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Ap­prendre une langue….
A ma nais­sance, les bonnes fées se sont pen­chées sur mon ber­ceau et y ont dé­posé un ca­deau de très grande va­leur : elles m'ont of­fert des pa­rents ger­ma­no­phones. Une mère al­le­mande et un père suisse al­le­mand, les deux convain­cus que notre vie en Suisse ro­mande ren­dait l'usage de leur langue ma­ter­nelle à la mai­son en­core plus né­ces­saire.

J'ai tout d'abord gagné un temps fou à ne pas de­voir ap­prendre les dé­cli­nai­sons, les verbes ir­ré­gu­liers; je n'ai pas consa­cré des soi­rées en­tières à es­sayer de me sou­ve­nir du genre de "Mes­ser" ou de "Zei­tung", outre que mes éven­tuelles fautes d'or­tho­graphe ou de syn­taxe - dans mes ré­dac­tions en fran­çais - étaient ex­cu­sées par les ins­ti­tu­trices "... quelques er­reurs, dues à sa langue ma­ter­nelle", la­quelle avait tou­te­fois bon dos : il se trou­vait que j'étais plu­tôt pa­res­seuse, tout sim­ple­ment, pas en train de confondre les deux langues.

Re­mar­quez, je se­rais cu­rieuse de connaître votre dé­fi­ni­tion et votre vi­sion de la langue dite "ma­ter­nelle" : est-ce celle de la "mère" ou est-ce celle dans la­quelle on a fait ses classes et ré­digé ses pre­mières dis­ser­ta­tions ? Pour moi, il s'agit clai­re­ment de la langue dans la­quelle on a ap­pris à lire, que l'on a étu­dié en classe "sou­li­gnez en jaune le verbe, le sujet en vert et in­di­quez s'il s'agit d'un com­plé­ment cir­cons­tan­tiel de temps ou de lieu"... mais je m'égare, re­pre­nons le fil.

En­suite, j'ai une nou­velle fois gagné du temps lorsque le pro­gramme a ajouté une deuxième langue étran­gère - en Suisse ro­mande, après l'al­le­mand, les en­fants ap­prennent l'an­glais - : j'étais confron­tée pour la pre­mière fois à des listes de vo­ca­bu­laire, tout en étant consciente que par­fois, il ne faut pas cher­cher à com­prendre pour­quoi il pleut des chats et des chiens dans cer­tains pays alors qu'en fran­çais, le ciel est sup­posé nous en­voyer des cordes, il faut tout sim­ple­ment ap­prendre par coeur.

Il m'a fallu quelques an­nées pour réa­li­ser que ces bonnes fées m'avaient of­fert bien da­van­tage qu'une langue, ses ex­pres­sions et ses verbes ir­ré­gu­liers. Elles m'avaient éga­le­ment of­fert la chance de "vivre" cette langue, no­tam­ment par l'in­ter­mé­diaire des his­toires que me ra­con­taient mes pa­rents, le soir, avant d'al­ler dor­mir, par le biais de la cui­sine; ajou­tez à cela le fait que j'ai passé, des an­nées du­rant, toutes mes va­cances sco­laires en Al­le­magne et vous com­pren­drez pour­quoi j'ai tou­jours es­timé être da­van­tage que bi­lingue; de l'Al­le­magne, je ne connais pas seule­ment les grandes villes et les au­teurs prin­ci­paux, j'en connais éga­le­ment les ha­bi­tudes, les "codes" et la men­ta­lité.

A l'an­glais, j'ai ajouté l'es­pa­gnol, où, à mon grand déses­poir, j'ai été confron­tée à un pro­blème qui s'est avéré in­sur­mon­table pour moi : rou­ler les "r" ! Rien n'y fit, même pas les cours avec un or­tho­pho­niste, pour­tant spé­cia­lisé dans ces pro­blé­ma­tiques. Re­mar­quez, en soi, ce n'est pas si grave si mon vis-à-vis marque une se­conde d'hé­si­ta­tion, ne pou­vant dis­tin­guer im­mé­dia­te­ment mon "mais" de mon "chien"; si un tel han­di­cap est amu­sant pour un tou­riste, il est rédhi­bi­toire pour un in­ter­prète : je suis donc de­ve­nue dans un pre­mier temps tra­duc­trice, tant j'ai­mais les langues, les phrases, les ex­pres­sions. Mal­heu­reu­se­ment, je me suis ra­pi­de­ment las­sée de ne pou­voir avoir d'opi­nion per­son­nelle et de de­voir tou­jours tra­duire les idées des autres - pro­ba­ble­ment que j'au­rais été plus heu­reuse comme prof d'al­le­mand et de fran­çais - et n'en dé­plaise aux dif­fé­rents tra­duc­teurs lec­teurs de ce site, j'ai aban­donné mes pre­mières amours sans aucun re­gret.

Quoi qu'il en soit, ces quatre langues (cinq avec le Suisse al­le­mand) m'ont ou­vert de nom­breuses portes pro­fes­sion­nel­le­ment, en par­ti­cu­lier parce que je les ai maî­tri­sées au point de pou­voir don­ner des for­ma­tions ju­ri­diques en fran­çais, al­le­mand et en an­glais : force est d'ad­mettre qu'il y a des langues plus utiles et plus "ren­tables" que d'autres sur le mar­ché de l'em­ploi et les em­ployeurs re­cher­chant une ju­riste maî­tri­sant le da­nois sont plus rares que ceux ayant be­soin d'un appui ju­ri­dique en al­le­mand et en fran­çais, sur­tout si on ha­bite comme moi en Suisse.

De­puis sept ans, tou­te­fois, je n'uti­lise l'al­le­mand qu'avec mes en­fants, l'an­glais est de­venu pour moi la langue des sé­ries té­lé­vi­sées que l'on re­garde lors­qu'on est trop fa­ti­gué pour en­tre­prendre une ac­ti­vité in­tel­li­gente; l'es­pa­gnol, quant à lui, je ne l'uti­lise plus guère, sauf pour chan­ter quelques bribes de cette chan­son si triste.

Mais comme j'aime tou­jours les mots et que j'avais envie, pour la pre­mière fois de ma vie, d'ap­prendre une langue juste pour le plai­sir - et non, comme jus­qu'à pré­sent, dans un but pro­fes­sion­nel - j'ai re­levé le défi que m'a lancé Ju­nior : de­puis un mois, nous pre­nons en­semble des le­çons de man­da­rin.

Bien sûr, à rai­son d'une fois une heure par se­maine, nous n'al­lons pas "tout de suite tout de suite" pou­voir dis­cu­ter "en vo" avec un Chi­nois et notre heure de gloire son­nera pro­ba­ble­ment lorsque nous se­rons ca­pables de pas­ser une com­mande dans un res­tau­rant chi­nois en nous pas­sant de la carte; par chance, nous sa­vons déjà de­man­der notre che­min pour trou­ver les toi­lettes !

Au-delà de la ques­tion du ni­veau que nous pour­rons at­teindre - ou non -, je suis confron­tée pour la pre­mière fois à des dif­fi­cul­tés tous azi­muts : la pro­non­cia­tion de la langue, la né­ces­sité de maî­tri­ser des sons qui n'existent dans au­cune des langues que je connais déjà, l'écri­ture, dont la maî­trise re­quiert cer­tai­ne­ment toute une vie, sans par­ler des codes dont j'ignore tout - ainsi, mes en­fants, en Chine, de­vraient s'adres­ser à une femme non pas en lui di­sant "Ma­dame" mais "tante" ! Fi­na­le­ment, j'ai­me­rais bien dis­cu­ter un peu "po­li­tique" avec notre prof mais je l'avoue, je n'ai pas (en­core) osé l'in­ter­ro­ger....

Bref, j'ai enfin com­pris pour­quoi on dit, lors­qu'on n'y com­prend rien, "c'est du chi­nois !

Et vous, est-il une langue que vous ten­tez d'ap­prendre ou avez-vous au contraire "posé les plaques" parce que pour vous, toutes les langues sont du chi­nois ?

28 com­men­taires
1)
pter
, le 24.05.2010 à 07:25

ben moi j’ai com­mence avec l’al­le­mand comme langue “ma­ter­nelle” (jus­qu’a ma pre­miere jour­nee d’ecole, une claque vu que tout le monde par­lait fran­cais…sauf moi). aussi bi­zarre que cela puisse etre, cette jour­nee la, je l’ai en me­moire, en­core! En­suite j’ai apris l’an­glais sur le tard, a 27 ans lorsque je suis ar­rive avec mon ba­lu­chon en…Chine! Puis len­te­ment, de­puis 15 ans, le chi­nois je le ba­ra­gouine. com­ment dire? ben non, j’ac­croche pas. deja IL N’Y A PAS DE SON, mais QUE DES TONS. Nous on tra­duits cela par des son nou­veaux, la regle est PAS DE SON mais le TON (en fait n’im­porte quel “son” fait l’af­faire, quoique prof chang dise, la ve­rite est dans la rue, sur place). Ouais, ca de­viens com­plique la. ben cela l’est pour eux, aussi! et je suis dans le sud, le fief du can­to­nais, je voyage tout l’an­nee du nord au sud. Un lan­guage de…bebe (pour pas dire sor­tit de la guerre du feu)? un truc vieux de pffff on sait meme pas. Ce qu’on sait c’est ce que les gens la pra­ti­quant on fait pour l’hu­ma­nite = 0 de­puis..4-5 mille ans (hum). Et puis a t’on idee de re­pre­sen­ter un son par un ideo­gramme? (ceux qui ont peint las­caux sont des ge­nies puis­sance 100, les hie­ro­glyphes sont meme plus clair que ce gri­bouillage) un Chi­nois com­mence a etre ca­pable de lire le jour­nal a 14 ans, avant il n’a pas tout les cha­rac­teres en me­moire (et ce n’est que le jour­nal, hein)! Alors que l’al­pha­bet, mer­veille des mer­veilles, le sum­mum de l’ou­til de co­mu­ni­ca­tion (parle -son, et ecrit-fa­cile) existe. Bref, je suis pas sup­por­ter de tirer la qua­lite vers le bas. Alors pour fri­mer par­ler Chi­nois c’est hype au­jour­d’hui, au­tant faire plus fort et ce mettre au ja­va­nais,ou le ta­ga­log, ou je ne sait quel langue aussi ri­go­lote qu’in­utile.

2)
fxc
, le 24.05.2010 à 07:52

je parle le chi­nois ….. sous la tor­ture!!!

3)
Franck Pas­tor
, le 24.05.2010 à 08:16

Pour moi, la langue ma­ter­nelle mé­rite bien son nom : c’est bien la langue de mes pa­rents, le fran­çais.

De toute mon en­fance (jus­qu’à 10 ans), je n’ai JA­MAIS été en contact avec d’autres langues, même su­per­fi­ciel­le­ment, ce qu’un Suisse ro­mand ou un Belge fran­co­phone aura peut-être du mal à conce­voir. Mon père est pour­tant d’ori­gine es­pa­gnole, mais même ses pa­rents à lui avaient déjà le fran­çais comme pre­mière langue et ne par­laient que fran­çais entre eux, et sans rou­ler les « r ». C’est mon autre grand-mère, une bour­gui­gnonne, qui rou­lait les « r » comme il seyait dans sa ré­gion.

Mais je trouve que même si la langue de mes pa­rents est bien le fran­çais, ça n’a pas tant que ça à voir avec la langue ap­prise à l’école, où toutes les tour­nures fa­mi­lières sont ex­clues.

J’ai ap­pris à l’école l’an­glais, l’es­pa­gnol et le latin (ce der­nier vite ou­blié hélas, faute de pra­tique). Mal­gré mon uni­lin­guisme natal je n’ai d’ailleurs aucun pro­blème à rou­ler les « r », moué :-b. Peut-être à force d’avoir écouté ma grand-mère.

De­puis que je suis en Bel­gique, j’ai ap­pris éga­le­ment le néer­lan­dais. Je main­tiens au­tant que pos­sible mon ni­veau dans ces langues, mais n’ai en fait guère l’oc­ca­sion de les pra­ti­quer ora­le­ment, ayant tou­jours vécu dans un en­vi­ron­ne­ment ex­clu­si­ve­ment fran­co­phone et ayant peu l’oc­ca­sion de voya­ger. Je lis et écris beau­coup en an­glais, du fait de mon orien­ta­tion pro­fes­sion­nelle, je lis éga­le­ment beau­coup en es­pa­gnol en néer­lan­dais, et je saute sur les rares oc­ca­sions de les pra­ti­quer à l’oral. De même je pré­fère re­gar­der des films sous-ti­trés, quitte à at­tendre leur sor­tie en DVD.

J’ai un pro­jet qui me tient à cœur de­puis long­temps : ap­prendre l’es­pe­ranto. J’ai­me­rais d’ailleurs voir cette langue de­ve­nir la langue of­fi­cielle eu­ro­péenne, pour ne fa­vo­ri­ser au­cune autre langue, par­ti­cu­liè­re­ment l’an­glais (l’es­pe­ranto ef­fec­tif ac­tuel, hélas).

Mai vu que la mar­raine de ma fille est Al­le­mande, et que pour cela et d’autres rai­sons pas mal de dé­pla­ce­ments fa­mi­liaux sont pré­vus pour l’Al­le­magne ces pro­chaines an­nées, je vais cer­tai­ne­ment ap­prendre l’al­le­mand d’abord.

4)
Mar­col
, le 24.05.2010 à 09:09

我说中文一点点 :)

5)
zit
, le 24.05.2010 à 10:20

J’adore les langues, bien que seule­ment fran­co­phone de nais­sance, j’ai ap­pris l’an­glais, puis deux ans après l’es­pa­gnol au col­lège. Et au lycée, en fin de se­conde, étant tel­le­ment nul en sciences, la seule orien­ta­tion pos­sible pour moi était d’avoir une troi­sième langue, j’ai donc eu la chance de pas­ser un mois de va­cances stu­dieuses à Flo­rence pour rat­tra­per un an d’ita­lien en quatre se­maines. Et j’étais (et suis en­core) nul en gram­maire, pauvre en vo­ca­bu­laire, mais l’es­sen­tiel est de se faire com­prendre, quand ce n’est pas un mé­tier…

Avant de pas­ser un mois et demi (juste après le bac) au Mexique, j’étais vrai­ment mau­vais en cas­tillan (les mexi­cains sont fiers de par­ler la vraie langue de Cer­vantes, chan­tante, pas la langue dure et poin­tue des films d’Al­mo­do­var ;o), mais après cette im­mer­sion, ça al­lait beau­coup mieux !

Puis un an après, j’ai dé­bar­qué à Tokyo à faire la plonge dans un resto fran­çais, sans par­ler un mot de nip­pon, j’avais juste un petit car­net dans le­quel je no­tais pho­né­ti­que­ment les mots ou ex­pres­sions qui re­ve­naient sou­vent, et dont je de­man­dais la si­gni­fi­ca­tion. Puis ça s’est corsé quand j’ai passé six se­maines dans la mon­tagne, em­ployé (à ne pas faire grand chose) dans une pen­sion fa­mi­liale si­tuée dans un tout petit vil­lage où per­sonne ne par­lait autre chose que la langue de Ku­ro­sawa… L’im­mer­sion to­tale, il n’y a que ça de vrai ! (et la mon­tagne ja­po­naise est si belle, en hiver !)

Puis j’ai ren­con­tré la fu­ture ma­dame zit, et de­puis main­te­nant plus de deux dé­cen­nies, je pra­tique quo­ti­dien­ne­ment (mais elle parle main­te­nant bien mieux le fran­çais que moi le ja­po­nais).

Un for­mi­dable pas­sionné amou­reux des langues : Claude Ha­gège, dont les livres se dé­vorent comme des ro­mans, une in­ter­view un en­tre­tien ici et un dis­cours là, l’en­tendre par­ler de la mu­sique des langues…

z (vive la V.O., je ré­pêêêêêêêêêêête : non au dou­blage !)

6)
ysen­grain
, le 24.05.2010 à 10:22

La langue ma­ter­nelle a sans doute été un pro­blème dans ma vie. Entre une mère et un père me par­lant fran­çais, mais vi­vant dans un en­vi­ron­ne­ment où étaient par­lés le yid­dish, le po­lo­nais, le russe et les très mau­vais fran­çais, j’ai eu bien du mal. Sans comp­ter les très fré­quentes vi­sites des membres amé­ri­cains de la fa­mille qui par­laient … et avec les­quels mes pa­rents par­laient la même langue.

Le ren­for­ce­ment de l’im­pré­gna­tion à la langue fran­çaise s’est fait par l’école où je suis allé dès l’âge de 3 ans.

Quand est ar­rivé le lycée où j’ai com­mencé l’ap­pren­tis­sage sco­laire de l’an­glais, j’en ai été très vite fa­mi­lier et je crois très bon. L’ap­pren­tis­sage de l’an­glais et sa pra­tique ne m’ont ja­mais posé le moindre pro­blème. Je pra­tique l’an­glais quasi jour­nel­le­ment à titre pro­fes­sion­nel: les pu­bli­ca­tions, les modes d’em­ploi des ma­té­riels uti­li­sés, et enfin mon im­pré­gna­tion: Je dois faire très at­ten­tion à ne pas mêler des mots d’an­glais dans une conver­sa­tion ou dans un écrit.

3 ème année de lycée: 2 ème langue. Je choi­sis l’al­le­mand avec le­quel je me re­trouve vite en fa­mi­lia­rité de conso­nance: le yid­dish est du bas al­le­mand. En fait, j’em­mêle tout, je ne par­le­rai ja­mais un al­le­mand cor­rect; en re­vanche, au temps où j’en avais la pra­tique, je li­sais et com­pre­nais ai­sé­ment. Et la vie a éteint les membres de ma fa­mille, qui par­laient yid­dish. Plus de sol­li­ci­ta­tions per­son­nelles et le cours de me études changent en même temps et me prive de la se­conde langue. Le peu d’al­le­mand qui me reste me sert à com­prendre le titre des can­tates de Bach.

Si­mul­ta­né­ment à l’ap­pren­tis­sage de l’al­le­mand, j’at­taque, seul, le russe. Je pro­gresse pen­dant 3 mois pe­ti­te­ment, puis je bloque de­vant les in­nom­brables dé­cli­nai­sons et va­ria­tions de genre. Le der­nier re­pré­sen­tant de ma fa­mille par­lant russe meurt pres­qu’en même temps, ce qui fait que j’aban­donne.

Un der­nier mot sur la langue ma­ter­nelle; Je crois que si celle-ci n’est pas clai­re­ment dé­fi­nie, au­tre­ment dit, si le petit en­fant est confronté à une im­por­tante part d’in­in­tel­li­gi­bi­lité, une per­tur­ba­tion, sans doute va­riable selon les su­jets peut sur­ve­nir.

7)
Jé­ré­mie
, le 24.05.2010 à 10:29

Pour moi, “langue ma­ter­nelle” est une ex­pres­sion bi­zarre : ma mère est d’ori­gine Hol­lan­daise, et bien que mon en­fance ait bai­gné dans le néer­lan­dais, ce n’est de loin pas la langue que je maî­trise le mieux.

Mon his­toire avec les langues a un dé­mar­rage assez tar­dif, puis­qu’après avoir dit “maman” et “papa” dans les dé­lais ré­gle­men­taires (entre une année et une année et demi), j’ai pa­tienté jus­qu’à mes deux ans et demi pour pro­non­cer mon troi­sième mot. Pour l’anec­dote, il s’agis­sait de “glace”, ce qui est hau­te­ment si­gni­fi­ca­tif. Et pour ceusse qui se sont posé la ques­tion, elle était à la fraise.

Après un dé­mar­rage plu­tôt lent, j’ai mis le turbo : en un à deux mois, je fai­sais des phrases com­plexes, et je n’ai ja­mais confondu les deux langues (contrai­re­ment à mes frères, qui par­fois uti­li­saient le mot le plus court à leur dis­po­si­tion). Bref, ce n’est pas parce que je ne pra­ti­quais pas que je n’as­si­mi­lais pas.

Jus­qu’à mes six ans, je pas­sais le plus clair de mon temps entre la mai­son, ou ma mère nous par­lait en néer­lan­dais, et ma mar­raine qui me par­lait éga­le­ment la plu­part du temps en néer­lan­dais. Par la suite, avec l’école, et le dé­part de ma mar­raine pour les Pays-Bas, ma connais­sance du néer­lan­dais a un peu stagné. Ce qui fait qu’au­jour­d’hui, j’ai un vo­ca­bu­laire de gamin, et des usages vieillis, ce qui fait beau­coup rire mes cou­sins. Et à chaque fois, je dois avoir trois jours pour me plon­ger à nou­veau dans la langue, et ré­ac­ti­ver mes connais­sances.

Ainsi, même si le néer­lan­dais est ma langue ma­ter­nelle, c’est ma langue pa­ter­nelle que je maî­trise le mieux : la fran­çais. J’ai eu la chance d’avoir des pro­fes­seurs qui m’ont trans­mis le goût de cette langue. Il faut aussi avouer que j’ai eu un chan­ge­ment d’école tout à fait sa­lu­taire : après toute ma sco­la­rité sur le can­ton de vaud, j’ai fait ma der­nière année obli­ga­toire à Bulle, sur le can­ton de fri­bourg. Pour­quoi sa­lu­taire? et bien je dois avouer que quand Miss Pop’s dit :

“sou­li­gnez en jaune le verbe, le sujet en vert et in­di­quez s’il s’agit d’un com­plé­ment cir­cons­tan­tiel de temps ou de lieu”…

ça me fout des bou­tons. J’ai ja­mais pu en­ca­drer cette ap­proche “ré­vo­lu­tion­naire” de la gram­maire fran­çaise. Et d’un coup, sur fri­bourg, j’ai dé­cou­vert les COD, COI et com­pa­gnie, et d’un coup, tout est de­venu plus clair. En six mois, mes notes de fran­çais sont pas­sées de 1/10 à 6/6 (oui, chaque can­ton à son sys­tème propre pour les écoles, et donc aussi ses échelles de notes). Bref, après cela, non seule­ment j’ai­mais le fran­çais, mais en plus, j’étais assez bon dans le do­maine.

J’avoue, un peu hon­teux, que l’in­for­ma­tique m’a rendu un peu “mou” de ce côté : le cor­rec­teur or­tho­gra­phique nous dis­pense d’ap­prendre bien des choses, et au final, quand il s’agit de re­prendre le pa­pier et le stylo, je suis par­fois bien em­prunté.

Pour l’al­le­mand, je vais pas­ser sur le sujet comme chat sur braise, pour évi­ter d’en dire plus que le nombre de mot qu’il me reste des mes neuf an­nées d’en­sei­gne­ment dans le do­maine. (je crois que c’est déjà trop de mots, d’ailleurs.)

L’an­glais, par contre, c’est la langue du coeur : J’ai eu l’im­mense bon­heur de pas­ser une année à Man­ches­ter dans la cadre de mes études, et la langue y est pour beau­coup à ce bon­heur : elle est chan­tante, joyeuse, un peu es­piègle par­fois… bref, plus je l’en­tends, plus je la parle, et plus elle me plaît. Chaque oc­ca­sion est bonne.

A cela d’ajoute des langues ap­prises pour des rai­sons aca­dé­miques : grec de la Koinè et hé­breu clas­sique pour mes pre­mières études, Ada, C et C++ pour mes se­condes.

Mes pro­jets? Ob­jec­tif-C pour iPhone OS cet été pour ma culture gé­né­rale, et le se­mestre pro­chain Java…

Bref, pour quel­qu’un qui s’est tou­jours dit ter­ri­ble­ment nul en langues, je dois avouer être assez fier de mon pal­ma­rès. (mis à part l’al­le­mand, qui reste ma bête noire).

Bonne jour­née!

8)
J-C
, le 24.05.2010 à 10:32

这个文本是迷人

;-)

9)
Franck Pas­tor
, le 24.05.2010 à 11:11

ref, pour quel­qu’un qui s’est tou­jours dit ter­ri­ble­ment nul en langues, je dois avouer être assez fier de mon pal­ma­rès. (mis à part l’al­le­mand, qui reste ma bête noire).

Pour­quoi au juste, si je ne suis pas in­dis­cret ? Ça pa­raît assez cu­rieux, cette pho­bie de l’al­le­mand, pour quel­qu’un qui parle déjà le néer­lan­dais. Les deux langues sont quand même assez proches. Et comme l’al­le­mand est la pro­chaine langue dans mon pro­gramme d’ap­pren­tis­sage…

Bij voor­bat dank :-)

10)
Ori­ge­nius
, le 24.05.2010 à 13:19

Votre billet d’au­jour­d’hui, Ma­dame Pop­pins, est de cir­cons­tance. En effet, je fais ac­tuel­le­ment pour la pre­mière fois de ma vie une ex­pé­rience lin­guis­tique rare, et pour la­quelle je n’ai pas été formé… mais la force des choses ai­dant… Voilà que j’ai été ap­pelé pour pas­ser ma jour­née à faire de l’in­ter­pré­ta­tion si­mul­ta­née fran­çais-ja­po­nais. Ceux qui re­qué­raient mes ser­vices m’ont sol­li­cité pour trois jours, mais mon em­ploi du temps chargé ne me le per­met­tant pas, je n’ai pu ac­cep­ter que pour une seule jour­née. Je viens d’y pas­ser la ma­ti­née, je re­prends dans 45 mi­nutes et, pour le mo­ment, je fais la sieste…

En y ré­flé­chis­sant bien, je me de­mande com­ment j’ai bien pu en ar­ri­ver là. Je n’ai ja­mais été par­ti­cu­liè­re­ment « doué pour les langues », comme on dit, bien que mon in­té­rêt pour elles ait tou­jours été ai­guisé. Je me suis fait croire qu’elles m’in­té­res­saient… C’est ainsi que le col­lège m’a ap­porté son lot de langues étran­gères en les­quelles, comme vous dîtes, j’étais heu­reux de pou­voir de­man­der où les toi­lettes sont. De l’an­glais au russe en pas­sant par le latin (qui est bon pour les neu­rones et pour les maths, parce que quand même les maths c’est plus im­por­tant), je me suis fait plai­sir avec quelques mots étran­gers. Évi­dem­ment, fei­gnant comme une cou­leuvre, j’ai vite dé­chanté et le plai­sir de connaître quelques mots s’est sub­sti­tué à l’ai­greur de ne pas pou­voir ap­prendre ou connaître ceux qu’il faut au point que les langues étran­gères et la fierté que j’en tirai au début de leur ap­pren­tis­sage sont bien vite de­ve­nues un pen­sum… Non vrai­ment ces langues étran­gères n’étaient pas faites pour moi. D’ailleurs un mé­diocre 6 en an­glais au bac­ca­lau­réat a fini de m’en as­su­rer. A bien y ré­flé­chir, je n’avais ja­mais dit de ma vie une seule phrase en an­glais à une per­sonne ne par­lant pas fran­çais. Soit c’était une phrase mal fi­ce­lée à un prof qui n’était là que pour s’exas­pé­rer de la mau­vaise qua­lité de celle-ci, soit c’était un exer­cice de langue abs­cons qui n’ap­por­tait au­cune sa­tis­fac­tion : il n’y avait pas de ter­reau pour faire ger­mer la joie d’une ex­pres­sion nou­velle : c’était du latin syn­taxique, de l’an­glais de la­bo­ra­toire et du russe… bien ou­blié de­puis long­temps dont il ne me reste au­jour­d’hui que la lec­ture de l’al­pha­bet cy­ril­lique… bref toutes des langues mortes. Je n’avais ja­mais ren­con­tré un Russe, un An­glais ou, et pour cause, un Ro­main de ma vie… Ga­geure que d’ap­prendre des langues si abs­traites, dans les­quelles on n’a rien à dire.

Tout a changé lorsque j’ai pu ren­con­trer de vrais non fran­co­phones. Pour une rai­son en­core assez in­ex­pli­quée mais qui a orienté toute ma vie jus­qu’à pré­sent, j’ai eu l’oc­ca­sion de par­tir loin, très loin, à l’âge de 21 ans pour en­sei­gner le fran­çais, et ce pen­dant deux ans. C’était en Corée du Sud dans une ville moyenne, quoique ca­pi­tale de ré­gion, nom­mée Tea­jon. Au­jour­d’hui, on dit Dae­jeon, en co­réen 대전, en ca­rac­tères 大田, ce qui veut dire « grand champ ». Donc le cul-ter­reux que j’étais est ar­rivé chez les culs-ter­reux : on s’est bien en­tendu ! Enfin, presque ! J’ai ap­pris trois mots et trois phrases en co­réen, et même plus avec af­fi­ni­tés. Et là tout s’est éclairé ! L’at­ten­tion, la sur­prise, les en­cou­ra­ge­ments que me confé­rèrent les Co­réens que je ren­con­trais en écou­tant les quelques bor­bo­rygmes que j’étais ca­pable de pro­non­cer dans leur langue étaient pour moi si­dé­rants : on était loin de l’écoute in­qui­si­trice d’un prof im­pro­bable face à une phrase im­par­faite. La confiance m’était ren­due car ils étaient tout en­chan­tés de consta­ter qu’un étran­ger es­saie de par­ler leur langue, c’était une forme avouée de re­con­nais­sance et de res­pect. Dieu soit loué, je n’ai pas es­sayé de leur par­ler an­glais, j’étais trop nul. C’est jus­te­ment cela qu’ils ont ap­pré­cié !

De­puis, c’est une grande his­toire d’amour avec les langues étran­gères, d’amour vache par­fois. J’ai bien sûr ou­blié à peu près tout le co­réen que j’avais ap­pris puis­qu’il y a 16 ans, lorsque j’ai dé­bar­qué au Japon, la langue ja­po­naise a pris toute la place al­louée au­pa­ra­vant au co­réen. Ce­pen­dant, ayant dé­cidé de vivre au Japon pour plu­sieurs an­nées, il n’était pas ques­tion pour moi d’ap­prendre le ja­po­nais en di­let­tante, si bien que j’ai pris des cours in­ten­sifs.

Alors on peut par­ler des dif­fi­cul­tés du ja­po­nais au pre­mier rang des­quelles l’écri­ture et la lec­ture. Les mil­liers de ca­rac­tères qui ornent les rues, les jour­naux et les bou­quins sont un défi per­ma­nent, qui me rap­pelle mon ca­rac­tère in­trin­sè­que­ment étran­ger. J’en ai bavé quand même. Com­bien de fois ai-je voulu jeter mes bou­quins de ja­po­nais par la fe­nêtre ! Au­jour­d’hui je ne pour­rais plus y jeter mes dic­tion­naires, car ils sont dans mon Mac, mon iPhone ou, à par­tir de ven­dredi pro­chain, dans mon iPad. Il ne faut quand même pas trop exa­gé­rer…

Alors oui, j’ai ab­so­lu­ment la sa­tis­fac­tion de pou­voir de­man­der mon che­min pour aller au la­vo­ra­toire, je peux com­man­der à peu près n’im­porte quoi au res­tau­rant, même de­man­der des frites sans sel et du coca-cola sans gla­çon.

Mais après une jour­née de tra­duc­tion si­mul­ta­née (oui, parce que je suis dé­sor­mais re­venu de ma deuxième séance de la jour­née), je me dis que du che­min a été par­couru de­puis le temps que j’ai étu­dié le あいうえお (le b a ba ja­po­nais). Oui, en effet, nous avons beau­coup de mots en com­mun dé­sor­mais, nous pou­vons échan­ger avec les mêmes mots ! C’est une très grande sa­tis­fac­tion. Mais je peux vous as­su­rer que j’ai aussi com­pris qu’on n’a pas la tête construite sur le même mo­dèle… ni le cœur d’ailleurs…

又ね!

11)
bord­champ
, le 24.05.2010 à 14:17

Une ques­tion à tous les lec­teurs : elle ne ré­pond pas di­rec­te­ment à l’in­ter­ro­ga­tion de Ma­dame Pop­pins, mais reste liée à la pro­blé­ma­tique évo­quée et m’in­té­resse néan­moins beau­coup dans la me­sure où j’ai dû suc­ces­si­ve­ment ap­prendre après le fran­çais – qui est ma langue “pa­ren­tale” – l’al­le­mand (dont j’ai fait mon mé­tier), l’an­glais, le latin, puis sur le tard (20 ans) l’arabe : connais­sez-vous un ou des lo­gi­ciel(s) sous Mac, sus­cep­tible(s) de vous aider à ac­qué­rir les élé­ments consti­tu­tifs d’une langue étran­gère ?

12)
Jé­ré­mie
, le 24.05.2010 à 15:11

@franck : La pre­mière année d’en­sei­gne­ment, ça al­lait très bien : j’en pin­çais pour la prof, alors je me don­nais à fond. Par la suite, les profs ne me fai­saient plus cet effet, voir même car­ré­ment le contraire, ce qui n’aide pas. Et puis il faut aussi avouer qu’en Suisse Ro­mande, l’al­le­mand n’a pas vrai­ment la cote, et ce cer­tai­ne­ment dû au fait qu’étant une mi­no­rité lin­guis­tique (même si nous sommes la plus grande de mi­no­ri­tés), on aime pas vrai­ment ce qui vient du grand frère ger­ma­nique.

Bref, c’est plus par obs­ti­na­tion que mon al­le­mand est tou­jours dans un état lar­vaire.

Bon, faut aussi dire que c’est une langue que je trouve par­ti­cu­liè­re­ment tech­nique, avec des dé­cli­nai­sons et des verbe ir­ré­gu­liers…

Mais ça n’ex­cuse pas mon échec.

13)
Sa­luki
, le 24.05.2010 à 15:14

Je suis né en France.
De pa­rents sardes qui avaient fui le fas­cisme et n’ont ja­mais parlé l’ita­lien ou le sarde de­vant moi.

Gamin, avant même le pri­maire, j’ai ap­pris le pié­mon­tais gri­gna­schin en va­cances chez ma mar­raine.

Au col­lège et au lycée, j’ai ap­pris l’an­glais, bôf…. Et en se­conde, dé­clic !, notre pro­fes­seure nous ap­por­tait chaque se­maine une pile de BD. D’ac­cord, ce n’était pas Sha­kes­peare, mais celà m’a per­mis de sa­voir prendre le métro à Londres la pre­mière fois où j’y suis allé. Ma fian­cée a été lec­trice de fran­çais dans un col­lège an­glais et j’y al­lais sou­vent la re­trou­ver du­rant mes études à Lille-Rou­baix. Et nous avons beau­coup voyagé en bus/car dans tout le royaume.

Et ces langues m’ont pro­di­gieu­se­ment servi au cours de ma car­rière, on peut dire qu’elles ont fait la dif­fé­rence. Pre­mier job en sor­tant de l’ar­mée, un groupe bri­tan­nique dont le se­cré­taire gé­né­ral était sur­pris de m’en­tendre par­ler “amé­ri­cain”, dif­fé­rence qui l’a fait me prendre plu­tôt que ceux qu’il avait ren­con­tré au­pa­ra­vant, par­lant un ox­ford­camb à peu près par­fait. Quand deux ans plus tard, l’équipe en place en Ita­lie s’est dés­in­té­grée, j’étais à Paris, le seul par­lant ita­lien. Pf­fuit, me voilà Am­mi­nis­tra­tore De­le­gato ! Pro­mo­tion ful­gu­rante pour un jeune in­gé­nieur.

Donc, merci les langues !

Ac­tuel­le­ment, et de­puis trois ans, je vois Ma­dame Sa­luki s’échi­ner sur ses cours de russe.
Chut ! dans quinze jours, elle a son exam’ de fin d’an­née au centre cultu­rel de la rue Bois­sière, et elle bosse trois heures par jour. Elle a du cou­rage, parce que nous sommes pour quelque temps dans les Ca­raïbes…

14)
JPO1
, le 24.05.2010 à 15:39

Bon­jour Ma­dame Pop­pins

votre in­ter­ven­tion rap­pelle des sou­ve­nirs dou­lou­reux et même plus comme le rap­pelle le livre de Claude Du­ne­ton « Par­ler cro­quant » paru en 1978. Comme lui je suis né dans un pays bi­lingue, on y par­lait oc­ci­tan et fran­çais, enfin cer­tains ne par­laient pra­ti­que­ment que l’oc­ci­tan (sur­tout les hommes de la terre, et la plu­part des pe­tits en­fants), cer­tains ne par­laient que fran­çais (les ins­ti­tu­teurs, quelques bour­geois, quelques épouses de no­tables), cer­tains par­laient les deux (les femmes, les com­mer­çants, le no­taire, le mé­de­cin) en passent de l’une à l’autre sui­vant les in­ter­lo­cu­teurs et les cir­cons­tances. Nous n’écou­tions pas cette langue là.

En ren­trant à l’école le choc fut rude : in­ter­dic­tion de par­ler notre langue même lors de jeux à la ré­créa­tion. Hors de l’école ce fut aussi dif­fi­cile, en de­hors des pay­sans et des vieux, tout le monde s’ef­for­çait à me par­ler qu’en fran­çais. Mon petit c’est pour ton bien !

Du coup d’écoles en col­lège etc, et de cam­pagne à ville j’ai ou­blié cette langue d’en­fance. Ça m’a coupé la langue tout court. Je n’aime pas par­ler. Même si j’en suis venu à ap­pré­cier et aimer cette langue en­sei­gnée tar­di­ve­ment à l’aide de gifles, de pu­ni­tions di­verses.

Dou­lou­reux je vous dis.

15)
Hervé
, le 24.05.2010 à 17:37

Connais­sez-vous un ou des lo­gi­ciel(s) sous Mac, sus­cep­tible(s) de vous aider à ac­qué­rir les élé­ments consti­tu­tifs d’une langue étran­gère ?

Allez faire un petit tour sur ce site. Ce n’est qu’une ma­nière de faire le point, mais très utile

16)
FMter
, le 24.05.2010 à 17:56

Chère Ma­dame Pop­pins,

En­core un ar­ticle sur CUK qui m’a bien in­té­ressé. Je suis né de père suisse-al­le­mand et de mère fran­çaise. J’ai suivi le “Kin­der­gar­ten” en suisse-al­le­mande, et évi­dem­ment en suisse-al­le­mand. Comme les des­ti­nées pro­fes­sion­nelles de mon pa­ter­nel de­vaient – et nous ont – conduits en France, j’ai suivi les cours, en Suisse, d’une école de langue fran­çaise, puis parlé et écrit le fran­çais, le­quel est de­venu ma vraie langue ma­ter­nelle.

Au­jour­d’hui, je prends des cours de suisse-al­le­mand, pour le plai­sir – et non pour les né­ces­si­tés pro­fes­sion­nelles – de le re­dé­cou­vrir et de l’ap­prendre.

FMter

17)
Fran­çois Cuneo
, le 24.05.2010 à 19:47

Cou­cou Ma­dame Pop­pins!

Je re­grette beau­coup que mon père ne m’ait pas parlé en ita­lien quand j’étais petit, ce comme tu le fais en al­le­mand avec tes en­fants.

Ce qui est en­core plus em­bê­tant, c’est que je suis nul pour les langues, c’est un de mes grands com­plexes, parmi d’autres.

18)
pioum
, le 24.05.2010 à 20:26

Le fran­çais par mon pays L’es­pa­gnol par ma fa­mille L’an­glais par le tra­vail, la mu­sique, le ciné Et le po­lo­nais par ma femme et mon 2e pays

19)
Ma­dame Pop­pins
, le 24.05.2010 à 23:56

pter, c’est étrange : moi aussi, je me suis poin­tée à l’école en ne par­lant pas un seul mot de fran­çais mais je ne garde aucun sou­ve­nir d’avoir ap­pris le fran­çais. Vi­si­ble­ment, ça ne m’avait pas gêné de ne rien piger, j’ai tou­jours aimé l’école… et le fran­çais “sur le tas”. Quant à être “hype”, comme tu dis, ça le se­rait si c’était moi qui avais lancé l’idée du man­da­rin : je pense que Ju­nior, du haut de ses 7 ans, ignore ce genre de consi­dé­ra­tions alors que c’est lui qui a de­mandé ces cours : on verra ce que ça donne même si, à te lire, ça ne va pas être simple…

fxc :-)))

Franck Pas­tor, de mes quatre ans de latin, il ne reste que quelques “pro­verbes”, sur­tout utiles en droit (ne bis in idem par exemple); le reste, je l’ai ou­blié. Et qu’est-ce que j’ai­me­rais être ca­pable de rou­ler les “r” :-) Fi­na­le­ment, l’es­pe­ranto, je n’y crois pas, pour la bonne et simple rai­son que cette langue, pro­non­cée par un Al­le­mand et un Grec res­sem­blera à… deux langues dif­fé­rentes !

Mar­col :-))))))) je vais de­voir im­pri­mer et de­man­der l’aide de Ping, moi !

Zit, l’es­pa­gnol parlé par des Mexi­cains, c’est juste ma­gni­fique ! Quant à la mon­tagne ja­po­naise en hiver, c’est quelque chose que j’ai­me­rais bien avoir la chance de voir un jour !

Ysen­grain, on dit sou­vent que le yid­dish et l’al­le­mand se res­semblent : mal­heu­reu­se­ment, je ne pige pas un mot lorsque mon phy­sio le parle avec sa femme. Quant à tes restes d’al­le­mand, ils t’ouvrent quand même un uni­vers ma­gni­fique, non, avec Bach !

Jé­ré­mie, j’adore ton his­toire de la glace : Mini a pro­noncé trois mois jus­qu’à deux ans et demi (“papa”, “maman” et “caca”) pour nous dire, le 1er no­vembre (donc à 2,5 ans) un so­nore “j’aime le nu­tella !” En re­vanche, Ada, C et C++, là, je suis lar­guée…

J-C, grrrrrrrrr, en­core un truc à im­pri­mer pour de­man­der de l’aide à Ping !

Ori­ge­nius, quel cou­rage : la tra­duc­tion si­mul­ta­née est un exer­cice tel­le­ment dif­fi­cile, cha­peau ! Je vais peut-être voir pour mettre mes livres de man­da­rin dans mon or­di­na­teur aussi : je serai alors moins ten­tée de les jeter par la fe­nêtre lorsque je tente de faire mes exer­cices ;-)

bord­champ, dé­so­lée, pas de piste dans ce do­maine.

Jé­ré­mie, je suis tou­jours tel­le­ment triste lorsque j’en­tends des en­fants dire, avant même la pre­mière leçon d’al­le­mand, “l’al­le­mand, c’est nul” : comme si une langue pou­vait être “nulle”…. en re­vanche, ce que je sais, c’est que les pré­ju­gés sont nuls ! A leur dé­charge, dif­fi­cile d’ap­prendre l’al­le­mand quand on sait qu’à 50 km de chez nous, on cause… suisse al­le­mand !

Sa­luki, pour cer­tains, le dé­clic, c’est les BD, chez moi, ça a été l’an­glais, le prof nous ap­por­tant tou­jours plein de mu­sique !

JPO1, in­ter­dire à un en­fant de par­ler une langue, c’est pour moi une re­pré­sen­ta­tion atroce, une forme de vio­lence in­sup­por­table : on ne peut pas faire taire des mots qui ont été ap­pris petit !

FMter, des cours de suisse al­le­mand, certes mais le­quel ? Ber­nois, zu­ri­chois, bâ­lois ?

Fran­çois, tu sais, cela de­mande beau­coup d’éner­gie de par­ler une langue “étran­gère” à ses en­fants : tout le monde au­tour de nous parle fran­çais, les co­pains, les profs, les voi­sins, la bou­lan­gère, le pé­diatre…. et il m’ar­rive de glis­ser vers le fran­çais lorsque je me trouve dans une as­sem­blée fran­co­phone. Mais je me re­prends gé­né­ra­le­ment parce que j’ai­me­rais qu’à dé­faut d’être bi­lingue comme moi, ils puissent au moins com­prendre cette langue. Et ar­rête de dire que t’es nul : t’as juste pas eu les bons profs, la bonne mé­thode ou les bonnes rai­sons de l’ap­prendre !

Pioum, c’est jo­li­ment ré­sumé ! Et le po­lo­nais, c’est pas fré­quent !

Gute Nacht !

20)
El­lipse
, le 25.05.2010 à 08:02

En li­sant vos té­moi­gnages, je me sens tout petit et je me dis que vous en avez de la chance.

Le bon­heur d’avoir des pa­rents mul­ti­lingues, je ne le connais pas. Ils ne parlent que le fran­çais. Ils m’ont ce­pen­dant tou­jours forcé/en­cou­ragé à les ap­prendre, non sans suc­cès parce que j’ar­rive à me dé­brouiller en al­le­mand, en an­glais et en es­pa­gnol, mais sans plus. J’ai es­sayé le viet­na­mien, j’ar­rive à en com­prendre quelques mots.

Je me sens un han­di­capé lin­guis­tique et je me rends compte à quel point, cela me pose même des pro­blèmes dans ma langue ma­ter­nelle, man­quant de ré­par­tie dans les mo­ments de stress, de recul face aux dif­fi­cul­tés.

Ma prin­ci­pale fai­blesse dans le do­maine est que je n’aime pas ap­prendre par coeur, di­sons pas trop, je suis pa­res­seux pour cela. Concrè­te­ment, je dé­tes­tais ap­prendre mon vo­ca­bu­laire de base al­le­mand, par contre j’ai­mais bien la gram­maire de cette langue et j’ai ap­pré­cié, mo­des­te­ment, la beauté de cer­tains textes.

Pa­ra­doxa­le­ment, je suis cu­rieux pour les langues, je re­garde tous les films en VO (avec sous-titre évi­dem­ment), écoute les conver­sa­tions dans d’autres langues en es­sayant de com­prendre, mais sim­ple­ment je ne suis pas assez doué et sur­tout mo­tivé.

Avez-vous quelques idées pour faire gran­dir cette mo­ti­va­tion dans ce do­maine ?

21)
isell
, le 25.05.2010 à 10:27

Pour ceux qui n’ont pas la chance (c’est mon cas) d’avoir des pa­rents bi­lingues : ne déses­pé­rez pas ! Il est tout à fait pos­sible de de­ve­nir “fluent” dans une langue étran­gère, même très dif­fé­rente de notre langue ma­ter­nelle, et ce sans pas­ser une seule se­conde dans l’en­vi­ron­ne­ment de cette langue étran­gère.

Bon je ne dis pas que c’est fa­cile hein … Mais juste que c’est pos­sible si on s’in­ves­tit to­ta­le­ment. En fait j’étu­die le chi­nois de­puis pas mal d’an­nées, mais de ma­nière très (trop) spo­ra­dique, ce qui fait que même après 6-7 ans, je suis tout au plus ca­pable de de­man­der mon che­min, com­man­der à boire et à man­ger, ou d’avoir une dis­cus­sion très ba­sique dans cette langue.

Ayant envie, de­puis peu, de “pas­ser la 2ème” pour at­teindre un ni­veau “fluent” dans cette langue, sans avoir be­soin d’al­ler vivre en Chine parce que ce n’est tout sim­ple­ment pas pos­sible en ce mo­ment, j’ai fait pas mal de re­cherches sur le web concer­nant l’ap­pren­tis­sage d’une langue étran­gère en au­to­di­dacte. On voit de tout, ça prend énor­mé­ment de temps, il existe une mul­ti­tude de mé­thodes, mais la­quelle choi­sir ? Des cours en groupe ? Des cours pri­vés ? Des bou­quins genre As­si­mil, Bel­la­sen ou autres ? Toutes ces so­lu­tions ont bien fonc­tionné pour moi, en tout cas ce sont ces mé­thodes qui m’ont amené à mon ni­veau ac­tuel que je qua­li­fie­rais de “ba­sique”. Mais pour de­ve­nir “fluent” … Ca ne marche tout sim­ple­ment pas.

Je ne vais pas pou­voir don­ner de re­com­man­da­tions en fran­çais, sim­ple­ment parce qu’après des se­maines de re­cherches, je suis tombé sur LE site qui al­lait chan­ger ma vie. C’est l’his­toire d’un gars, un jeune amé­ri­cain, qui a dé­cidé de pas­ser du ni­veau zéro à “na­tive” en seule­ment 18 mois … Et qui y est par­venu, et ce sans quit­ter les US. Ca pa­raît fou, jour 1 il ne parle pas un mot, et 18 mois plus tard il passe un en­tre­tien 100% en ja­po­nais et il dé­croche un job au Japon ! Tout cela en ter­mi­nant, en même temps, ses études uni­ver­si­taires … Ca pa­raît im­pos­sible, mais sa mé­tho­do­lo­gie est re­la­ti­ve­ment simple, et ceux qui y ont mis le coeur, l’éner­gie et … le temps ! ont ob­tenu de très bons ré­sul­tats.

Je ne vais pas dé­tailler ici sa mé­tho­do­lo­gie, je vous ren­voie à son site web, mal­heu­reu­se­ment en an­glais :

All Ja­pa­nese All The Time

En (très) gros, ce qu’il pré­co­nise c’est une im­mer­sion to­tale dans la langue étu­diée, en chan­geant de ma­nière RA­DI­CALE notre façon d’abor­der les in­for­ma­tions qui nous en­tourent : il s’agit d’écou­ter les news, re­gar­der des émis­sions, écou­ter des chan­sons, bref, TOUT écou­ter dans la langue étu­diée. Ca pa­raît très dif­fi­cile voire im­pos­sible, mais il donne sur son site des re­com­man­da­tions (par­fois un peu exa­gé­rées à mon goût, mais le gar­çon est assez sar­cas­tique, dif­fi­cile de sa­voir si c’est du lard ou du co­chon par­fois) pour mener à bien ce pro­jet (exemple : virer de son iPod TOUTE la mu­sique qui n’est pas dans la langue étu­diée, afin de n’écou­ter QUE des chan­sons dans la langue étu­diée, c’est juste un exemple, il y en a beau­coup plus sur son blog).

Donc voilà, je vous ren­voie à son site, mais pour ceux qui ne parlent pas an­glais et que cette mé­tho­do­lo­gie in­té­resse, n’hé­si­tez pas à com­men­ter voire à prendre contact avec moi ! Je pré­cise que cette so­lu­tion peut selon lui s’ap­pli­quer à TOUTES les langues étran­gères, il a testé avec le chi­nois (can­ton­nais) et le ja­po­nais. L’idée n’est pas ici d’ou­vrir un débat pour sa­voir si c’est pos­sible ou pas, je n’ai pas testé, mais je vais le faire sous peu … Je sou­hai­tais juste trans­mettre l’info, après vous en faites ce que vous vou­lez !

22)
XXé
, le 25.05.2010 à 12:14

In­té­res­sant ar­ticle, une nou­velle fois.

De mon côté, c’est un peu comme pour Fran­çois. Mon père, ita­lien, est venu en France et il a tou­jours es­timé que c’était à lui de s’adap­ter et non l’in­verse, comme on le voit par­fois (sou­vent ?). Il a donc tou­jours mis un point d’hon­neur à par­ler fran­çais. Je ne sais donc que ba­fouiller quelques mots dans ma langue… pa­ter­nelle. Pour le reste, l’al­le­mand, qu’il fal­lait ap­prendre (je suis Lor­rain) car ça al­lait me ser­vir n’est ja­mais vrai­ment ren­tré et ne m’a ja­mais servi. L’an­glais, je m’y suis fait grâce à l’in­for­ma­tique. Le latin… à par conju­guer aimer… ;-)

grrrrrrrrr, en­core un truc à im­pri­mer pour de­man­der de l’aide à Ping !

Es­saye donc ça

Di­dier

23)
Jé­ré­mie
, le 25.05.2010 à 22:02

Miss Pop’s, je suis plus que d’ac­cord sur la ques­tion des pré­ju­gés. Je re­grette au­jour­d’hui de n’avoir pas bien cro­ché pen­dant les cours d’al­le­mand. ça au­rait été une corde de plus à mon arc… Pour le mo­ment, ce n’est pas un manque qui se fait res­sen­tir, mais dans l’ab­solu, je sais que je me suis coupé des ponts.

Quant à Ada, C et C++, ce sont des lan­gages de pro­gram­ma­tion. En les dé­cou­vrants, je suis étonné de re­trouvé des concepts bien connus : syn­taxe, struc­ture “gram­ma­ti­cale”, etc… Ce n’est vrai­ment pas pour rien qu’on parle de lan­gages de pro­gram­ma­tion. A ceci près qu’au­cune er­reur n’est to­lé­rée : le forme et le sens sont vrai­ment étroi­te­ment liés.

24)
Ma­dame Pop­pins
, le 25.05.2010 à 22:40

El­lipse, c’est vrai qu’ap­prendre par coeur, c’est pas tel­le­ment mon truc non plus. J’es­saie donc d’as­so­cier un mot à une image, à faire des as­so­cia­tions d’idées qui me per­mettent de re­te­nir plus fa­ci­le­ment. Et gé­né­ra­le­ment, ça marche.

Pour faire “gran­dir cette mo­ti­va­tion”, moi, je n’ai rien trouvé de mieux que de tou­jours gar­der à l’es­prit qu’il y a des au­teurs tel­le­ment mieux en VO qu’en tra­duc­tion, il y a des chan­sons que je peux mieux com­prendre et que je peux mieux com­prendre le pays, les gens. Mais au­tant l’ad­mettre, la “motiv su­prême”, à 18 ans, c’est de tom­ber amou­reux ;-) Par la suite, c’est de voya­ger au­tre­ment qu’un dic­tion­naire à la main.

Isell, j’écoute déjà des chan­sons en chi­nois mais fran­che­ment, c’est ba­sique http://​www.​youtube.​com/​watch?​v=BfRUtYJ1rBU on l’a ap­prise par coeur, Ju­nior et moi ! Cela dit, l’ex­ploit de de­ve­nir pour ainsi dire “na­tive spea­ker” est d’au­tant plus ad­mi­rable que les Amé­ri­cains sont, du moins pour cer­tains, guère por­tés sur les langues étran­gères. Je me ré­jouis d’en ap­prendre da­van­tage sur votre propre ex­pé­rience : ne nous ou­bliez pas, ok, le mo­ment venu ?

XXé, trop bien, ce truc : j’ai pu faire tra­duire les deux phrases de Mar­col et de J-C, merci beau­coup !

Jé­ré­mie, y a un truc super avec les langues : même en fai­sant des er­reurs, on peut être com­pris. Une ma­chine, c’est très frus­trant : si on ou­blie une vir­gule, elle plante !

Merci pour vos com­men­taires, votre par­tage d’ex­pé­rience. A bien­tôt,

25)
El­lipse
, le 26.05.2010 à 07:56

Ma­dame Pop­pins, merci pour les pe­tits trucs aux­quels j’adhère, à part que je n’ai plus 18 ans ;-), mais que ce n’est pas vrai­ment un obs­tacle lors­qu’on aime.

+Jé­ré­mie, c’est pour cela que la tra­duc­tion au­to­ma­tique ou la re­con­nais­sance vo­cale sont très com­plexes à réa­li­ser. Dans les grandes lignes ça fonc­tionne assez bien, mais dans le dé­tail, ac­tuel­le­ment, c’est loin d’être maî­trisé et ne le sera sans doute ja­mais par le fait même des am­bi­guï­tés in­hé­rentes aux langues.

Et puis, un pro­gramme qui pré­sente des er­reurs (sé­man­tiques) ne plante pas for­cé­ment, il fait autre chose que ce qu’on lui de­mande. Un mot mal placé dans une phrase, ça peut aussi en­gen­drer une in­com­pré­hen­sion.

26)
jvi
, le 26.05.2010 à 09:18

J’ai lu at­ten­ti­ve­ment les com­men­taires pré­cé­dents et tous m’ont vrai­ment in­té­ressé, à part les idéo­grammes chi­nois évi­dem­ment.Bravo donc à Ma­dame Pop­pins !

Mon rap­port avec les langues est une série de “je t’aime, moi non plus” que je vais ré­su­mer ici pour conclure qu’on peut tou­jours ap­prendre une langue, même la plus re­bu­tante.

Mes pa­rents étaient ef­fec­ti­ve­ment tous deux d’ori­gine es­pa­gnole, mais par­lant fran­çais dans et hors la mai­son, en Al­gé­rie alors fran­çaise. Le fran­çais a donc été ma langue ma­ter­nelle et de­meure ma langue pré­fé­rée, d’au­tant plus que je suis un lec­teur bou­li­mique et que cela m’a donné un vo­ca­bu­laire que je n’au­rai ja­mais ailleurs.

Ar­rivé en sixième, on m’a mis ar­bi­trai­re­ment en arabe clas­sique alors que j’avais de­mandé an­glais ! Quand ma mère est allé contes­ter, le cen­seur lui a ré­pondu qu’il fal­lait aussi de bons élèves en arabe (j’étais se­cond au concours d’en­trée en sixième d’ora­nie). Et c’est ainsi que j’ai fait six ans d’arabe clas­sique, alors qu’à l’ex­té­rieur on ne par­lait que le dia­lec­tal qui n’avait pas grand chose à voir. Et qui mieux est, seul eu­ro­péen dans cette classe d’arabe, ça vous fait ré­flé­chir sur l’ar­bi­traire dans la so­ciété quelques an­nées plus tard.

Bref, le prof d’arabe, le même pen­dant les six ans, di­sait que ce n’était pas la peine d’ap­prendre le vo­ca­bu­laire (il y avait les dicos pour ça), et donc je n’ai re­tenu que quelques mots cin­quante ans après. Pre­mière stu­pi­dité pé­da­go­gique d’en­sei­gnant.

Même er­reur avec le latin. Mais de lui je garde un bon sou­ve­nir.

En qua­trième donc, je vais en an­glais. Là, à la troi­sième séance, le prof me fait lire, et sur le mot “pupil” voilà qu’il se moque pu­bli­que­ment de mon ac­cent an­glais mâ­tiné d’ac­cent pied-noir… Deuxième ab­sur­dité pé­da­go­gique.

Au diable donc l’an­glais et cette langue de char­re­tiers où il faut ap­prendre non seule­ment un mot mais aussi sa pro­non­cia­tion, sine qua non ! Même en arabe on sait pro­non­cer n’im­porte quel mot nou­veau.

Je suis donc allé en es­pa­gnol dès le len­de­main, et là je me suis ré­galé, avec un prof qui nous in­ter­ro­geait sur ce qu’on avait fait la veille, vo­ca­bu­laire com­pris. Cin­quante ans après je suis tou­jours ca­pable de dis­cu­ter en es­pa­gnol, langue que j’en­tre­tiens par plai­sir avec “Muy in­ter­esante” que je re­com­mande.

Mais, as­sis­tant à l’Uni­ver­sité, il a bien fallu que que je me mette à la langue de char­re­tier. A trente ans, et en six mois, avec As­si­mil, j’ai réglé le pro­blème de la lec­ture en an­glais scien­ti­fique. Mais quant à le par­ler, c’était moins simple…

Il y a donc quatre ans, à 62 ans, j’ai dé­cidé de ré­gler dé­fi­ni­ti­ve­ment ce pro­blème d’ex­pres­sion orale dans cette sa­ta­née langue. J’ai acheté suc­ces­si­ve­ment cinq me­thodes d’an­glais dif­fé­rentes en CD, et dans mon Scé­nic (avec com­mandes au vo­lant) j’ai pra­ti­qué ces mé­thodes deux fois cha­cune pen­dant les trois quarts d’heure d’al­ler et de re­tour quo­ti­diens, sur l’au­to­route. Plus d’un au­to­mo­bi­liste me dou­blant s’est de­mandé pour­quoi je par­lais tout seul, haut et fort au vo­lant ! Pour le fun, j’ai acheté aussi “Se per­fec­tion­ner en es­pa­gnol”, pour consta­ter que je n’en avais tou­jours pas be­soin.

J’ai pa­ral­lè­le­ment acheté tous les livres “Lire en an­glais”, où les mots nou­veaux sont ex­pli­qués en an­glais sur la page de droite, puis pas mal de bi­lingues mais avec moins d’ef­fi­ca­cité que les pré­cé­dents. J’ai main­te­nant des livres en an­glais sur mon che­vet, à côté du fran­çais ou de l’es­pa­gnol.

Bref, la mé­thode “Scé­nic quo­ti­dien”, en une année, m’a per­mis de m’ex­pri­mer enfin sans ap­pré­hen­sion lors de mes ex­po­sés de confé­rence en an­glais.

Mais je ter­mine tou­jours avec “I apo­lo­gize for my En­glish, pero es una las­tima de tener que ha­blar en esta len­gua cuando se lo puede hacer en fran­cès o en español !”, ou quelque chose de ce genre. Et il ap­pa­raît que les an­glo­phones me com­prennent main­te­nant très bien.

Mais, rien à faire, je n’aime tou­jours pas l’an­glais (sans ma­jus­cule) ! Peut-être une sur­vi­vance de l’ata­visme anti-An­glais au tré­fonds de l’in­cons­cient des fran­çais…

27)
Ma­dame Pop­pins
, le 26.05.2010 à 17:44

jvi, ap­prendre l’arabe clas­sique alors qu’il ne s’agit pas de la langue de la rue, ça doit être un peu comme pour un Ro­mand ap­prendre l’al­le­mand et se rendre compte qu’à 25 km, on parle… le suisse al­le­mand ! Je suis une fois de plus at­tris­tée de lire qu’un prof peut faire de tels dé­gâts dans la mo­ti­va­tion d’un élève, par des re­marques tel­le­ment pas pé­da­gogues !

Bon, j’ai le CD de man­da­rin, reste plus qu’à ache­ter le Scé­nic ;-))) Bravo pour la per­sé­vé­rance !

28)
Blues
, le 26.05.2010 à 20:33

Perso de par ma mère j’ai ap­pris le grec dès mon en­fance (langue ma­ter­nelle en même temps que le fran­çais) et le mai­trise cou­ram­ment (dom­mage ça ne sert pas tous les jours), un an­glais suf­fi­sant pour se dé­brouiller et un peu d’ita­lien en ins­tinc­tif. Par contre j’ai tou­jours eu de la peine avec l’al­le­mand (j’ai d’ailleurs hor­reur des sons pro­duits par les “dia­lectes” suisses – le “bon” al­le­mand c’est déjà mieux -)

J’ai pu consta­ter que les per­sonnes qui ont eu la chance d’en­gran­ger plu­sieurs langues dès leur en­fance ont beau­coup de fa­ci­lité à en ap­prendre d’autres par la suite. Ma voi­sine par exemple de mère Sué­doise et de père Tchèque, à 23 ans parle non seule­ment cou­ram­ment ces 2 langues mais en plus d’un al­le­mand et d’un an­glais bien mai­tri­sés, se dé­brouille plu­tôt bien en russe (qu’elle a pris en op­tion à l’uni). Bref, pour cer­tain(e)s c’est du gâ­teau !