, 12, 15 % au-delà. Certains auteurs stars obtiennent peut-être plus, mais c’est rarissime. La tendance actuelle est plutôt de discuter le 10% et de le réduire à 7 ou 8.
Quant aux poche, c’est effectivement un scandale, et le taux est 5% jusqu’à un nombre d’exemplaires que peu atteignent.
Pour mémoire, les livres se vendent généralement au prix de sortie de chez l’éditeur (travail éditorial+impression+ droits d’auteur) multiplié par cinq. Les quatre parts sont prélevées par la distribution (intermédiaires divers et libraires).
Bref, tout le monde vit de l’auteur, sauf l’auteur lui-même.
Quant au prix unique du livre, ce n’est certes pas la panacée, mais la protection qu’il offre peut être mesurée par rapport aux pays, régions, endroits où il n’existe pas.
L’auto-publication sur i-book ou sous forme de livre, c’est devenu très facile à faire, de nos jours, a un handicap, culturel en quelque sorte: la critique méprise la publication (sous quelque forme que ce soit) à compte d’auteur. La distribution l’ignore. Un peu comme si c’était l’aveu qu’on a raté sa vie d’auteur, puisque aucun éditeur ne vous publie.
, le 28.01.2012 à 23:31
Une exception ou la nouvelle donne ? Le livre sans nom, écrit par un anonyme, que je viens de lire a d’abord été publié sur Lulu après avoir été refusé par tous les éditeurs papier à qui il avait été proposé, il a finalement cartonné et est finalement sorti en papier dans 25 pays…
z (il ne faut pas désespérer, les auteurs peuvent se débarrasser de leurs parasites, je répêêêêêêêêêêête : il faut gratter là où ça démange !)
, le 29.01.2012 à 23:09
C’est surtout une manière originale d’attirer l’attention d’un éditeur. A part ce détail, il n’y a strictement pas de nouvelle donne. Une fois que l’éditeur l’a pris en main, l’auteur, pour anonyme qu’il soit, est dans le même système que tout le monde: contrat, tantièmes (voir les chiffres plus haut), et tout le reste. Le livre que tu as lu est devenu une marchandise vendue et achetée normale, à ce petit détail près que l’auteur reste anonyme, il ne prend même pas un pseudo comme l’ont fait d’autres. Mais il existe, son éditeur le connaît, et c’est pour cela que, j’en suis certaine, «tout est rentré dans l’ordre» (commercial s’entend).