Profitez des offres Memoirevive.ch!
Le long des rails à bâ­tons rom­pus

Le che­min de fer est mon moyen de lo­co­mo­tion pré­féré, suivi de près par le vélo.

Cela vient peut-être de mon en­fance, dont plu­sieurs an­nées se sont pas­sées dans un or­phe­li­nat à deux pas de la gare de Lau­sanne. On nous cou­chait (nous étions très jeunes) vers huit heures du soir, et j’avais par­fois de la peine à m’en­dor­mir. De temps à autre, on en­ten­dait le grin­ce­ment des trains sur les rails, les sif­fle­ments des lo­co­mo­tives, déjà plus à va­peur, mais le bruit est resté, je l’en­tends par­fois au­jour­d’hui en­core. Mais en ce temps-là ces bruits me met­taient, si je puis dire, en route. On en­ten­dait (car c’était vrai­ment tout près) le train dé­mar­rer, prendre de la vi­tesse, et alors je me de­man­dais où j’irais ce soir. Ve­nise, Rome (les trains que j’en­ten­dais le mieux étaient ceux qui pre­naient la di­rec­tion du sud), ou alors était-ce le jour où je par­tais pour Paris ou Londres?

Lorsque j’ai gagné ma vie et que j’ai eu du temps libre, j’ai tou­jours tenu à voya­ger en train. Je ne prends l’avion que lorsque je ne peux pas faire au­tre­ment. Pour le train, j’ai un abon­ne­ment gé­né­ral en Suisse (pour vous, amis fran­çais, c’est un ti­cket va­lable dans tout le pays, qu’on achète au mois ou à l’an­née), et je voyage beau­coup.

Quelques-unes des gares de Suisse me sont aussi fa­mi­lières que ma salle de bains. Celle de Zu­rich par exemple.

Alerte à Zu­rich HB

Ima­gi­nez-vous que vous ar­ri­vez dans la cour de votre im­meuble, un en­droit où vous pas­sez si fré­quem­ment que vous n’y pen­sez plus. Quel­qu’un s’ap­proche de vous au mo­ment où vous vous en­ga­gez dans l’es­pace, et vous prie de vous abs­te­nir: il pour­rait y avoir une bombe. C’est ce qui m’est ar­rivé hier à la gare de Zu­rich. 

image

Les pas­sages blo­qués (photo Chris­toph Lan­dolt)...

De­puis quelques jours, les alertes à la bombe se mul­ti­plient en Suisse. Ils en ont même eu une à la TV de Ge­nève. Et je suis tombé au beau mi­lieu de celle de la gare de Zu­rich. C’est étrange, ce que cela fait, un évé­ne­ment pa­reil. D’un seul coup, le lieu de­vient dif­fé­rent. A la gare de Zu­rich, tout le monde est tou­jours en mou­ve­ment. Là, c’était l’ar­rêt com­plet. Les étages in­fé­rieurs étaient blo­qués, les ven­deurs et les clients avaient été éva­cués. Au ni­veau où sont les trains, il fal­lait se tenir loin des ou­ver­tures. Et si on de­vait prendre un des trains de ban­lieue qui partent sous terre (c’était mon cas) on était prié d’al­ler cher­cher un bus qui fasse le même tra­jet – on vous ai­dait même à consul­ter l’ho­raire si vous vou­liez.

image

...​et les gens ar­rê­tés (photo Chris­toph Lan­dolt).

Une foule d’abord mo­deste, puis de plus en plus nom­breuse de gens qu’on blo­quait se pres­sait dans le grand hall. Votre grand hall. Celui que vous tra­ver­sez deux fois par jour. Un en­droit sympa, il y a un ange de Niki de Saint-Phalle sus­pendu au-des­sus des têtes. Eh bien non! à cet ins­tant, ça fai­sait peur. Bien sûr, cha­cun de nous pen­sait que rien ne pou­vait lui ar­ri­ver, per­son­nel­le­ment. Et pour­tant… On était plus près de l’ex­cep­tion­nel que d’ha­bi­tude. 

Pour moi, c’était fa­cile de trou­ver une al­ter­na­tive au train sou­ter­rain que je vou­lais prendre. Mais pour beau­coup de voya­geurs, il n’y avait pas de choix: il leur fal­lait «leur» train de ban­lieue. Alors ils at­ten­daient.

La presse, la radio, la TV, la po­lice, ont beau­coup in­sisté: per­sonne n’avait peur. Pas de pa­nique dans la foule. Ça, c’est vrai, pas de pa­nique. Mais pas peur? Je ne sais pas que vous dire… Même l’ange de Niki était dif­fé­rent. Moins ras­su­rant que d’ha­bi­tude. M’au­rait-il pro­tégé si, au mo­ment où je suis ar­ri­vée, à l’ins­tant même où l’alarme a été dé­clen­chée, j’étais tom­bée en pleine confla­gra­tion?

image

L'ange de Niki de Saint-Phalle est-il en­core pro­tec­teur?

Une chose est cer­taine, et les haut-par­leurs n’ont cessé de nous le ré­pé­ter. Les trains qui ne cir­cu­laient pas sous terre par­taient et ar­ri­vaient à l’heure. Nous sommes en Suisse, n’est-ce pas? 

Qui a lancé ces alertes à la bombe (cinq en quelques jours)? On ne sait pas. Pas en­core. Pour quelle rai­son? Si on sait, on ne nous le dit pas. 

En tout cas, lorsque je me suis en­ga­gée dans l’es­pace de l’alerte –re­de­venu ha­bi­tuel­le­ment pai­sible – ce matin, j’avais sou­dain l’im­pres­sion d’être en ter­ri­toire étran­ger. Jus­qu’ici, je n’avais pensé à rien de plus ca­tas­tro­phique que de me faire pi­quer mon porte-mon­naie. Mais ce matin, en me de­man­dant qui avait fait peur aux gens en par­lant de bombes dans la gare (on n’en a point trouvé, et pour­tant on a cher­ché par­tout pen­dant des heures), je me suis dit: et si c’était l’an­nonce d’une bombe à venir? Tout à coup, ce lieu aussi fa­mi­lier me de­ve­nait in­connu, et moi, je ne me connais­sais plus très bien non plus.

Il est vrai que je ne me suis pas af­fo­lée, ni ven­dredi, ni au­jour­d’hui. Dans ce sens, je n’ai pas plus peur qu’un autre. Mais je suis in­quiète. Me prend-on quelques-uns de mes re­pères?

La roue ailée

Lais­sons la ques­tion en sus­pens, je n’étais pas par­tie pour vous ra­con­ter ça. Je vou­lais vous par­ler plu­tôt du lieu dont j’ar­ri­vais lorsque je suis tom­bée en pleine alerte. Cela s’ap­pelle Flügel­rad, la Roue ailée, c’est un bis­trot, et il est à Olten.

Il faut vous dire que pour un ama­teur de trains, Olten, c’est car­ré­ment le pa­ra­dis. Lorsque j’ai com­mencé à écrire, je vou­lais si­tuer mon pre­mier roman à Olten, d’où des des­tins par­ti­raient dans toutes les di­rec­tions, et ar­ri­ve­raient de toutes les di­rec­tions. Pour ceux qui ne savent pas, Olten est le prin­ci­pal nœud fer­ro­viaire de Suisse, et un des prin­ci­paux d’Eu­rope. Ici se croisent et s’ar­rêtent des trains qui fi­nissent à Is­tan­bul, à Mos­cou, ou à Ham­bourg, ou à Li­ver­pool. C’est même une gare qui est faite de plu­sieurs gares. 

image

Quand au bis­trot de la Roue ailée, il est aussi près des rails que l’était mon or­phe­li­nat, et sui­vant la table qu’on oc­cupe, on peut voir les convois ar­ri­ver et re­par­tir. Si en été ils mettent des tables sur le trot­toir, on en­ten­dra les trains res­pi­rer. C’est un lieu très an­cien, qui a long­temps été un bis­trot où les che­mi­nots fai­saient halte. La der­nière pa­tronne, qui a pris sa re­traite il y a peu, avait ap­pris qu’il est dif­fi­cile, dans un bis­trot ainsi placé, d’éteindre les four­neaux. Les chauf­feurs, les mé­ca­ni­ciens, les contrô­leurs et tous les autres ar­ri­vaient à toute heure. Elle connais­sait les ho­raires des gens presque aussi bien que la di­rec­tion du per­son­nel des Che­mins de fer. Elle voyait un cer­tain train en­trer en gare, elle met­tait la table, les cas­se­roles val­saient sur les four­neaux, et quand les che­mi­nots en­traient, pres­sés, car ils n’avaient peut-être qu’une demi-heure avant de re­par­tir, le repas était sur la table, la bois­son dans le verre.

Et puis, la pa­tronne s’est faite trop âgée, et a cher­ché à re­mettre le bis­trot. Après 135 ans d’exis­tence, le Flügel­rad a bien failli dis­pa­raître.

Jus­qu’à ce que, presque à la der­nière mi­nute, quelques per­sonnes se réunissent, fondent une co­opé­ra­tive et dé­cident de ré­no­ver le Flügel­rad. Ce sont Pedro Lenz et Alex Capus,  écri­vains, et Wer­ner de Schep­per, jour­na­liste.

Lors­qu’on leur de­mande s’ils ont trans­formé le Flügel­rad en bis­trot lit­té­raire, ou en tout cas en lieu pour in­tel­lec­tuels, ils se ré­crient: «Pas du tout! Ici, c’est bière et cui­sine mai­son. C’est un bis­trot pour tous, y com­pris les che­mi­nots et les in­tel­lec­tuels.»

Le cui­si­nier s’ap­pelle Mar­tin Al­le­mann, et s’il est vrai qu’il fait une cui­sine à la fois ex­cel­lente et avan­ta­geuse, il sait aussi être raf­finé – il y en a vrai­ment pour tous, de la sau­cisse röstis aux des­serts éla­bo­rés. Je n’ai mangé que deux fois, et je peux vous dire que la sau­cisse de veau au beurre d’es­car­got, c’est spé­cial, que l’as­siette de lé­gumes est ma­gni­fique, que la tarte aux pru­neaux est suc­cu­lente, et que le flan ca­ra­mel (un des ther­mo­mètres aux­quels je me­sure la qua­lité d’un bis­trot) est tout sim­ple­ment su­blime.

J’étais allée au Flügel­rad ven­dredi pour ren­con­trer Alex Capus, un des pro­prié­taires, et un ami, parce que nous tra­vaillons en ce mo­ment à… Mais non. Je ne vais pas vous ra­con­ter au­jour­d’hui ce que nous fai­sions au Flügel­rad. Pa­tien­tez jus­qu’à fin mars. Vous sau­rez tout!

Le Rail­way De­tec­tive

Et puisque j’en étais aux che­mins de fer, je ne vou­drais pas man­quer de vous par­ler d’une série de po­lars qui se passent dans l’am­biance des trains, en 1852, en An­gle­terre. Ce sont de vé­ri­tables ro­mans his­to­riques, on ap­prend énor­mé­ment de choses sur l’his­toire des che­mins de fer, sur la construc­tion des wa­gons et des lo­co­mo­tives, sur l’ar­ri­vée du train dans les cam­pagnes et la men­ta­lité des gens qui n’avaient ja­mais vu ça, c’est une am­biance for­mi­dable. C'est un écri­vain for­mi­dable, Ed­ward Mars­ton.

image

Juste pour don­ner une idée de l'am­biance, voici la gare de Zu­rich à la même époque.

Il y a plu­sieurs héros. 

L’Ins­pec­teur Col­beck, sur­nommé «Rail­way De­tec­tive» parce qu’il a ré­solu l’énigme d’un meurtre dans un train. Après quoi, chaque fois qu’il y a un pépin dans les trains, on fait appel à l’ins­pec­teur Col­beck. 

image

Le pre­mier livre de la série…

Il y a son se­cond, le Dé­tec­tive Lee­ming, moins flam­boyant, mais très ef­fi­cace.

Il y a Bren­dan Mul­ryne, mau­vais gar­çon ex-flic, que Col­beck em­ploie en ca­chette de son chef, qui ne sup­porte pas les flics qui ont mal tourné. Mais bien sûr Bren­dan n’est que re­la­ti­ve­ment mau­vais gar­çon, c’est un Ir­lan­dais gé­né­reux et au fond loyal, sur­tout à Col­beck.

Et enfin, il y a leur chef à Scot­land Yard, qui, évi­dem­ment, leur met constam­ment les bâ­tons dans les roues.

image

…et le deuxième.

Sans ou­blier Ma­de­leine An­drews, que Col­beck ren­contre lors d’une de ses en­quêtes, et avec qui il en­tre­tien un rap­port qui fi­nira sans doute, au bout d’un de ces livres, par un ma­riage. En tout cas ils s’aiment, et (tou­jours en ca­chette du su­pé­rieur de Col­beck) elle aide par­fois son ins­pec­teur chéri.

C’est très bien écrit, on ne s’en lasse pas, j’en ai lu quatre (il doit y en avoir six en tout) et je me ré­jouis de lire le pro­chain.

Bon, petit in­con­vé­nient (pour cer­tains d'entre vous), ils sont en an­glais et si ma vi­site aux li­brai­ries fran­co­phones en ligne ne m’a pas trom­pée ils n’ont pas en­core été tra­duits.

Mais bon, en at­ten­dant la tra­duc­tion, ceux qui lisent l’an­glais, si ça leur tombe sous la main… Bonne lec­ture à eux!

C’est ici que se ter­mine (pour au­jour­d'hui) cette ba­lade le long des rails.

20 com­men­taires
1)
ysen­grain
, le 18.01.2011 à 07:52

Jus­qu’à 16 ans en­vi­ron, j’ai eu «une pé­riode train», et plus pré­ci­sé­ment un in­té­rêt tout par­ti­cu­lier pour les lo­co­mo­tives à va­peur dont la dis­pa­ri­tion se pro­fi­lait déjà. Je pas­sais au moins une après-midi libre par se­maine à aller es­pion­ner les ac­ti­vi­tés d’un dépôt de lo­co­mo­tives, à ar­pen­ter les quais d’une gare pour le simple plai­sir de voir ar­ri­ver et re­par­tir ces mo­nu­ments de plu­sieurs di­zaines de tonnes de fer­raille qui m’im­pres­sion­naient tant. Un jour, un des ma­chi­nistes ayant re­mar­qué ma pré­sence au­pa­ra­vant me de­mande ce que je fais là. Après quelques échanges, il me pro­pose de l’ac­com­pa­gner de­vant convoyer la lo­co­mo­tive (élec­trique) «à l’autre bout de Paris». 3 heures dans le poste de pi­lo­tage !!!

Quelques se­maines après, je «m’or­ga­nise», en plein hiver, un voyage sur une lo­co­mo­tive à va­peur entre Paris et Reims. Et là, ce fut la dé­cou­verte d’un monde: celui de la pro­mis­cuité en rai­son de l’étroi­tesse de la pla­te­forme de conduite où nous étions 4 au lieu de 2 ha­bi­tuel­le­ment. Et puis le chauf­feur qui de­vait sans cesse ali­men­ter le foyer de la chau­dière en char­bon à grands coups de pelle (d’une im­pres­sion­nante sur­face cette fois). Enfin, l’en­fer énorme du bruit, du sif­fle­ment du vent, et le nec plus ultra de l’in­sup­por­table cha­leur à la­quelle le corps est ex­posé, tan­dis que l’autre trans­pire al­lè­gre­ment …. au vent et au froid….. Je com­prends la re­traite à 55 ans pour les gens ex­po­sés à ça.

Après une se­maine au lit avec une énorme bron­chite et 40 de fièvre, je me suis «un peu éloi­gné des che­mins de fer».

Un der­nier mot. Super le TGV, mais je com­prends beau­coup moins bien la re­traite à 55 ans pour les conduc­teurs de TGV.

2)
Guillôme
, le 18.01.2011 à 11:57

Pour moi, train rime avec re­tard, mo­no­pole, grève, kaf­kaïen, cher, usa­ger…

Alors pour le rêve en par­tant d’un train, c’est pas gagné en ce qui me concerne…

3)
zit
, le 18.01.2011 à 13:41

Ah, les trains, connais­sez vous le ma­gni­fique film de Wim Wen­ders, Tokyo ga? dont vous pou­vez avoir un aperçu (de bien piètre qua­lité) ici, dans le­quel les trains ont, à plu­sieurs titres, une im­por­tance non né­gli­geable.

Autre son de cloche dans « Contre–jour » de Tho­mas Pyn­chon : je vous la fait brève, mais l’idée, c’est qu’il existe un lien très fort entre l’es­sor du ca­pi­ta­lisme et la co­lo­ni­sa­tion (du ter­ri­toire US) et le che­val de feu… De même en Eu­rope, et en fait, par­tout où le train est ar­rivé…

Sinon, je me sou­viens d’avoir vu fonc­tion­ner une lo­co­mo­tive à va­peur de la fe­nêtre de chez mes grands–pa­rents qui don­naient sur la voie de la pe­tite cein­ture, j’en suis en­core tout ému.

Autre sou­ve­nir de bruits, de ma­tières et de cou­leurs, les Sprague, je me sent vrai­ment vieux tout d’un coup, le temps où les mé­tros pa­ri­siens étaient en bois !

Et une autre fois, alors que j’était en train de faire des pa­no­ra­miques (avec pied et ro­tule et tout et tout) de l’avant d’un TGV sur un quai de la gare Mont­par­nasse, avant de mon­ter dans le train, un qui­dam en­gage la conver­sa­tion au sujet de ce que je suis en train de faire, et il me dit :

« Ah, mais vous pre­nez donc ce train là ? Et bin mon­tez, je vous em­mène ! »

Et il a sorti une clef et ou­vert la porte de la mo­trice : Paris–Nantes dans le co­que­pite d’un TGV ! Une sacré ex­pé­rience…

z (SNCF = Sur Neuf Cinq Fai­néants, je ré­pêêêêêêêêêêêêête : Sa­voir Nager Comme Fer­nan­del *)

* D’après Jean–Ber­nard Pouy, grand spé­cia­liste s’il en est

4)
Mat­kin­son
, le 18.01.2011 à 13:50

Pour moi c’est de­puis que je suis en Suisse que j’ai re­pris goût aux voyages en train. Par contre, dès que je re­tourne en France, c’est la honte: grèves à un tel point qu’elles sont juste in­dé­centes à mes yeux (les “pré­ven­tives” main­te­nant…), re­tards sys­té­ma­tiques, per­son­nel désa­gréable au pos­sible, et j’en passe, sans même par­ler du tout-TGV qui met une grouille pas pos­sible dans des ré­gions qui au­raient bien be­soin de lignes de train en état de marche.

Les CFF à côté, c’est le pa­ra­dis je vous dis.

5)
ysen­grain
, le 18.01.2011 à 14:52

C’est la “lut­teu fi­nâàà­leu” ….

6)
Anne Cuneo
, le 18.01.2011 à 16:07

Je suis d’ac­cord avec ceux d’entre vous qui se plaignent des che­mins de fer fran­çais. Il y a les grèves etc., il y a les re­tards, le ma­té­riel pas tou­jours à la hau­teur, mais de mon point de vue, il y a sur­tout la po­li­tique face aux trains: on a misé sur les TGV en sup­pri­mant les pe­tites lignes, ou alors en les né­gli­geant à tel point que ç’en est hon­teux.

Cela n’a rien à voir avec la ca­pa­cité de la France à avoir des trains per­for­mants. C’est la po­li­tique qui est à s’ar­ra­cher les che­veux.

Je me sou­viens du jour où j’ai voulu (naï­ve­ment) aller de Paris à Poi­tiers avec un om­ni­bus, pour m’ar­rê­ter éven­tuel­le­ment. Pas pos­sible. Ligne sup­pri­mée.

Cela dit, cette contri­bu­tion vou­lait par­ler du train en gé­né­ral, et non de la po­li­tique des trans­ports. En­core que je sois d’ac­cord que la vi­sion qu’on a du train en Suisse ou en France, ce n’est pas pa­reil…

7)
Sa­luki
, le 18.01.2011 à 19:02

Deux ou trois choses que je sais d’elle…

Gamin, j’al­lais lire “La Vie du Rail” chez la voi­sine de l’étage du des­sus. Voi­sine, car son mari “fai­sait” les trains de nuit. Ça m’a mar­qué, au point que mon cur­sus af­fi­ché (“Tu seras in­gé­nieur, mon fils…”) me conve­nait fort bien, voie (voie…) royale pour au­tant qu’elle menât à la SNCF.
Les concours en ont dé­cidé au­tre­ment, mais je me suis vite rat­trapé : mon fils est né en Sep­tembre, et dès la Noël sui­vante, il bé­né­fi­ciait de son pre­mier train Hornby.

Pour ce qui est de la qua­lité de ser­vice, pen­dant 18 mois, j’ai fait qua­si­ment chaque se­maine, Pa­ris-Mul­house, aller et re­tour, en TGV. J’ai to­ta­lisé 14 bons de ré­duc­tion, c’est-à-dire 14 re­tards de plus d’une demi-heure.

Si je veux faire Pa­ris-Bâle, Di­rect, par chez moi, en Cham­pagne, c’est l’une des der­nières, voire la der­nière grande ligne in­ter­na­tio­nale qui ne soit pas élec­tri­fiée, de vieilles Die­sel à bout de souffle. Une honte… qui dure 5 heures 40. Un Troyen fait plus vite de venir à Paris et prendre le TGV pour Stras­bourg-Mul­house-Bâle que de faire le poi­reau par Culmont-Cha­lin­drey (svp, pas de contre­pè­te­rie dans le pre­mier nom…) et Bel­fort.

8)
Mo­dane
, le 18.01.2011 à 19:10

J’al­lais au col­lège à vélo. La ville était à trois ki­lo­mètres de chez moi, par la route du haut. Nous y al­lions en groupe, la bande du vil­lage, pe­tits et grands mé­lan­gés.

Il y avait tou­jours quel­qu’un, et sou­vent moi, pour lan­cer : “Et si nous pas­sions par le bas?”

La route du bas était plus longue de quelques ki­lo­mètres, mais elle avait un avan­tage : deux pas­sages à ni­veaux, la ligne pour Paris et la ligne pour Pon­toise. Deux oc­ca­sions de se re­trou­ver blo­qués der­rière les bar­rières, à es­pé­rer, trem­blant, le pas­sage des monstres mé­tal­liques, toutes bielles de­hors, cra­chant fu­rieu­se­ment leur va­peur, et deux oc­ca­sions de tra­ver­ser en­suite, dans les pans de fumée, dans les odeurs de graisse et de char­bon, le pas­sage dé­li­vré du dan­ger.

Vive le train!

9)
Migui
, le 18.01.2011 à 21:50

Les trains: un moyen de trans­port que j’aime énor­mé­ment, mais im­pos­sible dans mon cas. On ou­blie trop sou­vent que, de centre-ville à centre-ville, c’est très bien, mais en-de­hors de cela, c’est sou­vent dif­fi­cile, voire im­pos­sible.

Un beau sou­ve­nir? L’émis­sion “Des trains pas comme les autres”, qui, à vingt ans, m’a per­mis de voya­ger à bon compte jus­qu’au bout du monde. Je me sou­viens no­tam­ment d’un nu­méro consa­cré au train qui grimpe au Machu Pic­chu. Du pur bon­heur!

Anne, j’ai souri par rap­port à ton “test du flan”: en ce qui me concerne, je fais un peu la même chose, mais avec la crème brû­lée!

Cha­cun son ca­ra­mel!

10)
AdMem
, le 18.01.2011 à 21:58

Hum ! Bon. Les SBB CFF FFS ne sont pas par­faits non plus. Ci­tons les aug­men­ta­tions de… ta­rifs qui pointent. Et le manque de fi­nan­ce­ment pour l’ave­nir. Vous avez dit po­li­tique ? ;-) Mais ques­tion ser­vice, c’est vrai que cela reste très bien. Es­pé­rons que cela dure !

11)
Ma­dame Pop­pins
, le 19.01.2011 à 00:22

Du­rant des an­nées, à chaque va­cance sco­laire, je fai­sais six heures et demi de train. Six heures et demi de li­berté, à pou­voir pas­ser d’un wagon à l’autre, à ob­ser­ver les gens, à dis­cu­ter par­fois, à rê­vas­ser en re­gar­dant un pay­sage pour­tant connu mais tout le temps chan­geant, à lire sou­vent.

Le même tra­jet en voi­ture n’au­rait été que dé­via­tion, bou­chons, tra­vaux et stress.

La gare de Zürich, je l’aime sur­tout pour cet ange, ma­gni­fique : je ne vois pas com­ment il pour­rait être autre chose que pro­tec­teur.

12)
M.G.
, le 19.01.2011 à 08:04

Per­met­tez au Da­ka­rois que je suis de­puis bien­tôt cin­quante-quatre ans (et à ce titre voya­geant plus sou­vent en avion qu’en train) de vous ra­con­ter des sou­ve­nirs de trains… en France.

C’était l’époque où ma mère vi­vait en Nor­man­die, à Briouze. J’y sé­jour­nais pen­dant les va­cances sco­laires.

Chaque soir en été, j’al­lais at­tendre l’ar­ri­vée du Pa­ris-Gran­ville pour ad­mi­rer la lo­co­mo­tive. Tout a été dit et écrit sur l’im­pres­sion de puis­sance et de magie mé­ca­nique que dé­ga­geait une « 241 P » à l’ar­rêt.

Au coup de sif­flet li­bé­ra­teur du Chef de Gare, le conduc­teur en­voyait la va­peur et la ma­chine s’ébran­lait… Dou­ce­ment d’abord, puis sa vi­tesse aug­men­tait au gré de l’ac­tion du conduc­teur sur ses ma­nettes. Il lui fal­lait beau­coup de doigté pour évi­ter le pa­ti­nage des roues sur les rails pen­dant les pre­mières di­zaines de mètres !

La taille de la bête, ses roues énormes, son em­biel­lage si com­plexe me laissent en­core au­jour­d’hui un sen­ti­ment d’ad­mi­ra­tion pour les hommes qui l’avaient conçue et pour ceux qui la condui­saient.

Des an­nées plus tard, en juillet 1995, un Pa­ris-Lyon-Pa­ris dans la jour­née en TGV m’a mon­tré que le temps de la Va­peur était bien ré­volu. Cette sorte de tapis vo­lant qui par­court la cam­pagne en si­lence à plus de 300 km/h n’évoque vrai­ment plus la magie d’an­tan. En re­vanche, il sem­ble­rait que leur conduc­teur bé­né­fi­cie tou­jours d’une « prime d’es­car­billes » !

13)
Le Cor­beau
, le 19.01.2011 à 09:01

<mode hu­meur mau­vaise>

@ MG, faut ar­rê­ter avec les fan­tasmes de prime d’es­car­bille ou autre qui ne sont qu’un ra­mas­sis de men­songes et n’ont ja­mais existé, même du temps de la va­peur.

@Y­sen­grain et autres Faut pas hé­si­ter à se faire em­bau­cher comme conduc­teur, la SNCF a des dif­fi­cul­tés à re­cru­ter mal­gré les condi­tions mi­ri­fiques que vous dé­cri­vez. Avec un BAC scien­ti­fique, vous pour­rez tou­cher 1600 euros net par mois au dé­part et aurez la joie de cou­cher n’im­porte où, avoir des ho­raires dé­ca­lés. En plus, vous n’au­rez pas à vous sou­cier de votre vie de fa­mille.

Sur les re­tard
Il faut connaître avant de cri­ti­quer, je rap­pelle que c’est l’état qui est pro­prié­taire et qui mène de­puis des an­nées une cam­pagne sur ces fei­gnasses de che­mi­nots qui sont là a rien foutre.
Donc on sup­prime ceux qui sont dans les gares à tou­cher du po­gnon assis (les as­treintes). les che­mi­nots, c’est pas des conduc­teurs de bus, ils passent d’un train à l’autre tout au long de leur ser­vice. Donc main­te­nant, plus per­sonne pour rem­pla­cer le conduc­teur ou le contrô­leur, blo­qué dans le train en re­tard, d’où, un autre re­tard, qui en en­traî­nera un autre etc.

Quand au matos pour­rave, il faut sa­voir que l’état exige que la SNCF fasse du bénéf pour en­cais­ser les di­vi­dendes et se rem­bour­ser des ta­rifs so­ciaux. Donc après avoir vendu, les im­meubles et le ma­té­riel, comme toute so­ciété ca­pi­ta­liste, on dé­laisse ce qui n’est pas ren­table, lignes trans­ver­sales et se­con­daires.

<mode hu­meur mau­vaise>

14)
To­TheEnd
, le 19.01.2011 à 09:29

Al­lons al­lons, si la Cour des comptes a dé­noncé il y a quelques se­maines la SNCF et la RATP, ce n’est pas pour rien… Je cite “La Cour égra­tigne par ailleurs les comptes des deux opé­ra­teurs pu­blics, jugés ” trop opaques”, no­tam­ment les comptes du Tran­si­lien (le ser­vice des trains de ban­lieue de la SNCF) qui n’a tout bon­ne­ment pas de comptes in­dé­pen­dants et cer­ti­fiés. “Le Stif ne peut même pas sa­voir com­bien ces trains em­ploient de che­mi­nots !”.

C’est bien de tou­jours cra­cher sur les boites pri­vées et le grand ca­pi­tal mais n’im­porte quelle boite cotée en bourse qui pré­sen­te­rait des comptes aussi opaques au­rait un ma­na­ge­ment en pri­son…

15)
In­connu
, le 19.01.2011 à 10:00

le train pour moi, c’est quand je ren­trais le week-end du pen­sion­nat. Ou quand je ren­trais en perm de l’ar­mée pen­dant mon ser­vice (La Cio­tat-Mul­house, c’est beau­coup d’heures de train….) Alors main­te­nant j’évite. D’au­tant que c’est tout de même ex­trê­me­ment peu fiable en France.

16)
Anne Cuneo
, le 19.01.2011 à 12:07

Oh! là là… J’ai écrit une contri­bu­tion sur mon amour des trains, et voilà que ça dé­clenche une po­lé­mique po­li­tique. Ce n’est pas que ça ne m’in­té­resse pas, au contraire.

Je constate que la ges­tion des CFF est (en dépit de toutes les ré­cla­ma­tions) meilleure que cella de la SNCF, et ce qui res­sort du ton gé­né­ral c’est que les dys­fonc­tion­ne­ments (et la po­li­tique des trans­ports) fran­çais ont obs­curci le plai­sir du train. D’au­tant plus que ques­tion prix, je constate que si l’on sort des prix fa­ra­mi­neux pro­po­sés dans des ac­tions faites pour des gens qui pla­ni­fient leur voyage six mois à l’avance, les che­mins de fer fran­çais sont aussi chers que les suisses.

Cela dit, lorsque je pense à ce qui se passe en An­gle­terre (je suis grande usa­gère des trains là-bas), je trou­ve­rais plus pru­dent de ne pas m’en­ga­ger sur un débat privé-pu­blic dans ce cadre-ci.

17)
Anne Cuneo
, le 19.01.2011 à 12:18

@ MG, faut ar­rê­ter avec les fan­tasmes de prime d’es­car­bille ou autre qui ne sont qu’un ra­mas­sis de men­songes et n’ont ja­mais existé, même du temps de la va­peur.

Je trouve qu’il faut lais­ser à cha­cun ses sou­ve­nirs, Cor­beau. Dé­so­lée de t’avoir mise de mau­vaise hu­meur, mais le fait est que des gens qui ont aimé le train lors­qu’ils étaient en­fants et qui s’in­té­res­saient aux lo­co­mo­tives à va­peur, il y en a en­core pas mal. Sans comp­ter ceux de leurs en­fants qui vont cher­cher de vieilles pièces pour re­cons­ti­tuer une lo­co­mo­tive, j’en connais moi-même. Et sans par­ler de ceux qui sont tout aussi fada des lo­co­mo­tives élec­triques.

Pour le reste, je suis d’ac­cord avec toi.

@Marc l’Afri­cain, tu de­vrais vrai­ment lire le Rail­way De­tec­tive, il y a des des­crip­tions de lo­co­mo­tive et des ex­pli­ca­tions sur les en­gins qui t’en­chan­te­raient.

18)
Mat­kin­son
, le 19.01.2011 à 13:08

Cela dit, lorsque je pense à ce qui se passe en An­gle­terre (je suis grande usa­gère des trains là-bas), je trou­ve­rais plus pru­dent de ne pas m’en­ga­ger sur un débat privé-pu­blic dans ce cadre-ci.

Sauf er­reur, la si­tua­tion était déjà ca­tas­tro­phique en An­gle­terre avant même de pri­va­ti­ser les che­mins de fer. Après, si c’est vrai ou pas…

19)
Anne Cuneo
, le 19.01.2011 à 15:19

Sauf er­reur, la si­tua­tion était déjà ca­tas­tro­phique en An­gle­terre avant même de pri­va­ti­ser les che­mins de fer

Je te ren­voie au film de Ken Loach The Na­vi­ga­tors, il ex­plique par­fai­te­ment les choses. Il y avait certes une dé­ci­sion po­li­tique à prendre à ce mo­ment-là, mais la pri­va­ti­sa­tion n’était peut-être pas la bonne. En tout cas elle a créé la vraie ca­tas­trophe (et LES ca­tas­trophes avec morts d’hommes, de femmes et d’en­fants). Ken Loach et son scé­na­riste (ex-che­mi­not) ont très bien ex­pli­qué cela.

20)
Mat­kin­son
, le 19.01.2011 à 15:21

Je te ren­voie au film de Ken Loach The Na­vi­ga­tors, il ex­plique par­fai­te­ment les choses.

Ah connais­sais pas. Je vais voir ça alors. Merci pour le tuyau! ;-)