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Clim’ City, un somp­tueux Sim City en­vi­ron­ne­men­tal et pé­da­go­gique

Comme vous avez pu le consta­ter dans cer­taines de mes in­ter­ven­tions cu­kiennes (celle-ci par exemple), mon dada à moi, c’est l’éco­lo­gie in­dus­trielle. Pas éton­nant, donc, que j’aborde avec vous un tra­vail vul­ga­ri­sant avec brio les ac­tions que l’on peut mettre en oeuvre pour di­mi­nuer l’im­pact de l’homme sur l’en­vi­ron­ne­ment.

Nombre d’entre vous ont du en en­tendre parlé ces der­nières se­maines, les buzz in­ter­net servent à cela: dif­fu­ser des in­for­ma­tions en deux temps trois mou­ve­ments. Heu­reu­se­ment, ce ne sont pas tou­jours des gags à deux balles ou des vi­déos abru­tis­santes, de plus en plus sou­vent ce sont des pro­jets drô­le­ment bien fi­ce­lés.

Sur In­ter­net, j’aime les jeux ou les in­ter­faces simples (pas be­soin d’un mode d’em­ploi sous la forme d’un pavé PDF pour pou­voir com­prendre les règles), le Ven­dée Globe vir­tuel en est un exemple, mais à la dif­fé­rence près que le but est de char­mer l’uti­li­sa­teur pour qu’il s’abonne à des fonc­tion­na­li­tés sup­plé­men­taires payantes (ce qui est par­fai­te­ment ac­cep­table d’ailleurs!).

Un peu de nos­tal­gie

Clim’City s’ins­pire d’un jeu my­thique pour les jeunes tren­te­naires comme moi! Vous l’au­rez de­viné, il fait ré­fé­rence à Sim City, un jeu dans le­quel on construi­sait une ville que l’on fai­sait pros­pé­rer et croître au fil des ans. On pou­vait même lui faire subir des ou­ra­gans ou des at­taques de monstres tel King Kong, si ma mé­moire est bonne.

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Je ne pou­vais ré­sis­ter à l’en­vie de vous mon­trer quelques cli­chés de Sim City (cela me rap­pelle mon pre­mier or­di­na­teur Atari…):

Le volet Expo de Clim’City

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Les 2 vo­lets du Clim’City: l’expo et le jeu

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Ces trois images pré­sentent l’in­ter­face soi­gnée du jeu. Ci­tons un ar­ticle du jour­nal “Le Monde” : “de gauche à droite, le re­gard em­brasse une sta­tion de ski posée sur des mon­tagnes en­nei­gées, une plaine agri­cole en­tre­cou­pée de fo­rêts, puis une ville avec ses quar­tiers ré­si­den­tiels, son centre d’af­faires et ses in­dus­tries, ses cen­trales élec­triques et sa dé­charge… Enfin l’océan, bordé par les ports et la plage. Ce décor ima­gi­naire, c’est le monde in­ter­ac­tif de Clim’City, une ex­po­si­tion vir­tuelle sur la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique dou­blée d’un jeu gra­tuit en ligne, grâce à qui cha­cun peut se prendre pour Al Gore et se confron­ter au casse-tête du dé­ve­lop­pe­ment du­rable.”

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Quelques rac­cour­cis vers les ob­jets du pay­sage via le menu en bas à gauche de l’écran.

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Si l’on clique sur une mai­son in­di­vi­duelle, on peut lire une brève des­crip­tion et une liste de cha­pitres dis­po­nibles pour ob­te­nir des in­for­ma­tions sup­plé­men­taires…

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...​voici quelques exemples d’in­for­ma­tions dis­po­nibles pour cha­cun des élé­ments du pay­sage. Dans le der­nier cas, j’ai sé­lec­tionné une école, puis le ren­voi vers bâ­ti­ments du futur puis grattes-ciels éco­los… À chaque fois de pe­tits clips avec des illus­tra­tions ali­mentent le texte ni trop long ni trop court.

Mais quel est donc le but de Clim’City? Rendre une ville du­rable, et ceci un temps serré!

Ce jeu vir­tuel nous plonge dans la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique à l’échelle d’une ville ima­gi­naire : Clim’City. Lancé par Cap Sciences, le Centre de culture scien­ti­fique, tech­nique et in­dus­trielle d’Aqui­taine, et dis­po­nible sur en ligne, ce pro­jet nous amène à bras­ser des idées et à fran­chir des obs­tacles pour ré­gler leur compte aux gaz à effet de serre et aux glou­tons éner­gé­tiques.

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Votre mis­sion, si vous l’ac­cep­tez, sera de ré­duire les émis­sions d’éner­gie et de gaz à effet de serre (CO2, mé­thane, etc. = GES) tout en fai­sant preuve de ca­pa­cité d’adap­ta­tion.

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Quelques as­tuces vous ex­pli­que­ront les prin­cipes élé­men­taires du jeu, qui res­tent simples.

Com­ment sau­ver la pla­nète (ou du moins Clim’City)?

Vous bé­né­fi­ciez d’un cer­tain nombre de rondes pour mettre en oeuvre des ac­tions li­mi­tant vos im­pacts en terme de consom­ma­tion d’éner­gie ou d’émis­sion de CO2, en fonc­tion de ca­pi­tal à dis­po­si­tion (PP: points pu­blics, donc via les ser­vices pu­blics; PE: points en­tre­prises, via des ins­ti­tu­tions pri­vées; PC: des points ci­toyens, donc des ac­tions par les mé­nages de Clim’City).

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Par exemple, je peux in­fluen­cer la ges­tion en­vi­ron­ne­men­tale du stade de la ville: en l’oc­cur­rence, j’ai choisi de le ta­pis­ser de pan­neaux so­laires et de chan­ger l’éclai­rage pour le rendre plus per­for­mant en terme de consom­ma­tion d’élec­tri­cité.

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J’ai éga­le­ment dé­cidé d’aug­men­ter le nombre de pistes cy­clables à dis­po­si­tion…

À chaque fois, ces ac­tions me coû­te­ront quelques points PP, PE et/ou PC et lorsque je pas­se­rai au tour sui­vant je pour­rais suivre l’évo­lu­tion de ma ville vers la du­ra­bi­lité.

Pas be­soin de vous faire un des­sin, Clim’ City est simple, di­dac­tique, lu­dique et “re­la­ti­ve­ment” réa­liste, c’est-à-dire suf­fi­sam­ment so­lide d’un point de vue scien­ti­fique pour être cré­dible, même si on ne va pas com­men­cer à prendre tous les chiffres don­nés comme super conso­li­dés. Il s’agit d’un ex­cellent outil pé­da­go­gique pour les jeunes, les cu­rieux, les éco­los (en fait je dé­teste ce terme, fai­sant trop ré­fé­rence selon moi à un cli­ché pé­jo­ra­tif et je lui pré­fère celui de “sou­cieux/res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment”!) et tous les autres.

Conclu­sion

Et bien Clim’City est une bien belle in­ter­face pour ap­prendre en s’amu­sant et avec une prise en main in­tui­tive comme je les aime.

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Dom­mage tou­te­fois, car je n’ai pas réussi à sau­ver pen­dant une par­tie, et je n’ai pas eu le temps de faire les 50 tours pour di­mi­nuer d’un fac­teur 4 les émis­sions de cette pe­tite ré­gion.

Sa jolie bande-son, de beaux gra­phismes, des in­for­ma­tions concises et claires, des ob­jec­tifs concrets et pas tou­jours tri­viaux en font une sa­cré­ment belle réus­site!

Quelques des­sins de presse

J’af­fec­tionne les des­sins de presse trai­tant de su­jets comme le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. En fait, je voue car­ré­ment une sorte de culte aux ca­ri­ca­tu­ristes qui croquent de ma­nière caus­tique la réa­lité pour nous la rendre plus di­geste. Bravo à eux!

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Mix & Remix, je suis un de ces plus grands fans (dire qu’il était le “crieur” (guet) de la Ca­thé­drale de Lau­sanne par le passé!)

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Ge­luck, dont les jeux de mots m’ins­pirent pour égayer mon quo­ti­dien, chat-peau à son ta­lent!

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Chap­patte et Her­mann ont tous les deux un ta­lent fou, je les adore aussi!

Les ci­ta­tions du jour

  • Le monde est le théâtre de chan­ge­ments, et être constant dans la na­ture se­rait une in­cons­tance. Abra­ham Cow­ley
  • Il est dans la na­ture hu­maine de pen­ser sa­ge­ment et d’agir d’une façon ab­surde. Ana­tole France
  • La na­ture ne fait rien en vain. Aris­tote
  • L’étude de la Na­ture nous dé­dom­mage de celles des hommes: elle nous fait voir par­tout l’in­tel­li­gence de concert avec la bonté. Ber­nar­din de Saint-Pierre

Allez, je vous laisse mé­di­tez sur ces quelques “maximes” et su­rout vous amu­sez à bi­chon­ner Clim’City!

Ah oui, en­core une chose, faites moi plai­sir en par­ta­geant en page com­men­taires avec notre com­mu­nauté cu­kienne, les autres jeu en ligne de qua­lité trai­tant de pro­blé­ma­tiques en­vi­ron­ne­men­tales.

A bien­tôt sur Cuk.​ch!

40 com­men­taires
1)
Fran­çois Cuneo
, le 12.02.2009 à 07:18

Hé mais c’est chouette ce jeu!

Je suis allé voir, c’est bien fichu.

Pour les des­sins de presse, tes deux pre­miers des­sins sont ceux de mes deux idoles à ce ni­veau. Je connais moins les deux autres.

2)
Ca­plan
, le 12.02.2009 à 07:47

Très joli, Théo­dore!

Mais je dois avouer que ma pa­tience me per­met tout juste de dé­gus­ter une page de Mix & Remix et pas de faire 50 tours de jeu…

Mil­sa­bor!

3)
To­TheEnd
, le 12.02.2009 à 09:36

Truc pour y ar­ri­ver: prendre les dé­ci­sions dif­fi­ciles dès le début…

Je confirme aussi, ex­cellent jeux qui re­flète assez bien tous les élé­ments aux­quels il faut être at­ten­tif dans le dé­ve­lop­pe­ment d’une so­ciété.

T

4)
Ker­mor­van
, le 12.02.2009 à 10:09

……et j’ap­pré­ciai la conquête que peut re­pré­sen­ter, dans l’his­toire de la pen­sée hu­maine, d’ar­ri­ver à ne plus voir dans la na­ture un mo­dèle à suivre, mais un bloc in­forme à sculp­ter, ou un en­nemi à qui s’op­po­ser. (Primo Lévi, La trêve) (p.44 Gras­set 1994)

6)
Théo­dore Bes­son
, le 12.02.2009 à 14:06

Merci les amis!

Je constate que le débat en­flammé d’hier à épui­ser l’ins­pi­ra­tion de la com­mu­nauté pour les com­men­taires du jour ;-)

Merci à Ker­mo­van pour les liens, je ne les connais­sais pas tous ces des­si­na­teurs.

@ Fran­çois: je me suis of­fert un Mix et Remix dont tu se­rais ja­loux puis­qu’il parle de Mac, tu le dé­cou­vri­ras bien­tôt :-)

7)
Bi­galo
, le 12.02.2009 à 15:00

……et j’ap­pré­ciai la conquête que peut re­pré­sen­ter, dans l’his­toire de la pen­sée hu­maine, d’ar­ri­ver à ne plus voir dans la na­ture un mo­dèle à suivre, mais un bloc in­forme à sculp­ter, ou un en­nemi à qui s’op­po­ser. (Primo Lévi, La trêve)

J’ose es­pé­rer que c’est à prendre au se­cond degré !

8)
Ker­mor­van
, le 12.02.2009 à 15:58

@Bi­galo

Non pas! C’est à prendre tel quel. C’était l’opi­nion exacte de Primo Lévi. Lisez le. Et j’ap­prouve.

9)
Bi­galo
, le 12.02.2009 à 16:25

Ker­mor­van

C’est bien ce que je crai­gnais ;-(

Pen­dant quelques mil­lions d’an­nées, les dif­fé­rentes es­pèces du genre Homo se sont com­por­tées comme n’im­porte autre es­pèce ani­male, su­bis­sant les contraintes cli­ma­tiques, les pré­da­teurs, et toutes les contraintes, ce qui abou­tis­sait à un équi­libre.

De­puis quelques mil­liers d’an­nées, Homo sa­piens a ap­pris à faire des ré­serves (agri­cul­ture), à se pro­té­ger du froid, de la cha­leur, des pré­da­teurs, et sa po­pu­la­tion s’est dé­ve­lop­pée très au-delà du rai­son­nable.

Nous sommes de­ve­nus une es­pèce in­va­sive, comme par exemple Cau­lerpa taxi­fo­lia (cette algue pro­ba­ble­ment « échap­pée » du musée océa­no­gra­phique de Mo­naco, qui en­va­hit de nom­breuses zones en Mé­di­ter­ra­née, en dé­trui­sant tout sur son pas­sage).

Il n’y a pas de quoi être fier d’avoir réussi à s’af­fran­chir des contraintes de la Na­ture. Grâce à nous, le rythme de dis­pa­ri­tion des es­pèces ani­males et vé­gé­tales a été mul­ti­plié par un fac­teur 100. Voici un lien parmi beau­coup d’autres.

Cette dis­pa­ri­tion ac­cé­lé­rée des es­pèces est due le plus sou­vent à la des­truc­tion de leurs mi­lieux, en par­ti­cu­lier les zones hu­mides.

L’un des der­niers ex­ploits de l’hu­ma­nité est la des­truc­tion de fo­rêts pri­maires tro­pi­cales (un des mi­lieux les plus riches en ma­tière de bio­di­ver­sité) pour les rem­pla­cer par des plan­ta­tions de bio­car­bu­rants. C’est ce que cer­tains osent consi­dé­rer comme un com­por­te­ment éco­lo­gique !

Hé bien fran­che­ment, je le ré­pète, il n’y a pas de quoi être fier, et ta ci­ta­tion de Primo Levi me donne envie de vomir.

10)
Ker­mor­van
, le 12.02.2009 à 16:54

Chaque fois que l’on voit poindre le qua­li­fi­ca­tif de ‘na­tu­rel’ (c’est comme celui de mi­li­taire, d’ailleurs, comme pour la mu­sique et la jus­tice), (phi­lo­so­phie na­tu­relle, contra­cep­tion na­tu­relle, mé­de­cine na­tu­relle… ) il y a lieu de s’in­quié­ter. Votre ré­ac­tion est d’une naï­veté dé­con­cer­tante. Je n’ai guère envie de po­lé­mi­quer là-des­sus, et j’ar­rête là. Vo­mis­sez en paix.

11)
Bi­galo
, le 12.02.2009 à 17:12

Je ne vois pas ce qu’il y a de naîf :

phi­lo­so­phie na­tu­relle, contra­cep­tion na­tu­relle, mé­de­cine na­tu­relle…

sont des concept hu­mains. Je n’ai ja­mais em­ployé l’ad­jec­tif « na­tu­rel ». La Na­ture se suf­fit à elle-même, et pour­rait fort bien se pas­ser de l’ignoble pa­ra­site qu’est de­ve­nue notre es­pèce.

12)
Blues
, le 12.02.2009 à 17:51

Mes en­fants ont été (ou sont en­core) fans de Sim City dont est ins­piré Clim’City. Pour info Sim City n’est pas mort ;-) (donc peu ou pas de nos­tal­gie, car il a bien évo­lué). Sur Mac il a lar­ge­ment dé­passé la ver­sion 2000 (la 3000 tour­nait sous X) mais n’a pas trop pro­gressé de­puis la ver­sion 4 ou 4000 et sur PC la der­nière ver­sion (5 il me semble) se nomme Sim City So­cié­tés . Donc un jeu qui a tou­jours ses adeptes.

Quand à Clim’ City, bravo aux dé­ve­lop­peurs, super job ! (de plus en ligne et gra­tuit)… Cela fait quelques se­maines qu’on est des­sus (sur­tout mon der­nier) il s’amuse comme un fou (j’ai es­sayé, mais j’avoue que je ne suis pas pa­tient). Sans en­trer dans des consi­dé­ra­tions écolo-po­lé­mik, je pense que ce jeu ai­dera “tout-de même” bien des per­sonnes (sur­tout ados et cie) à prendre un peu plus conscience des en­jeux (tout en s’amu­sant).

Bonne idée qu’ils ont eu là, cha­peau les ar­tistes !

13)
To­TheEnd
, le 12.02.2009 à 19:08

Si ja­mais, il y a une in­ter­view a ré­écouté sur Cou­leur 3 avec Eric Gor­man, le “concep­teur” du jeux (made in France). Des in­for­ma­tions très in­té­res­santes sur la concep­tion, le dé­ve­lop­pe­ment et les fu­turs dé­ve­lop­pe­ments.

T

14)
zit
, le 13.02.2009 à 18:09

Super, merci Théo­dore, je n’avais ja­mais joué à Sim­City, mais là, je dois dire que le côté pé­da­go­gique est in­té­res­sant.

Après deux tours pour les­quels j’ai échoué (très bonnes ré­duc­tion de consom­ma­tion d’éner­gie et bonne adap­ta­tion, mais en­core trop de GES), je viens de réus­sir :

C’était li­mite, ayant été frappé par une épi­zoo­tie et plus tard, par des ge­lées tar­dives, j’ai fini la par­tie avec des points PP en pa­gaille que je ne pou­vais pas uti­li­ser faute de points PE…

z (merci en­core, je vais faire tour­ner cette adresse, je ré­pêêêêêêêêête :ap­prendre en s’amu­sant, quoi de mieux !)

15)
Tom25
, le 13.02.2009 à 20:28

J’ai eu joué à Sim City mais ce que je re­proche à ces jeux, c’est qu’on s’y prend. Du coup je joue à des jeux de cartes genre Me­mory ou So­li­taire, dont une par­tir ne prend que quelques se­condes à quelques mi­nutes.

Mais je salue ce jeu qui a l’air bien et te re­mer­cie de ton ex­posé. Je vais le faire lire à mes filles, peut-être se­ront elles plus in­té­res­sées que moi.

Ker­mo­van je suis sur­pris, je n’ai pas lu Primo Lévi mais sur ce coup là je se­rais plu­tôt d’ac­cord avec Bi­galo.

16)
Ker­mor­van
, le 13.02.2009 à 22:29

C’est p.44 Gras­set 1994. Primo Levi sor­tait d’Au­sch­witz.

Ah ! les amis de la nature ! Le mythe rousseauiste de la nature !

Déjà, ici, lundi 9 fé­vrier 2009, « D’or et … d’ar­gent », quel­qu’un a fait l’apo­lo­gie du bon sau­vage de pa­poua­sie, l’an­thro­po­phage nu du bout du monde, à la vie si près de la na­ture.

Sous le ré­gime de Vichy, le culte de la na­ture de­vint une phi­lo­so­phie of­fi­cielle. Le bon doc­teur Car­ton, in­té­griste chré­tien ama­teur de phi­lo­so­phie na­tu­relle, prô­nait une mé­de­cine na­tu­relle qui consis­tait na­tu­rel­le­ment d’abord à ne pas man­ger (en 1942), puis, après la guerre, au nom de cette mé­de­cine na­tu­relle, in­ter­di­sait à ses pa­tients – tu­ber­cu­leux – de se soi­gner en uti­li­sant des an­ti­bio­tiques (qu’il rem­pla­çait par la gym­nas­tique na­tu­relle), les­quels en cre­vèrent, na­tu­rel­le­ment.

L’hu­ma­nité n’est faite que de lutte contre l’in­hu­maine et im­pi­toyable na­ture !

« …l’ignoble pa­ra­site qu’est de­ve­nue notre es­pèce », c’est pas bourré de haine, ça ?

17)
levri
, le 14.02.2009 à 10:57

@ Ker­mor­van : On en re­vient tou­jours au pro­blème des in­té­grismes, des ado­ra­teurs de “la Vé­rité”, il n’y a pas de vé­rité ab­so­lue, seule­ment des vé­ri­tés re­la­tives, le mythe du “bon sau­vage” comme celui de la “crois­sance conti­nue” ne sont que ça … des mythes. Nier la réa­lité de la na­ture, bé­ton­ner la to­ta­lité de la pla­nète ou prô­ner le re­tour à l’âge des ca­vernes sont deux op­po­sés tout aussi ri­di­cules, la pe­tite “vé­rité”, comme sou­vent se trouve dans le juste mi­lieu, uti­li­ser la tech­no­lo­gie quand c’est né­ces­saire, et en te­nant compte des pro­blèmes qu’elle peut gé­né­rer, uti­li­ser les moyens que nous a donné la na­ture quand il n’y a pas de né­ces­sité d’uti­li­ser des tech­niques “lourdes”.

Pour­quoi se vêtir en zone ca­ni­cu­laire ? quel­qu’un par­lait de cra­vate, est ce une pièce d’ha­bille­ment né­ces­saire pour prou­ver son degré de ci­vi­li­sa­tion ? les an­ti­bio­tiques sont un autre bon exemple, il a fallu 50 ans pour qu’on li­mite leur usage aux cas où ils étaient réel­le­ment né­ces­saires, leur pres­crip­tion sans be­soin a rendu les or­ga­nismes moins aptes à se dé­fendre contre l’in­fec­tion et di­mi­nué leur ef­fi­ca­cité lors­qu’ils étaient vrai­ment né­ces­saires.

L’hu­ma­nité n’est faite que de lutte contre l’in­hu­maine et im­pi­toyable na­ture !

… s’il n’y avait pas de na­ture, il n’y au­rait pas non plus d’hu­ma­nité, fin du “pro­blème” ! (et l’hu­ma­nité n’est pas en reste pour “l’in­hu­ma­nité” et l’ab­sence de pitié)

On peut aussi vivre dans une cer­taine har­mo­nie avec la na­ture, mais évi­dem­ment si on construit en zone inon­dable, à la pre­mière inon­da­tion, on ne va pas ac­cu­ser les pro­mo­teurs du lo­tis­se­ment, on va “dé­cla­rer la guerre à la na­ture”. On peut lais­ser croître la po­pu­la­tion sans li­mite, et en­suite ac­cu­ser la na­ture d’être in­ca­pable de sub­ve­nir aux be­soins de la ma­gni­fique hu­ma­nité ir­res­pon­sable, on pour­rait mul­ti­plier les exemples à l’in­fini.

18)
Tom25
, le 14.02.2009 à 11:36

Je com­prends un peu mieux Ker­mo­van, mais je voyais plu­tôt le coté na­ture comme l’ex­prime levri ci-des­sus.

Ce qui m’avait sur­pris de ta part, c’est que tu es un fa­rouche op­po­sant de l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme, et j’avais cru que ça ne te dé­ran­geait pas que l’homme ex­ploite la na­ture au delà des li­mites rai­son­nable.

19)
Bi­galo
, le 14.02.2009 à 11:41

@ Ker­mor­van

Prises in­di­vi­duel­le­ment, il y a de nom­breuses per­sonnes sym­pa­thiques. Cela n’em­pêche nul­le­ment que glo­ba­le­ment, nous sommes une vé­ri­table ca­la­mité.

J’ai 2 dé­fi­ni­tions au choix pour l’hu­ma­nité : le can­cer, ou le sida de la pla­nète. C’est moins hai­neux, tu es content ?

Tu t’obs­tines à par­ler de mè­de­cine et de phi­lo­so­phie na­tu­relles, alors que c’est sans rap­port aucun avec mon pro­pos.

Tu n’as ja­mais en­tendu dire, peut-être que pour que tous les ha­bi­tants de la pla­nète puissent avoir le même mode de vie que les Amé­ri­cains, il fau­drait les res­sources de 6 ou 7 pla­nètes comme la nôtre ?

Le bon sau­vage, je connais le mythe moi aussi. Je ne me de­mande pas s’il est bon ou non. Je constate sim­ple­ment que le mode de vie des peuples dits pri­mi­tifs (In­diens d’Amé­rique, Bush­men, Abo­ri­gène, …) est com­pa­tible avec le main­tien de leur en­vi­ron­ne­ment, ce qui n’est plus le cas du nôtre, à nous Oc­ci­den­taux.

Notre es­pèce est en train de tout dé­truire. On fi­nira pro­ba­ble­ment par en cre­ver d’ici quelques dé­cen­nies ou quelques siècles, ce qui n’est pas bien grave, mais d’ici là que de dé­gâts nous au­rons en­core fait !

La prin­ci­pale (sinon l’unique) dif­fé­rence entre nous est que tu consi­dères l’Homme comme un être su­pé­rieur à tout le reste, qui peut ex­ploi­ter ou dé­truire toutes les res­sources aux­quelles il est ca­pable d’ac­cé­der, tan­dis que j’es­time que nous ne sommes qu’une es­pèce parmi d’autres, sans va­leur par­ti­cu­lière.

La dis­pa­ri­tion d’une es­pèce comme les Go­rilles, les Orangs-Ou­tangs ou les Chim­pan­zés (pour citer des es­pèces em­blé­ma­tiques) me pa­raît un drame bien plus grand qu’un quel­conque ca­ta­clysme pro­vo­quant la mort d’un hu­main sur 1000. Dans un cas, il s’agit d’une perte dé­fi­ni­tive ; dans l’autre d’un drame ef­froyable pour la ré­gion concer­née, mais sans in­ci­dence sur la sur­vie de l’es­pèce.

PS – J’avais es­sayé de pos­ter ce com­men­taire un peu après mi­nuit, mais je n’ar­ri­vais pas à ac­cé­der à Cuk.​ch, mal­gré plu­sieurs ten­ta­tives jus­qu’à 1h30 . Je vois avec plai­sir que tout est ren­tré dans l’ordre.

20)
Tom25
, le 14.02.2009 à 11:45

Mais on ne peut jouer qu’en ligne ? J’avais lu que le jeu était dispo en ligne mais je croyais qu’on pou­vait le té­lé­char­ger. J’ai re­gardé 2 mi­nutes sans trop ap­pro­fon­dir, mais si on com­mence une par­tie et qu’on net­toie ses co­okies etc., on a tout perdu ? Je sup­pose que la par­tie est sau­ve­gar­dée dans un Co­okie ou bien ?

21)
To­TheEnd
, le 14.02.2009 à 12:40

Bi­galo: je nuan­ce­rais tes pro­pos en di­sant que c’est nor­mal que des es­pèces dis­pa­raissent… des mil­lions ont dis­paru avant même que l’hu­main se tienne de­bout… ce n’était pas de notre faute. Par contre, c’est vrai qu’il y a de quoi se sen­tir un peu plus mal à l’aise quand on sait que nous sommes di­rec­te­ment res­pon­sable de la dis­pa­ri­tion d’une es­pèce.

Tou­te­fois, dans cer­tains cas, on ac­cé­lère cette dis­pa­ri­tion… mais on ne fait qu’ac­cé­lé­rer ce que la na­ture au­rait fait.

At­ten­tion, je ne cherche au­cu­ne­ment une ex­cuse ou à dé­doua­ner nos actes qui sont as­su­ré­ment un plaie pour cette pla­nète et son éco­sys­tème… je dis tout sim­ple­ment qu’il ne faut pas être ex­trême non plus.

Enfin, je ne pense pas qu’on crè­vera tous, fran­che­ment. Il y aura cer­tai­ne­ment des hé­ca­tombes, des po­pu­la­tions en­tières qui dis­pa­raî­tront sous les flots, dans les tem­pêtes de sable ou je ne sais quoi en­core… tout comme c’est déjà ar­rivé dans le passé pour des po­pu­la­tions lo­cales (cf: L’ef­fon­dre­ment par Jared Dia­mond).

Néan­moins, je pense qu’il y aura tou­jours un groupe (na­tion ou je ne sais quel autre terme) qui s’en sor­tira parce qu’elle aura les res­sources, les armes ou je ne sais quoi d’autre.

Main­te­nant, ce qui me pa­raît évident, c’est que ça ne sera pas pour 7, 10 ou 15 mil­liards de per­sonnes… et que leur vie ne sera pro­ba­ble­ment pas en­viable (cf: So­leil Vert?)…

Voilà… c’était ma pen­sée du jour pour tous les amou­reux qui voient la vie en rose au­jour­d’hui…

T

22)
Tom25
, le 14.02.2009 à 12:55

Voilà… c’était ma pen­sée du jour pour tous les amou­reux qui voient la vie en rose au­jour­d’hui…

Bob ben voilà, je me de­man­dais si j’ame­nais ma femme au res­tau ou si on fai­sait autre chose. Du coup je vais aller mé­di­ter :•) .

Je ne sais pas trop ce qui t’em­bête le plus, qu’ils soient amou­reux ou qu’ils voient la vie en rose ? ;•) .

23)
To­TheEnd
, le 14.02.2009 à 13:30

On se­rait étonné… j’adore voir les gens amou­reux… ça les rend gé­né­ra­le­ment moins cons. Et tu se­rais bien ins­piré d’in­vité ta femme ce soir et de pas­ser une bonne soi­rée… on ne sait ja­mais, de­main ou l’an­née pro­chaine ça ne sera peut être plus un choix.

Tou­jours pro­fi­ter du mo­men­tum…

T

24)
Ker­mor­van
, le 14.02.2009 à 13:36

Petit com­plé­ment à l’in­ter­ven­tion de TTE. Puisque la Na­ture (avec un N ma­jus­cule, hein) se suf­fit à elle-même, et pour­rait fort bien se pas­ser de l’ignoble pa­ra­site qu’est de­ve­nue notre es­pèce, je sais vers quoi nous nous orien­tons : c’est vers l’éli­mi­na­tion des pa­ra­sites ex­cé­den­taires, comme les al­le­mands l’avaient en­tre­pris dans les an­nées trente et qua­rante. P.S. Primo Levi a pu­blié la trève en 1963, il est mort en 1987; le club de Rome date de 1968, et le rap­port Mea­dows de 1970 : Primo Levi en a cer­tai­ne­ment eu connais­sance.

25)
Tom25
, le 14.02.2009 à 13:57

Ker­mo­van, on parle de Na­ture avec un grand N et d’Homme avec un grand H, sans par­ler ni de race de re­li­gion ou de sta­tut so­cial. C’est la pre­mière fois que j’en­tends que les Nazis avaient en­tre­pris le gé­no­cide à des fins éco­lo­giques.

@TTE, com­ment ça je n’au­rai plus le choix ? Elle sera avec un autre ?
Non, j’ai bien com­pris que tu fai­sais al­lu­sion au prix du res­tau. Enfin j’es­père ;•) .

26)
Ker­mor­van
, le 14.02.2009 à 13:59

Les al­le­mands par­laient de leur es­pace vital. Et de sé­lec­tion na­tu­relle.

(edit):Es­pace vital

An­té­rieur au na­zisme, pas spé­ci­fique du na­zisme.

27)
To­TheEnd
, le 14.02.2009 à 14:08

@TTE, com­ment ça je n’au­rai plus le choix ? Elle sera avec un autre ? Non, j’ai bien com­pris que tu fai­sais al­lu­sion au prix du res­tau. Enfin j’es­père ;•) .

Non, c’était juste une re­marque sur le fait qu’il faut pro­fi­ter de ce qu’on a sur le mo­ment; tout sim­ple­ment.

T

28)
Bi­galo
, le 14.02.2009 à 14:41

@ Ker­mor­van

Im­pos­sible de dis­cu­ter avec toi ;-(

Tu dé­rives sys­té­ma­ti­que­ment au lieu de ré­pondre aux ar­gu­ments qui te sont sou­mis. Je suis in­ter­venu de façon suf­fi­sam­ment dé­taillé dans un débat sur le ra­cisme, à l’oc­ca­sion de l’élec­tion d’Obama, pour ne pas éprou­ver le be­soin de re­ve­nir sur ce thème.

Quand je parles de ca­la­mité, je fais ré­fé­rence à l’hu­ma­nité en­tière, et pas à tel ou tel groupe.

Tu ré­ponds avec ce qu’a fait l’Al­le­magne nazie ; c’est com­plè­te­ment hors sujet.

J’ar­rête là, puis­qu’il est ap­pa­rem­ment im­pos­sible d’avoir un échange suivi avec toi.

29)
Karim
, le 14.02.2009 à 14:58

Le bon sau­vage, je connais le mythe moi aussi. Je ne me de­mande pas s’il est bon ou non. Je constate sim­ple­ment que le mode de vie des peuples dits pri­mi­tifs (In­diens d’Amé­rique, Bush­men, Abo­ri­gène, …) est com­pa­tible avec le main­tien de leur en­vi­ron­ne­ment, ce qui n’est plus le cas du nôtre, à nous Oc­ci­den­taux.

Même cette der­nière af­fir­ma­tion doit être re­la­ti­vi­sée, d’après par exemple ce que l’on pense au­jour­d’hui du dé­clin de l’El Mi­ra­dor maya :

El Mi­ra­dor, mère des cités mayas

Je cite la fin pour les pa­res­seux : “Les élites d’El Mi­ra­dor ont sa­cri­fié leur en­vi­ron­ne­ment à leurs rêves de ma­gni­fi­cence : nous n’avons pas fini d’en tirer les le­çons.”

30)
Ker­mor­van
, le 14.02.2009 à 15:04

Mr Bi­galo, je ne vous ré­pon­dais pas, je l’ai dit une fois pour toutes au n°10.

C’est avec les autres que je dia­lo­guais. Ré­ponses à levri, tte, tom25.

@Ka­rim: voir aussi le conte mé­ta­pho­rique sur l’ile de Pâques, dans le der­nier livre de Jan­co­vici.

31)
levri
, le 14.02.2009 à 16:13

@ Karim : évi­dem­ment tout est à re­la­ti­vi­ser, et toute af­fir­ma­tion doit sup­por­ter des ex­cep­tions, j’avais aussi pensé à l’île de Pâques …

… mais une ex­cep­tion ne rend pas pour au­tant faux un com­por­te­ment gé­né­ral.

32)
Karim
, le 14.02.2009 à 17:02

Les dés sont pipés dans ce genre de débat si l’on ne prend pas la peine de re­dé­fi­nir sys­té­ma­ti­que­ment les termes que l’on uti­lise : culture vs na­ture, ça peut être riche ou mener à un vé­ri­table dia­logue de sourds… Si l’on veut avoir une chance au­jour­d’hui de sau­ver la « Na­ture » (on dit En­vi­ron­ne­ment main­te­nant) qui nous offre les condi­tions de notre sur­vie, il ap­pa­raît es­sen­tiel d’al­ler à l’en­contre de notre « Na­ture » pré­da­trice. Do­mes­ti­quer sa na­ture, c’est pré­ci­sé­ment le propre de l’homme : c’est donc faire preuve d’hu­ma­nité. C’est bien l’être de culture qui (peut-être…) sau­vera la « Na­ture » qui lui per­met de vivre.

De façon plus concrète on a évo­qué le sujet à de mul­tiples re­prises ici : par exemple avec le té­lé­tra­vail qui uti­lise de hautes tech­no­lo­gies (par­fai­te­ment « contre-na­ture »…) et per­met de ré­duire notre « em­preinte éco­lo­gique ». Dans le cas des trans­ports aussi, en évo­quant la né­ces­sité de li­mi­ter for­te­ment (pas sup­pri­mer, ne sor­tez pas vos re­vol­vers) l’usage de la voi­ture pour la rem­pla­cer dans bien des cas par les trans­ports en com­mun (donc pas for­cé­ment par les pieds : haute tech­no­lo­gie là en­core) ou le vélo (haute tech­no­lo­gie, ne riez pas : les vi­tesses font appel au génie mé­ca­nique, l’ad­jonc­tion d’une bat­te­rie de 250 kw sur les VAE qui sou­lage les vieux et les fai­néants semble être sup­por­table pour notre pla­nète et fait l’ob­jet de re­cherches poin­tues). Pour les mal­com­pre­nants, ça ne si­gni­fie pas que la tech­no­lo­gie sera la ré­ponse au dé­sastre éco­lo­gique, mais que cette ré­ponse in­clura né­ces­sai­re­ment des choix tech­no­lo­giques (contre-na­ture…) et un frein à nos ten­dances pré­da­trices (na­tu­relles…).

33)
Karim
, le 14.02.2009 à 17:07

Je ne ré­siste pas au plai­sir de vous faire par­ta­ger ce dia­logue de haute volée que je tire du roman « La sta­tue de la li­berté » de Mi­chel Rio : il s’agit d’un débat « ser­vices pu­blics » vs « mar­ché » qui comme vous allez le voir est for­te­ment lié au débat « culture » vs « na­ture » ini­tié par Bi­galo et Ker­mo­van, tout en ré­glant leur compte à ceux qui pré­tendent dé­battre de pro­blèmes éco­lo­giques, par exemple, « au-des­sus » de la po­li­tique. Il re­prend bien des dia­logues qui ont eu lieu ici, en les syn­thé­ti­sant avec un cer­tain style… Le pre­mier à par­ler est Brooks, ma­gnat amé­ri­cain de la fi­nance, son in­ter­lo­cu­teur Ma­lone, com­mis­saire fran­çais :

– L’homme est dans l’état de na­ture. L’état de na­ture est dans l’homme – toute phi­lo­so­phie ayant tenté de dis­so­cier na­ture et homme a été, à terme, un échec pra­tique com­plet. Ceci est un axiome.

– L’homme vient de l’état de na­ture. Il a in­venté, seul, l’état de culture. L’évo­lu­tion de l’homme est le pas­sage pro­gres­sif de l’état de na­ture à l’état de culture. Ça s’ap­pelle ci­vi­li­sa­tion. La ci­vi­li­sa­tion est le propre de l’homme. Autre axiome.

– L’équi­libre na­tu­rel dans l’hu­ma­nité, c’est le mar­ché.

– L’équi­libre cultu­rel dans l’hu­ma­nité, c’est le ser­vice pu­blic.

– Le mar­ché est un trans­for­ma­teur bé­né­fique de l’ins­tinct en code sans re­nier l’ins­tinct. Re­nier l’ins­tinct est im­pos­sible. Le mar­ché est un phé­no­mène cultu­rel res­pec­tant l’ori­gine na­tu­relle.

– L’état de na­ture est la pré­da­tion, la do­mi­nance et l’évo­lu­tion par voie de sé­lec­tion na­tu­relle. L’état de culture est l’al­truisme, l’éga­lité de droit et l’évo­lu­tion par voie de consen­sus cultu­rel. L’état de na­ture dans l’homme est le des­po­tisme, la guerre et la dic­ta­ture du mar­ché.

– Le mar­ché per­met l’in­no­va­tion par la sti­mu­la­tion ma­té­rielle. La seule sti­mu­la­tion cultu­relle doit pos­tu­ler que l’homme est fon­da­men­ta­le­ment bon. Ce qui est faux. L’homme est fon­da­men­ta­le­ment pré­da­teur. Le mar­ché ci­vi­lise la pré­da­tion na­tu­relle.

– L’in­no­va­tion ma­jeure est de l’ordre de l’es­prit. Ce qui n’a pas a priori une va­leur d’échange, donc n’in­té­resse pas le mar­ché. L’ul­tra­li­bé­ra­lisme consi­dère l’in­no­va­tion cultu­relle comme un luxe in­utile. Le ser­vice pu­blic en fait un des fon­de­ments de la dé­mo­cra­tie.

– L’in­ven­tion ma­jeure po­li­tico-cultu­relle est l’uto­pie. Toutes les uto­pies sont par es­sence, ou de­viennent par né­ces­sité, to­ta­li­taires. On ne peut pas for­cer l’hu­ma­nité au bon­heur par ré­gle­men­ta­tion de po­lice. Le mou­ve­ment est in­va­ria­ble­ment le sui­vant : le bon­heur s’es­tompe, la po­lice s’ac­croît.

– Le ser­vice pu­blic n’est pas une uto­pie, mais une réa­lité, il n’est pas des­po­tique, mais ré­pu­bli­cain, et ga­ran­tit les li­ber­tés. Le mar­ché doit être sou­mis à la loi ré­pu­bli­caine et non l’in­verse. L’in­verse est une dic­ta­ture, et une cas­tra­tion du po­li­tique.

– Blo­quer les mé­ca­nismes sé­lec­tifs fon­da­men­taux c’est blo­quer la so­ciété. Une so­ciété blo­quée est comme cer­tains pois­sons qui doivent avan­cer sous peine d’as­phyxie : elle est condam­née à mort.

– L’état de droit et de culture bloque le pro­ces­sus dar­wi­nien et mal­thu­sien dans l’hu­ma­nité : il ré­gule en amont et li­bère en aval : c’est la loi consen­suelle sui­vie de la li­berté consen­suelle. L’état de na­ture dans l’hu­ma­nité, ou la dic­ta­ture du mar­ché, main­tient le pro­ces­sus dar­wi­nien ou mal­thu­sien : il li­bère en amont et ré­gule en aval. C’est la li­berté de la jungle sui­vie de la loi sé­lec­tive de la jungle.

– Le mar­ché est fondé sur la loi et les li­ber­tés ré­pu­bli­caines.

– La dic­ta­ture du mar­ché n’est pas fon­dée sur les dits et les vi­sées de la loi ré­pu­bli­caine, mais sur ses si­lences et ses manques.

– Le ser­vice pu­blic se sub­sti­tuant au mar­ché, c’est la ruine.

– Le mar­ché se sub­sti­tuant au ser­vice pu­blic, c’est la mort.

– Il n’y a qu’une al­ter­na­tive : ren­ta­bi­lité ou faillite.

– La no­tion de ren­ta­bi­lité dans le ser­vice pu­blic est une ab­sur­dité lo­gique et mo­rale. Les consé­quences en sont meur­trières, té­moins l’af­faire du sang conta­miné ou celle de l’amiante en France ou l’af­faire de la vache folle en An­gle­terre. Un gou­ver­ne­ment qui prend des risques avec la santé pu­blique par souci éco­no­miste est un gou­ver­ne­ment de cri­mi­nels. Le crime est contre l’hu­ma­nité.

– Le pro­fit est do­na­teur de tra­vail.

– Le pro­fit comme fi­na­lité tient le tra­vail en otage. L’ul­tra­li­bé­ral est quel­qu’un qui dit au po­li­tique : ne m’en­nuyez pas ou je li­cen­cie. Le po­li­tique n’en­nuie pas. L’autre li­cen­cie quand même.

– Li­berté po­li­tique et li­bé­ra­lisme éco­no­mique sont in­dis­so­ciables.

– Des­po­tisme de l’ar­gent et ul­tra­li­bé­ra­lisme sont in­dis­so­ciables. L’ul­tra­li­bé­ra­lisme, c’est la dic­ta­ture des te­nants du mar­ché mon­dial.

– Le mar­ché est, jus­qu’à preuve du contraire, le seul sys­tème qui rende pos­sible une so­ciété d’abon­dance. C’est aussi le seul qui ait les moyens d’être se­cou­rable.

– Le but n’est pas l’abon­dance, mais la suf­fi­sance et la jus­tice. L’abon­dance, dans l’op­tique ul­tra­li­bé­rale, veut dire le ca­rac­tère ex­po­nen­tiel des biens et du pro­fit. Cela doit im­pli­quer nor­ma­le­ment le ca­rac­tère ex­po­nen­tiel des res­sources de la terre. Ce qui est faux. L’ul­tra­li­bé­ra­lisme veut dire : après moi, le dé­luge. Il se fout des gé­né­ra­tions fu­tures. Il est mas­si­ve­ment in­fan­ti­cide. »

34)
Ker­mor­van
, le 14.02.2009 à 17:52

Eh bien, Karim, voici un ré­sumé in­té­res­sant.

35)
zit
, le 15.02.2009 à 18:33

Joli dia­logue, en effet. On croi­rait lire du T face à O sans les in­vec­tives, bar­ra­mines et autres noms d’oi­seaux ha­bi­tuels. ;o)

z (Mi­chel Rio ? je ré­pêêêêêêêêête : La sta­tue de la li­berté ? vais me ren­sei­gner, ça me chan­gera des po­lars et de la –bonne– SF)

PS : juste un mot sur le jeu, je n’ai pas tou­ché aux agro bio ne­cro­car­bu­rants (en aucun cas bio quoi que ce soit), cette sa­lop­pe­rie ne de­vrait rien avoir à faire là, enfin, avec GDF–Suez comme spon­sor, on peut s’at­tendre à quelques “im­pré­ci­sions”…

PS2 : se mé­fier, ne ja­mais ou­blier de se mé­fier… (d’où vient l’info, à qui pro­fite le crime, etc… ;^)

36)
Karim
, le 15.02.2009 à 19:14

Mi­chel Rio ? je ré­pêêêêêêêêête : La sta­tue de la li­berté ? vais me ren­sei­gner

Mi­chel Rio, c’est un OLNI, le Ro­drigo y Ga­briela de la lit­té­ra­ture ;-)

«La sta­tue de la li­berté» et les ex­ploits du com­mis­saire Ma­lone sont un bon début, si tu ac­croches tu peux pour­suivre avec Ma­lone et «La mort», puis «Coupe ré­glée» qui vient d’être pu­blié (en ou­bliant l’in­ter­mé­diaire «Sans son­ger à mal») où l’on re­trouve quelques pro­blé­ma­tiques sur le pou­voir et l’en­vi­ron­ne­ment entre deux meurtres.

ça me chan­gera des po­lars et de la –bonne– SF

Ça me fait pen­ser à un au­teur de SF qui a écrit un ex­cellent polar, je sup­pose que tu as lu «Trans­pa­rences» d’Ayer­dhal ?

37)
zit
, le 16.02.2009 à 02:38

Ayer­dhal ? C’est de la balle ! C’est un de mes au­teurs fa­vo­ris, j’at­tends avec im­pa­tience une suite à «Trans­pa­rences» (c’est lui qui a lâché l’info sur le forum du Diable Vau­vert, son édi­teur). Non seule­ment on ne s’en­nuie pas à le lire, mais en plus, il a une concep­tion des rap­ports entre les hu­mains qui n’est pas sans me dé­plaire, je me sens même très en phase… C’est aussi grâce à une de ses in­ter­view que j’ai lu que j’ai dé­cou­vert ré­cem­ment Pierre Bor­dage, tout aussi pre­nant (im­pos­sible de dor­mir plu­sieurs nuits à cause de ses bou­quins, cap­ti­vant !).

Quand à Clim­City, une bonne mé­thode pour le suc­cès consiste à dé­mar­rer tout en bas de la liste dé­rou­lante, à la mai­rie, et de lan­cer toutes les ac­tions pos­sible dès le début de la par­tie :

Ainsi, la plu­part des ac­tions dé­ci­dées en­suite coûtent moins cher… Le po­li­tique, on en re­vient tou­jours au po­li­tique…

z (dé­crois­sance, je ré­pêêêeêêête : vive “mon cul” ! ;^)

38)
To­TheEnd
, le 16.02.2009 à 11:25

Joli dia­logue, en effet. On croi­rait lire du T face à O sans les in­vec­tives, bar­ra­mines et autres noms d’oi­seaux ha­bi­tuels. ;o)

Pas d’ac­cord… l’autre jour je ré­pon­dais pour la der­nière fois à son petit dis­ciple… ça fait long­temps que je ne perds plus de temps à lire O et en­core moins à lui ré­pondre.

T

39)
levri
, le 16.02.2009 à 12:18

Ayer­dhal, j’avais lu Sexo­mor­phoses, His­trion et Ba­lade cho­réïale, j’avais bien aimé …

40)
Ker­mor­van
, le 18.02.2009 à 13:46

Les ci­ta­tions de Karim en 32. (« La sta­tue de la li­berté » de Mi­chel Rio) sont aussi p.44 du livre (seuil 1997).