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Après un long si­lence….
In­cré­dule, je me suis ap­pro­chée du mi­roir de l'as­cen­seur : j'es­pé­rais alors en­core que pour­rait seul être in­cri­miné l'éclai­rage, mé­diocre, et que j'étais vic­time d'une illu­sion d'op­tique. J'ai tou­te­fois ra­pi­de­ment com­pris que ma vue n'était pas en cause et que je ve­nais bel et bien de dé­cou­vrir mes pre­miers che­veux blancs et no­tam­ment une épaisse mèche juste au des­sus de la tempe gauche !

J'ai sou­piré, fermé ma veste et suis sor­tie de l'as­cen­seur : de toute façon, je sa­vais per­ti­nem­ment quand ces che­veux blancs m'étaient "tom­bés" des­sus.

A ce stade-là de mon récit, je vous po­se­rais bien la ques­tion qui de­puis lors ta­raude mon es­prit : ces che­veux blancs,
a) je les as­sume, ou
b) je les cache au moyen d'une co­lo­ra­tion ?

Mais avant d'en venir à des pro­blé­ma­tiques aussi gra­ve­ment exis­ten­tielles, il faut quand même que je vous ex­plique un peu la rai­son pour la­quelle du­rant trois mois et demi, la ques­tion du lundi en quin­zaine vous a été épar­gnée.

Le 5 dé­cembre 2009, "le ciel a re­tenu son souffle et une nou­velle étoile est née" : Tom Pouce est venu agran­dir la fa­mille Pop­pins. Cette phrase, entre guille­mets, est ex­traite d'un texte ré­digé par une jeune mère que j'ai ren­con­trée au CHU de ma ré­gion, au 4e étage de la ma­ter­nité, dans cet en­droit à la fois si "froid" car régi par la tech­nique et si plein d'émo­tions qu'est un ser­vice de soins in­ten­sifs de néo­na­to­lo­gie.

Ainsi, ce qui m'a tenue éloi­gnée de votre site pré­féré, c'est la pré­ma­tu­rité de Tom Pouce, que nous at­ten­dions pour fin jan­vier 2010 seule­ment. Et si au­jour­d'hui, il se porte comme un charme, avec un double men­ton et des cuisses do­dues, j'ai dé­cou­vert, au cours des 25 jours d'hos­pi­ta­li­sa­tion de notre fis­ton un monde qui lutte pour des êtres mi­nus­cules - cer­tains pe­sant lar­ge­ment moins d'un kilo -, avec son rythme, ses im­pé­ra­tifs, son jar­gon.

Tenez, sa­vez-vous ce qu'est une cpap et une "TAC" ? Sa­vez-vous que les hé­mor­ra­gies cé­ré­brales sont mal­heu­reu­se­ment fré­quentes chez les pré­ma­tu­rés ? Sa­vez-vous que par­fois, un pré­ma­turé reste hos­pi­ta­lisé jus­qu'au terme ini­tia­le­ment prévu pour sa nais­sance ?

J'ai été confron­tée à l'an­goisse de ne pas en­tendre son en­fant crier à la nais­sance; j'ai dû faire connais­sance de Tom Pouce à-tra­vers les vitres d'un in­cu­ba­teur, le bruit des ma­chines et des ap­pa­reils nous en­tou­rant cou­vrant pro­ba­ble­ment le son de ma voix.

Tous les sou­ve­nirs que j'ai de ce mois de dé­cembre 2009 sont em­preints d'am­bi­va­lence : j'os­cille entre re­con­nais­sance à l'égard de l'équipe qui nous a tou­jours en­cou­ra­gés, mal­gré les tuyaux et les dif­fé­rents cap­teurs né­ces­saires à la sur­veillance des constantes, à prendre notre fils en peau à peau chaque jour, et co­lère de n'avoir pas pu vivre cette nais­sance comme je l'es­pé­rais.

Je suis certes très heu­reuse d'avoir réussi à nour­rir ce petit homme dès le sur­len­de­main de sa nais­sance, d'abord avec du lait tiré et donné par sonde puis di­rec­te­ment au sein par la suite mais je me sens pro­ba­ble­ment aussi un peu cou­pable de n'avoir pu lui of­frir re­fuge en moi jus­qu'au terme, lui im­po­sant des nuits so­li­taires dans un hô­pi­tal im­per­son­nel.

Ces vingt-cinq jours res­te­ront à ja­mais gra­vés dans ma mé­moire et dans celle de Mis­ter mais main­te­nant, j'ai be­soin de re­fer­mer cette pa­ren­thèse pour re­gar­der vers de­main : bien­tôt, Tom Pouce ap­pren­dra à se tenir assis; bien­tôt, il se lan­cera à la conquête du monde, d'abord à quatre pattes puis de­bout. N'em­pêche, à ja­mais, je gar­de­rai deux traces de cet épi­sode : la ci­ca­trice de la cé­sa­rienne ren­due né­ces­saire par l'état de santé de Tom Pouce et ces che­veux blancs...

Et les vôtres, de che­veux blancs, simple ra­vage du temps qui passe ou signe tan­gible d'un évé­ne­ment par­ti­cu­lier ?

31 com­men­taires
1)
Sa­luki
, le 15.03.2010 à 00:12

Heu­reux de vous voir re­ve­nir, Maa’m’.

Bien­ve­nue à Tom­Pouce en ce monde qu’il contri­buera à rendre meilleur.

• Poivre et Sel. •

Ils sont venus non pas sour­noi­se­ment mais su­brep­ti­ce­ment, se­rais-je tenté de dire.

2)
Guillôme
, le 15.03.2010 à 00:18

Et les vôtres, de che­veux blancs, simple ra­vage du temps qui passe ou signe tan­gible d’un évé­ne­ment par­ti­cu­lier ?

Ni l’un ni l’autre, pre­mier che­veux blancs à 18 ans et je suis tout gri­son­nant à la tren­taine genre George Cloo­ney mais avec le phy­sique et la gueule en moins (sans comp­ter l’age).

Fé­li­ci­ta­tions pour ce nou­veau né dans le cocon fa­mi­lial.

3)
iker
, le 15.03.2010 à 01:01

Merci de nous faire par­ta­ger ce mo­ment si par­ti­cu­lier et de re­ve­nir parmi nous avec tou­jours cette jolie plume qui, de ma­nière lé­gère, nous fait sur­vo­ler la fra­gi­lité et la gra­vité de l’exis­tence.

Et bien­ve­nue à ce petit être fra­gile qui par l’as­so­cia­tion des gestes les plus an­ces­traux et des prouesses d’une tech­no­lo­gie de plus en plus so­phis­ti­qué, est dé­sor­mais ou­tillé pour em­prun­ter le che­min aven­tu­reux que ses deux frères ont déjà par­couru avant lui. Au fait, com­ment vont-ils ?

Les che­veux pour leur part, n’ont pas eu le temps de de­ve­nir blancs, la pa­ter­nité y au­rait sans doute contri­bué… Et puis j’ai tou­jours aimé Yul Bryn­ner ;-)

4)
Fran­çois Cuneo
, le 15.03.2010 à 06:45

Content que tout se soit bien passé! Et de te voir re­ve­nir.

Lors­qu’on re­garde la vidéo du tout début de la vie de Ba­sile, qui lui aussi a passé en néoa­to­lo­gie, on ne peut ja­mais s’em­pê­cher de lâ­cher quelques larmes. C’est tel­le­ment fort, même si main­te­nant tout va bien.

Sinon les che­veux gris, viennent su­brep­ti­ce­ment, sans crier gare, donc sans qu’on puisse vrai­ment at­tri­buer leur cause à un souci quel­conque, même si j’ai bien ma pe­tite idée en ce qui me concerne…:-)

5)
omni
, le 15.03.2010 à 07:12

Fé­li­ci­ta­tions. Que dire d’autre ? L’émo­tion dé­ga­gée par vos écrits en­so­leille ma jour­née. Merci

6)
omni
, le 15.03.2010 à 07:12

Fé­li­ci­ta­tions. Que dire d’autre ? L’émo­tion dé­ga­gée par vos écrits en­so­leille ma jour­née. Merci

7)
Phi­lob
, le 15.03.2010 à 07:41

Heu­reux de vous lire Mme Pop­pins, juste après sa nais­sance (par cé­sa­rienne) mon fils a été trans­porté d’ur­gence au ser­vice de néo­na­to­lo­gie du CHUV pour un pro­blème d’em­poi­son­ne­ment gé­né­ra­lisé. Chaque jour j’ame­nais le lait pré­cieu­se­ment tiré; il fai­sait fi­gure de géant parmi les autres bébés pour la plu­part pré­ma­tu­rés. Je n’ai pas été di­rec­te­ment im­pres­sionné par la tech­no­lo­gie om­ni­pré­sente mais, par contraste avec l’hu­ma­nité ex­tra­or­di­naire des per­sonnes qui y tra­vaillaient.

Mais notre an­goisse n’a duré que 3 jours, sans che­veux blancs pour ma part (c’est une autre his­toire, mais j’ai ac­cepté de faire des en­fants que le jour où j’ai pu aussi ac­cep­ter leur mort); mais “on” nous a quand même de­mandé si nous ne vou­lions pas at­tendre pour en­voyer les fai­re­parts de nais­sance, ça jette un froid, bien sûr nous n’avons pas at­tendu, je suis ré­so­lu­ment op­ti­miste. L’his­toire se ter­mine bien d’ailleurs.

J’ai 53 ans et les tempes gri­son­nantes, mais ça ne suf­fi­sait pas, de­puis le début de l’an­née je porte fiè­re­ment une barbe bien plus sel que poivre, j’ai enfin l’air mûr.

Beau­coup de bon­heur à vous tous.

8)
ysen­grain
, le 15.03.2010 à 08:21

Tel­le­ment content de te lire à nou­veau !!! Tel­le­ment content aussi de pou­voir t’ar­gu­men­ter !!!

je me sens pro­ba­ble­ment aussi un peu cou­pable de n’avoir pu lui of­frir re­fuge en moi jus­qu’au terme, lui im­po­sant des nuits so­li­taires dans un hô­pi­tal im­per­son­nel.

Très très beau pa­ckage !!! Peux tu faire mieux en­core ? Que tu aies pensé à Tom Pouce “seul en un hô­pi­tal im­per­son­nel” pen­dant 25 jours, je com­prends, mais de là à te char­ger de culpa­bi­lité … A tout ha­sard, l’oncle de mon as­so­cié est ar­che­vêque de Ber­lin, veux tu que je lui de­mande… mais vite car il part bien­tôt en re­traite. Non, sé­rieu­se­ment, je com­prends cette ré­ac­tion, on la ren­contre chez beau­coup de mère de pré­ma­tu­rés; mais qui dit culpa­bi­lité dit faute et là …..

Quant à mes che­veux blancs je ne leur at­tache que peu d’im­por­tance.

P.S. Mes ami­tiés à Tom Pouce

9)
Franck Pas­tor
, le 15.03.2010 à 08:36

Rhaah quels vei­nards vous êtes, vous qui avez des che­veux gris ou blancs… Les miens, s’ils ne blan­chissent ni ne gri­sonnent, ils tombent ! J’ai main­te­nant une ton­sure bien large et bien nette au som­met du crâne. Avant de vous plaindre, pen­sez donc un peu à ceux qui perdent leurs che­veux dès l’ap­proche de la qua­ran­taine, voire avant ! :-/

Ma fille à moi, 16 mois, a un peu contri­bué à les faire tom­ber : elle était tel­le­ment bien em­ber­li­fi­co­tée dans son cor­don qu’elle s’étouf­fait en nais­sant —> une heure en ser­vice de ré­ani­ma­tion. Mais de­puis, elle pète la forme.

10)
Anapi
, le 15.03.2010 à 08:47

Merci d’être re­ve­nue.

Merci aussi de cette élé­gance qui pré­tend par­ler de pro­blèmes ca­pil­laires pour mieux évo­quer les choses im­por­tantes.

Bien­venu à Tom Pouce.

11)
Guyst
, le 15.03.2010 à 09:08

Salut Mary (je peux vous ap­pe­ler par votre pré­nom ?).

C’est main­te­nant que ça com­mence pour Tom Pouce.

J’ai vécu à peu près la même his­toire avec mon pre­mier-né. Moi aussi j’ai nourri mon fils avec le lait de sa mère (au point qu’il m’a ap­pelé “Maman” en pre­mier ?). Ce n’est que treize ans après que je réa­lise toute l’im­por­tance de cette his­toire pour lui, mais aussi c’est plus pen­dant treize ans que pen­dant 25 jours que mon rôle aura été le plus cri­tique (et ça conti­nue…).

C’est main­te­nant un jeune homme, beau­coup plus petit que ses ca­ma­rades, mais au com­bien plus mûr, ré­flé­chi et sen­sible. Je ne sais pas à quel point son his­toire in­tra-uté­rine y joue un rôle.

Bien­ve­nue à Tom Pouce, qui aura pris un peu d’avance. Il a main­te­nant le droit au repos et à la cha­leur.

G

PS che­veux blancs ? Quels che­veux blancs ? Je n’ai même pas le temps de me re­gar­der dans la glace le matin !

12)
Ori­ge­nius
, le 15.03.2010 à 09:11

Bon­jour Ma­dame Pop­pins et wel­come back. Et bien­ve­nue (tout court) à Tom Pouce.

Des che­veux blancs, oui j’en ai (mais je peux en­core les comp­ter), et pour la même rai­son que vous. Juste un peu en dif­féré, il faut dire. Après être né à 7 mois et demi, ils ont sim­ple­ment mis une qua­ran­taine d’an­nées pour ap­pa­raître…

J’ai donc com­mencé à dé­cou­vrir le monde à tra­vers cette boîte, et au­jour­d’hui ? Tout va bien ! 1 m 88 et 110 kilos plus tard… Et comme je vis au mi­lieu de Ja­po­nais qui naissent au bout de dix mois de ges­ta­tion (disent-ils), dont la tem­pé­ra­ture cor­po­relle ne dé­passe pas les 36°C en temps nor­mal, et dont la taille at­teint pé­ni­ble­ment le mètre 42 en moyenne (j’exa­gère un peu), j’ap­pa­rais vrai­ment comme un géant, (tout au­tant qu’un vrai gaï­jin dans le texte). Dé­mar­rer avec de l’avance n’a eu que du bon pour moi !

Alors, petit frère, tous les es­poirs te sont per­mis !

13)
Tom25
, le 15.03.2010 à 09:30

Fé­li­ci­ta­tion et bien­ve­nue au petit der­nier. A mon avis, il est déjà fan de Mac, et il vou­lait sor­tir plus tôt pour voir l’iPad ! :•) .

J’ar­rive très bien­tôt à qua­rante ans, et je n’ai pas de che­veux blancs. Je n’en perds pas non plus.
A une époque je les avais tous perdu , mais et ils ont re­poussé aussi noir qu’avant .
Beau­coup de filles, de femmes, se­cré­taires et autres connais­sances, me di­saient qu’elles me trou­vaient plus beau* sans che­veux. Donc les Yul Bryn­ner ne crai­gnez rien, tous les goûts sont dans la na­ture. Ma femme me pré­fère avec des che­veux, et moi j’ai moins froid à la tête avec…

*: Elles étaient sans doute trop po­lies pour dire « moins moche » :•D .

14)
In­connu
, le 15.03.2010 à 09:50

Bien­ve­nue à Tom dans ce monde et à Mme Pop­pins de re­tour. C’est une chro­nique fé­mi­nine car sinon il y au­rait trois choix à la ques­tion :
a) je les as­sume, ou
b) je les cache au moyen d’une co­lo­ra­tion ?
c) je les rase
Pour moi c’est (a) de­puis 30 ans, j’ai com­mencé jeune, et la barbe a aussi gri­sonné, pour­tant je me soigne au Loch Lo­mond.

15)
Guillôme
, le 15.03.2010 à 09:58

Sinon les che­veux gris, viennent su­brep­ti­ce­ment, sans crier gare, donc sans qu’on puisse vrai­ment at­tri­buer leur cause à un souci quel­conque, même si j’ai bien ma pe­tite idée en ce qui me concerne…:-)

Ah bon, tu as des che­veux, Fran­çois???

16)
Ca­plan
, le 15.03.2010 à 10:35

Bon­jour Ma­dame Pop­pins!

Ça fait long­temps que j’ai des che­veux blancs et je ne crois pas que ce sont les sou­cis de la vie qui me les ont don­nés. Le plus im­por­tant, c’est qu’ils ne tombent pas.

Pour la co­lo­ra­tion chez les femmes, il y a une chose qui m’a frappé et c’est cer­tai­ne­ment d’ordre cultu­rel: en Al­le­magne, les femmes se teignent beau­coup moins les che­veux qu’ici. Les quin­qua­gé­naires ont l’air d’as­su­mer par­fai­te­ment leurs che­veux blancs. Chez nous, ça pro­dui­rait un sacré choc si toutes les tein­tures dis­pa­rais­saient d’un seul coup!…

Mil­sa­bor!

17)
zit
, le 15.03.2010 à 10:54

Ravi de te « voir » de re­tour et un grand bécot à Tom pouce !

Quand aux che­veux, la tein­ture, pour­quoi faire ? Déjà, chi­mi­que­ment, est–ce bien sain ? Et puis pour­quoi vou­loir ca­cher quelques brins gris ?

Est–ce pour les ca­cher aux autres, ou pour se les ca­cher à soi–même ?

Pour les miens, je pense ne plus en avoir avant qu’ils ne changent de cou­leur, mais en fait, je m’en contre­fiche, c’est ma­dame qui n’aime pas les chauves ;o)

z (qui ne se pré­oc­cupe pas de ce qu’il ne contrôle pas, je ré­pêêêêêêêêêête : le temps qu’il fait, la chute des che­veux…)

PS : Tom25, tu es beau­coup plus sou­riant sans che­veux ;o)

18)
dpesch
, le 15.03.2010 à 11:28

Très chère Mary Pop­pins,

D’abord, fé­li­ci­ta­tions aux heu­reux pa­rents !

En­suite, bien­ve­nue en ce monde à Tom Pouce. Il est assez chan­ceux d’une cer­taine ma­nière : il vivra un mois de plus que les autres.

Ma se­conde fille, Fa­nette, est née 2 ou 3 se­maines avant terme et a eu, en sus, un pro­blème de consan­gui­nité avec sa mère qui a pro­vo­qué un ic­tère aigu (jau­nisse). Il a fallu pra­ti­quer une ex­san­guino-trans­fu­sion à cette fra­gile pe­tite fille. Les mé­de­cins ont donc sé­paré la maman, res­tant à la cli­nique, et le bébé, trans­porté à l’Hô­pi­tal des En­fants. J’ai, mon aussi, as­suré les trans­ports du casse-croûte de l’une vers l’autre. Dire que nous étions in­quiets n’est rien, an­gois­sés plu­tôt.

26 ans plus tard, Fa­nette est une grande et belle jeune femme qui ter­mine ses études de sty­lisme et de­sign in­dus­triel et va se lan­cer avec dé­ter­mi­na­tion dans la vie ac­tive. Elle de­ve­nue une vraie pa­ri­sienne et fré­quente le mi­lieu de la créa­tion qui in­vente le monde de de­main. Dire que j’en suis fier est un eu­phé­misme !

Mes deux autre filles (et oui, trois filles !), Do­rine (28) et Au­gus­tine (18) n’ont pas eu ce pro­blème, quoi­qu’elles aussi soient nées une di­zaine de jours avant terme. Je suis très fières d’elles aussi, l’ai­née est as­sis­tante so­ciale dans un grand hô­pi­tal pa­ri­sien, la puî­née est en pre­mière année de mé­de­cine.

Donc, pas de culpa­bi­lité (vous n’y êtes pour rien !) et dans quelques an­nées, lorsque la pe­tite mèche aura fait des pe­tits et que vous serez gri­son­nante (ou dé­co­lo­rée) vous aurez un Tom Pouce de 1m80 (au moins) qui en­trera à la Fac et dont, vous aussi, serez fière. Vous ver­rez : ce mau­vais sou­ve­nir s’es­tom­pera petit à petit (mais vous ne l’ou­blie­rai pas) et… la ci­ca­trice aussi !

Quant à mes che­veux blancs : j’ai 60 ba­lais de­puis oc­tobre der­nier, serai à la re­traite dans 15 jours et si la barbe est poivre et sel (ti­rant de plus en plus vers le blanc, évi­dem­ment) de­puis belle lu­rette, les che­veux, certes de moins en moins nom­breux mais cou­vrant en­core l’en­tiè­reté de ce qui me pro­tège la cer­velle, ne com­mencent à gri­son­ner que lé­gè­re­ment, au ni­veau des tempes. Moi qui au­rais tant aimé avoir une tête en­tiè­re­ment blanche comme Spen­cer Tracy, par exemple. L’être hu­main est bi­zarre, qui veut tou­jours avoir ce qu’il n’a pas.

Mal­gré les épreuves, le monde pourri et violent qui nous en­toure, La vita è bella

Bi­sous à Tom Pouce (j’adore em­bras­ser les pe­tits bébés, leur peau est si douce, leur chair si dodue et leur odeur tel­le­ment agréable !).

19)
be­noit
, le 15.03.2010 à 12:33

Mais pour­quoi donc conti­nue-t-on à faire des en­fants alors que l’on sait per­ti­nem­ment qu’on se pré­pare des an­nées d’an­goisse ?

Mois qui suis d’un na­tu­rel plu­tôt ZEN, j’ai été an­goissé du­rant les trois gros­sesses de ma femme, j’ai été an­goissé à cha­cune des trois nais­sances (pour­tant sans pro­blème), j’ai été an­goissé des nuits en­tières (t’es sûr qu’il res­pire, il a pas fait un bruit là, c’est nor­mal qu’il dorme en­core, etc…).

Et au­jour­d’hui, tou­jours aussi zen pour les choses de la vie, alors que l’ainé à 25 ans, c’est tou­jours cette même crainte (pour­quoi il n’est pas en­core ren­tré, c’est pas un peu ris­qué là ou il va, etc…).

Et pour­tant, à 60 ans passé, non pas que je sou­haite un autre en­fant, mais j’at­tends avec une im­pa­tience non dé­gui­sée que l’un de mes en­fants m’ap­porte un nou­veau petit bout’chou, qui me pro­cu­rera sans doute les mêmes an­goisses que leurs pa­rents mais aussi tant de bon­heur, d’amour et de rai­sons de vivre. Rien ne m’émeut plus que d’en­tendre ma fille de 18 ans me dire Papa au té­lé­phone.

Quant aux che­veux, j’en ai en­core pas mal sur la tête, mais pas ou si peu de lé­gè­re­ment gri­son­nant que je ne peux ré­pondre à votre ques­tion.

Tout le bon­heur du monde au­près de vos trois gar­çons

20)
fxc
, le 15.03.2010 à 13:33

Mââââââââââme pop­pins le re­tour, enfin! vous nous avez man­qué.

Main­te­nant que nous sa­vons que c’était pour une ex­cel­lente cause l’at­tente pa­rait moins longue.

J’epère que le petit tom se porte comme un charme.

21)
joanna
, le 15.03.2010 à 16:03

Bien sûr que c’est culpa­bi­li­sant, de lais­ser son en­fant à l’hô­pi­tal et de ne pas pou­voir res­ter près de lui la nuit. Il ne s’agit pas de faute, mais de ce qu’on vou­drait (de mieux) et qu’on ne peut pas don­ner, par la force des choses. Culpa­bi­li­sant aussi de ne pas pou­voir as­so­cier sa nais­sance au bon­heur, sim­ple­ment, mais d’y lier des sou­ve­nirs d’an­goisse et de tris­tesse, de sé­pa­ra­tion. Cer­taines choses passent (la co­lère), d’autres pas. On ne peut pas ré­écrire l’his­toire. Et même si tout se finit bien et qu’on se re­trouve, des an­nées après, face à un en­fant en pleine santé, ça reste dou­lou­reux. Tout ça non pour finir sur une note né­ga­tive mais pour dire qu’on a le droit d’en souf­frir et de le dire. Et que c’est sans doute très dif­fi­cile à com­prendre pour ceux et celles qui ne sont pas pas­sés par là, comme sou­vent dans l’ex­pé­rience hu­maine. Ceci dit, bonne conti­nua­tion à vous et à votre bébé tout neuf.

22)
pilote.​ka
, le 15.03.2010 à 16:51

Moi, mes che­veux blancs sont venus petit à petit en même temps que la perte des che­veux. J’ai donc dé­cidé de les raser. Moi qui avait de beaux che­veux châ­tains je les re­garde quand je les rase. Ils sont noir et blancs, poivre et sel comme on dit. C’est moche. Je n’as­sume pas du tout la vieillesse.

23)
Mar­co­li­vier
, le 15.03.2010 à 17:01

Fé­li­ci­ta­tions pour cette belle nou­velle. Ces pe­tits lu­rons, qu’est-ce qu’ils nous fichent la trouille par­fois, mais ils sont sou­vent bien plus forts que ce que l’on s’ima­gine.

Che­veux blancs? Ma fois, quelques uns (une di­zaine)sur le côté gauche. Mais ça ne me pose pas de pro­blème, sa­chant que mon père était blan­chis dès sa jeune tren­taine, mon âge. Par contre, je suis tou­jours sur­pris des re­flets roux de ma barbe, brune ha­bi­tuel­le­ment, comme mes che­veux, lors­qu’elle dé­passe son demi-cen­ti­mètre.

24)
Mo­dane
, le 15.03.2010 à 19:25

Aaaah! Heu­reux de vous re­voir, Miss! Et aussi de sa­voir que le tout petit va bien!…

Pour la co­lo­ra­tion ca­pil­laire, c’est poivre et sel, de plus en plus sel, dans les che­veux, les rou­fla­quettes, le bouc, et aussi euh… ailleurs, ce qui me donne l’air de m’être roulé nu dans la neige, même en plein été. Alors rien que pour çà, j’aime bien….

25)
bord­champ
, le 15.03.2010 à 19:37

Ma­dame Pop­pins,

Je vous ai lu avec émo­tion, presque la larme à l’œil et j’ai eu envie de vous dire tout de suite un grand bravo. Fé­li­ci­ta­tions !

Grâce à vous, la vie a, une fois en­core, gagné. Vous avez, en don­nant nais­sance à Tom Pouce et en lui in­suf­flant la vie à tra­vers votre lait et votre amour, tou­ché à ce qu’il y a de plus uni­ver­sel dans le des­tin des hommes et des femmes et vous allez dé­sor­mais pou­voir rap­pe­ler à ceux qui vous en­tourent que ces che­veux blancs sont le té­moi­gnage d’une nais­sance, la marque d’une vie nou­velle.

Ma grand-mère me di­sait sou­vent : “Pour que le grain nou­veau lève, il faut que meure le grain an­cien.” Dans votre cas, cette touffe ca­pil­laire che­nue sera un bien petit sa­cri­fice à la Vie.

26)
Tche
, le 15.03.2010 à 22:21

Bon­soir Ma­dame Pop­pins,

Content de vous re­voir (je viens de m’en­re­gis­trer mais je consulte CUK plu­sieurs fois par se­maine de­puis des an­nées).

Mais aî­nées sont nées, voici 15 ans, à 30 se­maines dans des condi­tions très très dé­li­cates. Les jours qui ont suivi furent à la fois les meilleurs et les pires de ma vie. Au bout du compte, elles sont vi­vantes, en pleine forme et heu­reuses. En li­sant des his­toires telles que le vôtre, à chaque fois, l’émo­tion me sub­merge et je dois re­te­nir mes larmes. Pour­quoi les re­te­nir au fond ?

Je suis cer­tain qu’il en ira de même pour vous. Plein de joie pour Tom Pouce.

PS : j’ai perdu presque tous mes tifs dans l’aven­ture ;)

27)
Fran­çois Cuneo
, le 15.03.2010 à 23:09

Le plus im­por­tant, c’est qu’ils ne tombent pas.

Pas d’ac­cord!

28)
Jé­ré­mie
, le 15.03.2010 à 23:26

Eh, Miss Pop’s! Tu me fais mon­ter les larmes aux yeux! Un mé­lange doux amer… De­puis que je suis père, chaque an­nonce de nais­sance me rends tout chose! Avant, c’était “chouette, mes fé­li­ci­ta­tions” (SIC). De­puis, ça me remue com­plé­te­ment. ça, c’est pour le côté doux… Et quand je vois ce que me fais une simple otite de mon fils, en li­sant ton récit, ça me rends tout chose (aussi, mais dif­fé­rem­ment). Sa­crée cui­sine, Miss Pop’s! Tu nous as man­qué! Bien­ve­nue à Tom Pouce!

29)
pat3
, le 15.03.2010 à 23:27

‘Jour Maâme Pop­pins Content de vous re­lire, Mary, et content de sa­voir que Tom Pouce va bien; quand je vois le bon­heur per­ma­nent qu’est ma ptite der­nière (2 ans et un mois), je ne peux que vous sou­hai­ter la même chose… Je trouve même qu’on pro­fite mille fois mieux d’un “en­fant de l’âge mûr”; on n’a pas les an­goisses des pre­miers (faut dire, j’avais juste 23 ans, ma femme 21, pour le pre­mier qui vient de faire ses 18 ans), on est plus tran­quille, plus se­rein.

Quant aux che­veux: plus grand chose sur le caillou et de­puis long­temps (je les por­tais déjà très court après 20 ans, je les ai rasé après 30); je vois ap­pa­raître mes pre­miers poils blancs dans la mous­tache et dans la barbe, et je crois bien que ce sont les affres du bou­lot qui m’ont fait ça (j’ai dé­mis­sionné de la vice-pré­si­dence de mon uni­ver­sité en grève sau­vage). De­puis, je me re­fais une santé avec une in­time convic­tion: le bou­lot n’aura pas ma peau…

Vir­tuel­le­ment, je vous baise les mains et fais ma ré­vé­rence au petit Tom. Nos en­fants sont plus que le meilleur de nous même: ils sont l’es­poir vi­vant d’une meilleure hu­ma­nité.

30)
coa­coa
, le 16.03.2010 à 08:32

Un plai­sir de vous sa­voir de re­tour ici, et une joie de sa­voir que tout le monde va bien.

31)
Ma­dame Pop­pins
, le 17.03.2010 à 10:44

Sa­luki, le plai­sir de vous re­trou­ver est par­tagé et merci pour cette jolie phrase : j’ai­me­rais tel­le­ment que Tom Pouce contri­bue à rendre le monde meilleur…

Voyons, Guillôme, la gueule, c’est tout re­la­tif : je parie que des tas de femmes te trouvent au moins aussi char­mants que Cloo­ney !

Iker, les deux grands vont plu­tôt bien même si les dix pre­miers jours de la nais­sance de Tom Pouce ont été très dif­fi­ciles pour eux aussi : en effet, en rai­son de la pan­dé­mie et de la très grande fra­gi­lité de ces pré­ma­tu­rés, le ser­vice de néo­nat avait in­ter­dit les vi­sites autres que les pa­rents. Du coup, pas moyen de leur mon­trer leur frère au­tre­ment que par pho­tos. Heu­reu­se­ment, après le trans­fert de Tom Pouce dans une autre unité, ils ont peu le voir. Au­jour­d’hui, Ju­nior (7 ans) a ré­pondu à la ques­tion “com­ment il est, ton petit frère” par un “ça va, il est pas en­core cool mais il va de­ve­nir cool, c’est sûr”. Le look Yul, dès qu’il est bien as­sumé, donne un charme fou à l’homme !

Fran­çois, tu le dis bien, même si tout va bien, il reste une émo­tion très forte en soi, même si les an­nées passent.

Omni, à mon tour de dire “merci” : être lue, pour un tel billet, c’est pré­cieux.

Phi­lob, je trouve hal­lu­ci­nant (pour res­ter polie) qu’on puisse dire à des pa­rents “vou­lez-vous at­tendre avec l’en­voi des faire-parts”; en effet, quelle que soit l’is­sue, l’en­fant est là et les pa­rents ont le droit, le be­soin de le dire ! Peut-être même que l’en­voi d’un faire-part a en­core plus d’im­por­tance lorsque l’en­fant ren­contre un pro­blème de santé. Je suis heu­reuse de lire que tout s’est bien ter­miné.

Ysen­grain, :))) Et ça fait tel­le­ment de bien de te lire : en écri­vant exac­te­ment cette phrase, je me suis dit que si quel­qu’un al­lait y ré­agir, ça se­rait toi ! Quant à l’ar­che­vêque, ma foi, pour­quoi pas : tout à coup que je me se­rais trom­pée et que le pa­ra­dis existe vrai­ment “au ciel”, j’ai­me­rais au­tant m’as­su­rer une pe­tite place pour moi et ma fa­mille ;))))

Franck, plein de bises à la pe­tite puce : 16 mois, c’est un âge tel­le­ment gé­nial, avec plein de dé­cou­vertes, un émer­veille­ment ré­ci­proque pa­rents – en­fant. La suite n’est pas en­nuyeuse non plus ;-)

Anapi, merci d’avoir si bien com­pris.

Je re­viens plus tard, bonne fin de ma­ti­née à toutes et tous,