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In­vic­tus, le poème qui l’a sauvé

Je suis allé voir le film In­vic­tus, de Clint Est­wood, l'autre jour.

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Mor­gan Free­manm est juste gran­diose dans le rôle de Man­dela.

Ce beau film nous montre Nel­son Man­dela et son in­tel­li­gence ma­gni­fique, qui plu­tôt que crier ven­geance, après 27 ans de cap­ti­vité dans les geôles épou­van­tables de cette hor­reur qu'était l'apar­theid a pré­féré par­don­ner, et sur­tout tra­vailler avec ses tor­tion­naires.

Pen­dant 27 ans, il sem­ble­rait que le poème de William Er­nest Hen­ley ait per­mis à cet homme ma­gni­fique de tenir le coup dans sa pri­son.

J'ai trouvé ce poème tout sim­ple­ment ma­gni­fique, même si dans mon for in­té­rieur, je me de­mande si la non-ré­volte est une so­lu­tion.

La droi­ture en tout cas en est une, vi­si­ble­ment. La force mo­rale aussi.

Puis­sions-nous en en avoir le quart du dixième…

Et vous? Qu'en pen­sez-vous?

Voici donc ce poème ma­gni­fique.

In­vic­tus

Dans la nuit qui m'en­vi­ronne,
Dans les té­nèbres qui m'en­serrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Pri­son­nier de ma si­tua­tion,
Je ne veux pas me re­bel­ler.
Meur­tri par les tri­bu­la­tions,
Je suis de­bout bien que blessé.

En ce lieu d'op­probres et de pleurs,
Je ne vois qu'hor­reur et ombres
Les an­nées s'an­noncent sombres
Mais je ne connaî­trai pas la peur.

Aussi étroit soit le che­min,
Bien qu'on m'ac­cuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon des­tin,
Le ca­pi­taine de mon âme.

William Er­nest Hen­ley 

15 com­men­taires
1)
Ce­sium133x
, le 12.03.2010 à 01:42

L’ori­gi­nal, pour ceux qui ont vu le film en v.o. :

Out of the night that co­vers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank wha­te­ver gods may be
For my un­con­que­rable soul.

In the fell clutch of cir­cum­stance
I have not win­ced nor cried aloud.
Under the blud­geo­nings of chance
My head is bloody, but un­bow’d.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Hor­ror of the shade,
And yet the me­nace of the years
Finds and shall find me una­fraid.

It mat­ters not how strait the gate,
How char­ged with pu­nish­ments the scroll,
I am the mas­ter of my fate:
I am the cap­tain of my soul.

2)
To­bias
, le 12.03.2010 à 03:02

J’ai vrai­ment adoré ce film. Ayant la joie d’un abon­ne­ment de ci­néma, j’ai pro­fité d’al­ler le voir à trois re­prises. :-)

J’ai aussi beau­coup aimé la mu­sique ori­gi­nale que j’ai ac­quise sur iTunes.

3)
Zal­lag
, le 12.03.2010 à 04:16

In­vic­tus, ad­jec­tif qui si­gni­fie en latin in­vaincu. Beau mot, plein de force et d’es­poir, qui en effet n’évoque pas la ré­volte.

4)
Oka­zou
, le 12.03.2010 à 05:59

Nel­son Man­dela, le Gandhi afri­cain. Gandhi, em­pri­sonné en Afrique du Sud comme Man­dela.

Ayons aussi une pen­sée pour Steve Biko, tor­turé et mort en pri­son.

La tra­duc­tion du poème d’Hen­ley est faible. Le tri­but à payer à la rime.

5)
Chi­chille
, le 12.03.2010 à 09:02

Le film de Clint East­wood sim­pli­fie un peu les évé­ne­ments réels pour ren­for­cer la dé­mons­tra­tion. Les si­tua­tions de dé­part et d’ar­ri­vée étaient plus touf­fues et l’évo­lu­tion a été moins li­néaire (les Spring­boks n’étaient pas si mau­vais que cela et Man­dela n’a com­pris qu’en cours de route l’avan­tage à tirer du cham­pion­nat du monde de rugby, par exemple). Mais la force et la beauté du film n’en sont que plus grandes. Et puis Mor­gan Free­man dans le rôle de Man­dela est ab­so­lu­ment fa­bu­leux !

Quant à la tra­duc­tion, je dois re­con­naître que je par­tage l’opi­nion de mon pré­dé­ces­seur.

6)
Franck Pas­tor
, le 12.03.2010 à 10:17

les Spring­boks n’étaient pas si mau­vais que cela

Si ma mé­moire est bonne, c’était même de ré­pu­ta­tion une des meilleures équipes du monde, mais en rai­son du boy­cott ils n’avaient que ra­re­ment l’oc­ca­sion de le prou­ver.

Je pré­cise que je n’ai pas vu le film, donc je ne sais pas où il situe vrai­ment le ni­veau des Spring­boks d’avant 1991.

7)
Chi­chille
, le 12.03.2010 à 10:40

@ Franck

Il en fait une équipe nulle, com­plè­te­ment à la dé­rive, mais qui va se sur­pas­ser pour être digne de la nou­velle Afrique du Sud. Cela fait par­tie des sim­pli­fi­ca­tions que j’évo­quais, qui sont ac­cep­tables dans la me­sure où le film ne pré­tend par être un traité d’his­toire mais plu­tôt une belle fable ins­pi­rée par l’his­toire. En outre, la sim­pli­fi­ca­tion ren­force la construc­tion dra­ma­tique de l’œuvre, que je t’en­cou­rage vi­ve­ment à voir en tout état de cause.

8)
Fa­bien Conus
, le 12.03.2010 à 11:35

Ega­le­ment d’ac­cord sur la fai­blesse de la tra­duc­tion.

En par­ti­cu­lier ces deux vers:

Pri­son­nier de ma si­tua­tion, Je ne veux pas me re­bel­ler.

Si le verbe “re­bel­ler” est fort à pro­pos dans le cas de Man­dela, il n’est pas le re­flet de l’ori­gi­nal:

In the fell clutch of cir­cum­stance I have not win­ced nor cried aloud.

qui se tra­dui­rais plu­tôt par (je ne suis de loin pas un lin­guiste et en­core moins un poête, donc soyez in­dul­gents):

Pri­son­nier de ma si­tua­tion Je n’ai ni flan­ché, ni crié

Il y a plus de sou­mis­sion dans l’ori­gi­nal, plu­tôt que de la co­lère conte­nue.

Cela dit, j’ai vu le film en avant pre­mière il y a quelques mois, et il faut ad­mettre que East­wood reste un fan­tas­tique conteur d’his­toires. Le film est vé­ri­ta­ble­ment poi­gnant.

Une fois à la mai­son, j’ai cher­ché des pho­tos d’ar­chive et elles m’ont fait voir à quel point Free­man était ex­cellent dans le rôle de Man­dela. Sa pos­ture, ses gestes, ses at­ti­tudes sont ex­trê­me­ment fi­dèles.

C’est un ex­cellent film qui montre bien le che­min par­couru, mais qui mal­heu­reu­se­ment ne montre pas assez tout le che­min qu’il reste a par­cou­rir.

9)
Blues
, le 12.03.2010 à 16:39

Je l’ai vu le WE passé… Sans me pro­non­cer sur le dit poème, ce film est extra au­tant que les ac­teurs (comme d’hab avec pra­ti­que­ment tous les film de Clint) – Mor­gan gé­nial-. Mais par rap­port à d’autres films de Clint (Mil­lion, To­rino, etc…) ce­lui-ci mal­gré qu’il im­pres­sionne pen­dant, laisse moins en sor­tant de la salle.

Je me po­sais juste la ques­tion si Man­dela était aussi bien en réa­lité que dans le film (ou Clint l’a idéa­lisé) ? Si c’est le cas ça fait rêver, dom­mage que tous les di­ri­geants de la pla­nête n’ait ces va­leurs en eux … et quel cha­risme. Blues conquis !

10)
pilote.​ka
, le 12.03.2010 à 17:58

Pri­son­nier de ma si­tua­tion, Je ne veux pas me re­bel­ler. Meur­tri par les tri­bu­la­tions, Je suis de­bout bien que blessé

cette strophe me gène pour tous ceux qui se sont ré­volté pour re­trou­ver leur li­berté.

11)
Chi­chille
, le 13.03.2010 à 16:36

@ pilote.​ka :

« I have not win­ced nor cried aloud »

Tra­duc­tion lit­té­rale : « Je n’ai ni gri­macé ni pleuré ». La tra­duc­tion fran­çaise frise le contre­sens.

12)
zit
, le 13.03.2010 à 22:22

« Tra­dut­tore : tra­di­tore ! »

J’avoue ne pas goû­ter la poé­sie (je cherche à com­prendre au lieu de me lais­ser ber­cer par les mots), sauf si elle est en mu­sique (Gains­barre, par exemple) ou alors, dis­crète, ca­chée dans la prose d’un roman, ou en­core dé­so­pi­lant jeux de mots sans sens comme dans ce poème d’Al­phonse Al­lais lu au­jour­d’hui sur le mur d’un wagon de RER (en le­vant le nez d’un ex­cellent Bruce Chat­win) :

L’amour à l’im­par­fait du sub­jonc­tif

Oui, dès l’ins­tant où je vous vis,
Beauté fa­rouche, vous me plûtes;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ, vous aper­çûtes.
Mais de quel air froid vous re­çûtes,
Tous les soins que je vous of­fris!
Com­bien de sou­pirs je ren­dis?
De quelle cruauté vous fûtes?
Et quel pro­fond dé­dain vous eûtes
Des gros tour­ments que je souf­fris!
En vain je priai, je gémis.
Dans votre du­reté vous sûtes,
Mé­pri­ser tout ce que je fis;
Mais un jour je vous écri­vis
Un billet tendre que vous lûtes
Et je ne sais com­ment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah fal­lait-il que je vous visse,
Qu’in­gé­nu­ment je vous le dise,
Qu’avec or­gueil vous vous tus­siez;
Fal­lait-il que je vous ai­masse,
Que vous me déses­pé­ras­siez
Et qu’en vain je m’opi­niâ­trasse,
Qu’à vos pieds je me pros­ter­nasse
Pour que vous m’as­sas­si­nas­siez!

z (ahh, l’amour, je ré­pêêêêêêêêêête : ahhhh, l’hu­mour…)

13)
Chi­chille
, le 14.03.2010 à 16:03

Il y a aussi « la ro­mance sub­jonc­tive » chan­tée par Dra­nem

{Parlé:} J’eus jadis une folle maî­tresse très forte sur les sub­jonc­tifs.
Comme le sort vou­lut que nos amours se bri­sassent,
Il fal­lait que je com­po­sasse cette ro­mance
Pour que mes larmes se sé­chassent et que mes san­glots s’étouf­fassent.
Avant que je ne com­men­çasse,
Je de­man­de­rais que vous écou­tas­siez cette com­plainte
Qui est la plus triste de toutes celles que vous ouîtes.

De mes ca­resses vous rou­gîtes,
Puis en­suite vous les su­bîtes
Pour­quoi faut-il que d’no­tr’ pas­sion
À pré­sent nous ri­ca­nas­sions ?
Tout d’abord vous m’ido­lâ­trâtes,
Puis avec un autr’ vous m’trom­pâtes
J’ n’au­rais pas cru que vous l’pus­siez.
Et qu’mon rival vous l’ai­mas­siez.

{Re­frain:}
Amer, amer des­tin du cœur
Femme lé­gère que vous fûtes
Vous fîtes hélas pour mon mal­heur
Toutes les peines que vous pûtes.

Il fal­lait que j’vous écri­visse,
Ou que chaque jour je vous visse
Pour que vous me sou­pi­ras­siez
Les mots dont vous m’bap­ti­sas­siez.
Fal­lait que je m’age­nouillasse
Sans que ja­mais je re­cu­lasse,
Pour que nous nous ado­ras­sions
Et puis qu’nous nous dé­goû­tas­sions,
Et puis que nous nous pla­quas­sions.

{Re­frain:}
Amer, amer des­tin du cœur
Dans l’amour que vous sus­ci­tâtes
Vous fîtes ger­mer la dou­leur
Et ce jour-là, vous m’épa­tâtes !

Sans que ja­mais je mar­chan­dasse
Il fal­lait que je rou­cou­lasse
Les vœux que vous in­car­nas­siez
Et que vous ac­cu­mu­las­siez.
En échange d’vos ch’veux qu’vous m’of­frîtes,
C’est avec joie que vous me prîtes
Les méches que vous dé­si­ras­siez
Car j’vou­lus bien que vous m’émé­chiez.

{Re­frain:}
Amer, amer des­tin du cœur
Quand un beau jour nous consta­tâmes
Qu’nos ch’veux lâ­chaient nos crânes vain­queurs,
Dès lors nous nous dé­plu­mar­dâmes

Vous n’m’ai­miez plus, fal­lait que j’eusse
Bien des forces pour que je pusse
Prendre mon cœur sans qu’vous l’re­tins­siez
Pour ne pas qu’vous l’abî­mas­siez.
Com­bien de cruau­tés vous eûtes
Que de noirs pro­jets vous conçûtes
Pour que vous m’en­sor­ce­las­siez
Et que vous me poi­gnar­das­siez.

{Re­frain:}
Amer, amer des­tin hélas
Il fal­lait que j’ vous ou­bliasse
Car votre nom, trop m’écer­ve­lât
Pour que ja­mais vous l’ré­pé­tasse.

14)
L'igno­rant
, le 15.03.2010 à 19:06

Reste le pro­blème Win­nie Man­dela…

15)
Chi­chille
, le 15.03.2010 à 19:55

Nous par­lions du film, pas de la si­tua­tion réelle, qui, au­jour­d’hui, n’est que ce qu’elle est et dont Win­nie Man­dela n’est, hélas ! que l’un des as­pects…