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La Ver­mine – un feuille­ton sur Cuk

Au­tre­fois – et jus­qu’à il y a une ving­taine d’an­nées, aucun jour­nal qui se res­pec­tait ne sor­tait sans son feuille­ton. De Bal­zac à Di­ckens, de Wil­kie Col­lins à Dumas ou Zola, tout au long du XIXe siècle, les plus grands ro­mans de­ve­nus de­puis des clas­siques ont, à tra­vers toute l’Eu­rope, d’abord été lus par épi­sodes. J’ai pro­posé à Fran­çois qu’on re­mette cette cou­tume sé­cu­laire à l’hon­neur et il a ac­cepté (même si mon texte n’est pas un clas­sique, ah, ah…). Aussi, à par­tir de cette fin de se­maine, vous aurez de la lec­ture le di­manche. Par épi­sodes je met­trai en ligne une fable de cir­cons­tance: La Ver­mine.

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La photo de cou­ver­ture est l’œuvre de Ma­rie-France Zur­lin­den, notre mff: je l’ai ren­con­trée au der­nier Cuk-day, elle m’avait donné le nom du site où elle pu­blie quelques-unes de ses pho­tos, où je l’ai trou­vée.

Pour­quoi une fable de cir­cons­tance? Parce que, nous autres Suisses, sommes à la veille d’une vo­ta­tion qui d’une cer­taine ma­nière rap­pelle celle qui a pro­vo­qué l’exis­tence de ce petit bou­quin. On vote le 1er juin. Si la pro­po­si­tion passe, alors l’ob­ten­tion de la na­tio­na­lité suisse pourra être sou­mise au vote po­pu­laire, si les ci­toyens d’une com­mune en dé­cident ainsi (NDLR: mo­di­fi­ca­tion faite sur le texte ori­gi­nal suite au com­men­taire de Spa­rhawk), et il sera im­pos­sible de re­cou­rir contre les dé­ci­sions des com­munes. Di­vers spé­cia­listes en droit consti­tu­tion­nel af­firment que la nou­velle loi sera in­ap­pli­cable, ne se­rait-ce que parce que, si le texte en était adopté, il fau­drait comp­ter avec la condam­na­tion de la Cour eu­ro­péenne de Stras­bourg, que la Suisse n’au­rait d’autre choix que d’ac­cep­ter.

Je n’entre pas dans le débat ju­ri­dique, qui me dé­passe. Mais les re­lents po­pu­listes de ce pro­jet font re­mon­ter de vieux sou­ve­nirs, sou­vent dou­lou­reux. Il faut croire que je ne suis pas la seule à faire l’as­so­cia­tion, puisque ce sont des lec­teurs de La Ver­mine qui m’ont, de façon ré­pé­tée, in­ci­tée à la res­sor­tir ce petit livre de­puis long­temps épuisé du rayon pous­sié­reux où il dor­mait.

Pour­quoi La Ver­mine

Je vous dé­cris la si­tua­tion au prin­temps 1970, vue par une jeune femme (moi) chez qui le sou­ve­nir ce que cela si­gni­fiait d’être une im­mi­grée quasi clan­des­tine était en­core frais.

Une ini­tia­tive avait été lan­cée alors contre «la sur­po­pu­la­tion étran­gère» et beau­coup d’im­mi­grés étaient me­na­cés d’ex­pul­sion si elle pas­sait. L’in­di­gna­tion de la com­mu­nauté im­mi­grée (et d’une par­tie de l’opi­nion suisse) était pro­fonde.

Fin 1969, début 1970 la cam­pagne bat­tait son plein. La «sur­po­pu­la­tion», due à la haute conjonc­ture qui fai­sait que la Suisse avait connu une pros­pé­rité qui com­men­çait tout juste à fléchir, mais qui créait la pos­si­bi­lité du chô­mage, était consti­tuée de tra­vailleurs prin­ci­pa­le­ment ita­liens dont un grand nombre étaient sai­son­niers. L’ini­tia­tive au­rait eu pour consé­quence de trans­for­mer un grand nombre de per­mis de tra­vail illi­mi­tés en per­mis sai­son­niers, et quelques voix ex­trêmes ré­cla­maient même que tous les tra­vailleurs étran­gers fussent sai­son­niers.

Dans cette am­biance ten­due, un drame est en­core venu jeter de l’huile sur le feu.

L’an­née pré­cé­dente, à Sankt-Mo­ritz, trois Suisses avaient as­sas­siné At­ti­lio To­nola, un ou­vrier ita­lien, pour la seule rai­son qu’il était ita­lien, et qu’«ils n’ai­maient pas les Ita­liens». Cela avait eu des échos jus­qu’à Rome, à la Chambre des dé­pu­tés, et dans les pro­cès-ver­baux nous li­sons:

«Les in­ter­pel­lants de­mandent au mi­nistre des Af­faires étran­gères et au mi­nistre du Tra­vail:

  1. s’ils ont l’in­ten­tion d’in­ter­ve­nir au­près du gou­ver­ne­ment suisse à la suite de l’ignoble as­sas­si­nat de l’ou­vrier ita­lien At­ti­lio To­nola, agressé par trois ci­toyens suisses alé­ma­niques, ad­venu en no­vembre 1968;
  2. s’il n’y au­rait pas lieu d’or­ga­ni­ser une en­quête ap­pro­fon­die sur la réa­lité in­quié­tante que vivent les tra­vailleurs émi­grés ita­liens en Suisse. L’as­sas­si­nat de Sankt-Mo­ritz consti­tue un rap­pel sé­rieux de cette réa­lité trouble du monde hel­vé­tique ca­rac­té­ri­sée par le mé­pris et par l’hos­ti­lité d’une par­tie de la po­pu­la­tion, le plus sou­vent alé­ma­nique, en­vers les tra­vailleurs étran­gers. Mé­pris et hos­ti­lité se trans­forment sou­vent en haine dé­cla­rée. Les in­ter­pel­lants ai­me­raient que les mi­nistres com­pé­tents leur fassent sa­voir si l’agres­sion et l’as­sas­si­nat [d’At­ti­lio To­nola] sont pro­vo­qués par la fu­reur xé­no­phobe aveugle, au­tre­ment dit s’il s’agit uni­que­ment d’une consé­quence ex­trême de la peur de la sur­po­pu­la­tion étran­gère à la suite de la cam­pagne contre les étran­gers, ou si d’autres mo­tifs entrent en compte.»

Le pro­cès s’est dé­roulé les 1er et 2 mars 1969, et a été suivi avec at­ten­tion par l’alors très nom­breuse com­mu­nauté ita­lienne. Deux cir­cons­tances ont par­ti­cu­liè­re­ment frappé les es­prits (le mien com­pris): le fait que l’agres­sion se fût dé­rou­lée aux cris de «chaibe Chink» (in­tra­dui­sible sinon, ap­proxi­ma­ti­ve­ment, par «Magut de merde»), et le fait que, après l’avoir frappé puis bourré de coups de pied alors qu’il était déjà au sol, les trois hommes aient caché To­nola dans un coin; l’ont-ils cru déjà mort? Quoi qu’il en soit, il n’a pas tardé à rendre l’âme, étouffé par son propre sang. «Ils l’ont laissé cre­ver comme un chien», di­sait-on dans la com­mu­nauté ita­lienne. La presse suisse a fait peu de cas de ce qui n’était pour elle qu’un fait di­vers. Mais, chez les im­mi­grés, l’in­di­gna­tion s’est trans­for­mée en fu­reur à l’énoncé du ju­ge­ment. L’as­sas­si­nat a été re­qualifié en rixe (les Ita­liens sont ba­gar­reurs, c’est connu, iro­ni­sait-on avec amer­tume dans les mi­lieux de l’émi­gra­tion): le plus actif des as­sas­sins, Erich Ber­nard­sgrut­ter, élec­tri­cien de son mé­tier, était condamné à deux ans de pri­son; quant aux frères Jo­seph et Armin Schmid, l’un (Jo­seph) était condamné à quinze mois de pri­son, et l’autre (Armin) était car­ré­ment ac­quitté. Les trois hommes avaient des an­té­cé­dents ju­di­ciaires et Armin avait déjà fait de la pri­son. On ap­pre­nait dans le même temps que Mme To­nola et ses quatre en­fants ne re­ce­vraient pas un sou des as­su­rances, puis­qu’il s’agis­sait d’une simple ba­garre qui avait mal tourné.

«À la Bourse de Zu­rich, To­nola vaut deux cygnes et seize merles», écri­vait un cor­res­pon­dant en met­tant en pa­ral­lèle la condam­na­tion des trois agres­seurs et celle, ad­ve­nue au même mo­ment, d’un bra­con­nier.

Ce ver­dict al­lait pro­vo­quer une nou­velle in­ter­pel­la­tion à la Chambre ita­lienne des dé­pu­tés :

«À la suite de la scan­da­leuse et in­quié­tante nou­velle de la faible condam­na­tion des ci­toyens suisses Ber­nard­sgrut­ter et Jo­seph Schmid et de l’ac­quit­te­ment d’Ar­min Schmid pour crime de lé­sions graves avec pos­si­bi­lité d’is­sue fa­tale et non-se­cours à per­sonne en dan­ger qui ont pro­vo­qué la mort du ci­toyen ita­lien At­ti­lio To­nola, les sous­si­gnés dé­si­rent sa­voir si le mi­nistre des Af­faires étran­gères, et celui du Tra­vail et de la Pré­voyance so­ciale, ont l’in­ten­tion d’in­ter­pel­ler le gou­ver­ne­ment hel­vé­tique pour qu’il pro­tège avec vi­gueur les émi­grés ita­liens en Suisse. Le gou­ver­ne­ment de­vrait cher­cher à ob­te­nir des modifica­tions aux conven­tions ac­tuelles, et en pro­po­ser de nou­velles, ainsi que des ac­cords pré­voyant l’affirma­tion des droits dé­mo­cra­tiques des tra­vailleurs ita­liens, l’adop­tion de me­sures et d’in­ter­ven­tions di­rectes pour fa­vo­ri­ser le re­grou­pe­ment fa­mi­lial des tra­vailleurs émi­grés avec leurs fa­milles, ainsi que la pro­tec­tion de la per­son­na­lité et de l’in­té­grité phy­sique des tra­vailleurs ita­liens, su­jets à une constante et odieuse dis­cri­mi­na­tion so­ciale de na­ture clai­re­ment ra­ciste, et dont la gra­vité a même été évo­quée ré­cem­ment par le Conseil fé­dé­ral suisse».

J’étais, moi, à l’abri: j’avais épousé un ar­chi­tecte suisse et avais ainsi ob­tenu la na­tio­na­lité hel­vé­tique. J’avais même réussi, à la force du poi­gnet, à réa­li­ser mon rêve d’en­fant et à faire des études de lettres. J’étais pro­fes­seur dans l’en­sei­gne­ment se­con­daire et n’évo­quais que pru­dem­ment mon pays d’ori­gine. C’est que les an­nées d’en­fance vé­cues dans une zone grise, sur une série de men­songes et de ca­chot­te­ries, étaient en­core très pré­sentes à mon es­prit. Ma mère était sai­son­nière et n’au­rait pas eu le droit de me faire venir en Suisse, où j’étais tout de même semi-clan­des­tine. J’étais à la merci du moindre faux pas et, sans vou­loir en­trer ici dans les dé­tails, di­sons que j’avais failli plu­sieurs fois me faire ex­pul­ser. Le ma­riage m’avait «sau­vée», à la der­nière mi­nute. Pen­dant ces an­nées d’en­fance et d’ado­les­cence, j’avais tout en­tendu: dans la cour des écoles que j’avais fré­quen­tées on m’a as­suré que les «ma­guts» étaient tous cras­seux, tous vo­leurs, tous prêts à as­sas­si­ner père et mère… J’en passe. Nous étions en­core trai­tés, à l’orée des an­nées 1970, comme le sont au­jour­d’hui les im­mi­grés et les sans-pa­piers, qui viennent dé­sor­mais du monde en­tier.

En fait, ce qui se ma­ni­fes­tait alors, ce n’était pas plus qu’au­jour­d’hui une hos­ti­lité spécifique en­vers les Ita­liens : c’était cette culture du bouc émis­saire qui crée «l’autre», afin d’avoir quel­qu’un à rendre res­pon­sable de ses insuffisances et de ses pro­blèmes.

Dans son essai, L’Orda, re­ve­nant sur une époque dé­sor­mais ob­so­lète, puisque l’Ita­lie est de­ve­nue elle-même pays d’ac­cueil, l’écri­vain ita­lien Gian An­to­nio Stella l’ex­prime très bien:

«Lorsque les “Al­ba­nais” c’était nous», écrit-il, «nous émi­grions illé­ga­le­ment par cen­taines de mil­liers, on nous lyn­chait en nous ac­cu­sant d’être des vo­leurs de tra­vail, nous étions tous mafieux et cri­mi­nels. Lorsque les “Al­ba­nais” c’était nous, nous ven­dions nos en­fants aux ogres am­bu­lants, nous or­ga­ni­sions la traite des Blanches, nous se­mions ter­reur et anar­chie en as­sas­si­nant chefs d’État et pauvres pas­sants, et nous étions si sales qu’on nous in­ter­di­sait même la salle d’at­tente de troi­sième classe. Lorsque les “Al­ba­nais” c’était nous, nous por­tions sur le dos le poids de siècles de fa­mine, d’igno­rance et de sté­réo­types in­fa­mants… Nous étions les Al­ba­nais des autres, hier en­core – parce que nous étions dif­fé­rents.»

Beau­coup d’ex-im­mi­grés consi­dèrent que ces pro­pos pour­raient tout aussi bien conve­nir aux Suisses; au­raient-ils ou­blié, re­marque-t-on sur un ton acerbe, que les Suisses aussi ont dû, pen­dant des siècles, quit­ter leurs val­lées arides et par­tir au loin en quête de pain? Eux aussi, ajoute-t-on, ont été un jour les Ita­liens ou les Al­ba­nais des autres.

Après cette es­quisse de la si­tua­tion, j’en re­viens à ma co­lère du Nou­vel-An 1970. La radio, les jour­naux, les tracts qu’on nous don­nait dans la rue, ceux qu’on nous en­voyait par la poste, mar­te­laient le mes­sage de James Schwar­zen­bach et de son Ac­tion na­tio­nale. Cha­cun de nous, Suisses et non-Suisses, connais­sait quel­qu’un qui au­rait dû quit­ter le pays si l’ini­tia­tive avait été ac­cep­tée, et à ce mo­ment-là il n’était pas du tout évident qu’elle ne pas­se­rait pas. Certes, elle a été re­je­tée, mais 46 % des vo­tants, avec une par­ti­ci­pa­tion de plus de 70 % des élec­teurs (les femmes n’al­laient ob­te­nir le droit de vote qu’un an plus tard), l’ont ac­cep­tée. À lire le ma­té­riel de pro­pa­gande de l’Ac­tion na­tio­nale (qui al­lait chan­ger son nom quelques an­nées plus tard en Dé­mo­crates suisses), on est frappé par les res­sem­blances avec ce que disent ou écrivent au­jour­d’hui cer­tains membres de l’Union dé­mo­cra­tique du centre (UDC), la droite dure pour vous autres non Suisses. Ce sont eux qui ont ra­mené le sou­ve­nir de la co­lère de l’époque.

La ré­édi­tion

De­puis quelque temps, les lec­teurs les plus di­vers me de­mandent ce qu’est de­ve­nue La Ver­mine.

«Ce se­rait peut-être un livre pour la si­tua­tion pré­sente», m’a-t-on dit de plus en plus sou­vent. J’ai fini par fouiller dans mes ar­chives, par re­trou­ver un exem­plaire de l’édi­tion ori­gi­nale. Je l’ai relu. J’ai été éton­née de consta­ter à quel point cette fable était ac­tuelle. Il suffirait de chan­ger quelques ex­pres­sions au­jour­d’hui de­ve­nues moins com­pré­hen­sibles. De nos jours, les «Al­ba­nais» (les Arabes, les Afri­cains, les Chi­nois, les In­diens, etc., etc.), ce ne sont plus les Ita­liens, qui ne consti­tuent dé­sor­mais qu’une forte mi­no­rité, lar­ge­ment ac­cep­tée, et dont les deuxième et troi­sième gé­né­ra­tions connaissent en­core tout juste leurs ori­gines. Mais ce qui est dit de «l’autre» par les te­nants d’une cer­taine men­ta­lité po­li­tique n’a pas changé. L’Union dé­mo­cra­tique du centre (UDC) n’exis­tait pas en­core en 1970, elle n’est née que quelques an­nées plus tard, mais il est pra­ti­que­ment cer­tain qu’elle a re­cruté dans les rangs des 46 % de Suisses qui avaient ac­cepté l’Ini­tia­tive sur la sur­po­pu­la­tion étran­gère. Les idées n’ont pas changé – seule la cible est dif­fé­rente.

Le dis­cours po­li­tique ac­tuel et ses aléas mettent en évi­dence que, presque deux gé­né­ra­tions plus tard, nous dis­tin­guons en­core parmi nous des «mou­tons noirs» que nous ren­dons res­pon­sables de tous les maux, et qu’une po­li­tique po­pu­liste uti­lise pour faire peur et pour pou­voir dire : votez pour «nous»; nous vous pro­té­ge­rons contre «eux». Le dis­cours même que te­nait, il y a plus de trente-cinq ans, «Jacques Bo­lo­met», le nar­ra­teur du roman.

De l’idée à la ré­édi­tion

La Ver­mine a été écrite en quelques se­maines. L’idée a surgi vers fin 1969, le livre étant en vente en avril 1970. Il s’agis­sait en effet de le dis­tri­buer lar­ge­ment avant la vo­ta­tion, pour qu’il soit utile.

Le livre a été vendu à la fois dans les li­brai­ries et au coin des rues, de façon mi­li­tante. Je ne me sou­viens plus exac­te­ment du ti­rage: plu­sieurs mil­liers d’exem­plaires, en tout cas, qui ont été ra­pi­de­ment épui­sés. Il a paru en feuille­ton dans le pé­rio­dique Emi­gra­zione ita­liana. Deux ci­néastes (Pierre Ni­cole et Willi Her­mann) ont tenté d’en faire un film, mais n’ont pas réussi à finan­cer leur en­tre­prise. J’avais fait la connais­sance de Max Frisch et j’avais sol­li­cité son au­to­ri­sa­tion de citer un pas­sage de Mon­sieur Bon­homme et les in­cen­diaires. Avant de me la don­ner, il avait voulu lire le ma­nus­crit, qui lui avait plu : il avait dé­crété qu’il au­rait fallu en faire un texte dra­ma­tique, au­quel il al­lait «réfléchir». On en a pas mal dis­cuté par la suite, mais cela non plus, ne s’est pas fait.

Pen­dant toutes ces an­nées, il s’est ré­gu­liè­re­ment trouvé des lec­teurs pour me par­ler de La Ver­mine, et ce sont ces lec­teurs qui m’ont en­cou­ra­gée à ré­édi­ter ce petit roman.

Pour cette ré­édi­tion, j’ai fait le tra­vail de lec­to­rat qui a man­qué la fois pré­cé­dente, faute de moyens et de temps: j’ai sup­primé les mal­adresses, j’ai changé quelques termes afin de les rendre clairs pour ceux qui les avaient ou­bliés ou ja­mais connus plu­tôt que de mettre des notes en bas de page (ir­ri­tantes dans un roman). Mais je n’ai pas tou­ché à l’his­toire, qui reste telle qu’elle était à l’ori­gine.

Pré­ci­sions

Les ex­pli­ca­tions qui pré­cèdent sont es­sen­tiel­le­ment ti­rées la post­face du texte que vous allez pou­voir lire pen­dant quelques di­manches. Vous pour­rez lire la post­face en en­tier à la fin de la pu­bli­ca­tion (comme de juste, puisque c’est une post­face). Cette pu­bli­ca­tion se fait en ac­cord avec mon édi­teur, Ber­nard Cam­piche), qui a re­pu­blié le roman le mois der­nier, et au­près de qui on peut l’ache­ter (il est aussi dans les li­brai­ries, bien en­tendu). Tant pour lui que pour moi, il s’agit ici une ex­pé­rience: pu­blier sur in­ter­net, dans son in­té­gra­lité, un livre qui existe par ailleurs sur pa­pier. Si ça marche, c’est-à-dire si cela vous plaît, on pourra ten­ter un autre texte – qui sait, un polar à sus­pense peut-être?

Quoi qu’il en soit, je si­gnale que ce texte est co­py­right; le pro­prié­taire du co­py­right est Ber­nard Cam­piche Tous ses droits en tant qu’édi­teur et tous les miens en tant qu’au­teur res­tent ré­ser­vés.

Là-des­sus, je vous dis: à di­manche, et bonne lec­ture. Et s’il vous plaît: vos im­pres­sions m’in­té­ressent.

33 com­men­taires
1)
Spa­rhawk
, le 15.05.2008 à 02:34

Très bonne hu­meur, émou­vante, dom­mage qu’il y ait une im­pré­ci­sion quant à la vo­ta­tion du 1er mai: “Si la pro­po­si­tion (faite par la droite dure) passe, l’ob­ten­tion de la na­tio­na­lité suisse sera sou­mise au vote po­pu­laire à ni­veau com­mu­nal”. C’est faux. Si la pro­po­si­tion passe, alors l’ob­ten­tion de la na­tio­na­lité suisse pourra être sou­mise au vote po­pu­laire, SI les ci­toyens d’une com­mune en dé­cident ainsi. En fait, ils au­ront le libre choix de dé­si­gner qui sera com­pé­tent en cette ma­tière: l’exé­cu­tif com­mu­nal, l’as­sem­blée com­mu­nale, les ci­toyens ou tout autre or­ga­nisme. Je pré­cise pour nos amis étran­gers que cette ini­tia­tive a été sou­mise au vote parce que ce mode d’at­tri­bu­tion de la ci­toyen­neté suisse était ap­pli­qué dans quelques com­munes suisse alé­ma­nique et que le tri­bu­nal fé­dé­ral l’a dé­claré in­cons­ti­tu­tion­nel. Cette façon de pro­cé­der peut s’en­vi­sa­ger dans de pe­tites com­munes où tout le monde se connaît, mais est in­ap­pli­cable dès que la com­mune com­porte plus de quelques mil­liers d’ha­bi­tants. Et même dans les pe­tites com­munes, il y a le risque du “délit de sale gueule”: un étran­ger cor­rect sous tout rap­ports, mais peu en­clin à se mêler aux au­toch­tones (par ex.) pourra se voir re­fu­ser la na­tio­na­lité suisse, alors qu’un autre, rou­blard, op­por­tu­niste, hy­po­crite sera ac­cepté. Et ce n’est pas juste. Rai­son pour la­quelle je vais voter contre cette ini­tia­tive et vous re­com­mande de faire de même.

Alors, si je suis contre, pour­quoi ai-je contre­dit Anne Cuneo? Sim­ple­ment en ap­pli­ca­tion de ce prin­cipe de Vol­taire: « Je ne suis pas d’ac­cord avec ce que vous dites, mais je me bat­trai jus­qu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Et dans le cas pré­sent, les op­po­sants mar­tèlent tous ce que Anne nous a dit. Or, c’est contre-pro­duc­tif. Les pre­miers son­dages montrent que l’ini­tia­tive sera ac­cep­tée. Il faut donc im­pé­ra­ti­ve­ment convaincre la frange de la po­pu­la­tion di­sant oui du bout des lèvres. En leur op­po­sant des ar­gu­ments ma­ni­fes­te­ment faux pour qui s’in­té­resse un tant soit peu au texte de loi voté, on ne va pas les convaincre de chan­ger d’avis.

Au­tre­ment, je me ré­jouis de lire La Ver­mine. L’hu­meur d’Anne m’a fait pensé à ce que j’ai en­tendu dans mon ado­les­cence en Va­lais (Le Va­lais par­ta­geant une fron­tière avec l’Ita­lie et ayant énor­mé­ment be­soin de main d’œuvre lors de la construc­tion des nom­breux bar­rages dans les an­nées 60, il y avait beau­coup de tra­vailleurs ita­liens). On était juste sorti de cette pé­riode où les Ita­liens étaient mal vus, j’avais des ca­ma­rades d’ori­gine ita­lienne et ils ne su­bis­saient pas de dis­cri­mi­na­tions, mais cer­taines per­sonnes m’avaient ra­conté com­ment cela se pas­sait à l’époque: quand une équipe du vil­lage des­cen­dait en plaine le sa­medi, mal­heur à l’Ita­lien qui osait dra­guer une fille du vil­lage. Les hommes lui cas­saient la fi­gure! Que j’étais heu­reux de ne pas être 15 ans plus vieux, déjà que j’avais de la peine avec la men­ta­lité de l’époque…

2)
Fran­çois Cuneo
, le 15.05.2008 à 06:48

Lorsque je lis cette hu­meur, je me dis qu’on ne tire ja­mais les le­çons du passé.

Nous ré­pé­tons tou­jours les mêmes âne­ries. Com­ment lais­ser au peuple, ou plu­tôt, comme l’écrit Spa­rhawk, per­mettre de lais­ser au peuple ce choix de la na­tu­ra­li­sa­tion?

Il est clair que tous les noms pro­po­sés fi­nis­sant en “ic” par exemple, se­ront re­fu­sés, sans que le 95 % des vo­tants ne les connaissent.

C’est vrai qu’en Suisse, l’Ac­tion Na­tio­nale a plus ou moins dis­paru. Elle a été en grande par­tie ab­sor­bée par l’UDC.

J’ai le même sen­ti­ment face à tout ce qui ve­nait de l’un, comme de ce qui vient de l’autre.

Le dé­goût.

3)
Anne Cuneo
, le 15.05.2008 à 07:22

Merci à Spa­rhawk de cor­ri­ger mon im­pré­ci­sion, ou pour mieux dire de com­plé­ter mon texte. J’avais ré­flé­chi à mettre le texte du pro­jet de loi sur le­quel on va voter dans l’hu­meur, et j’y ai re­noncé par crainte que ce ne soit trop long. Mais il est vrai que mon ré­sumé de la chose est trop ra­pide, ce qui le rend im­pré­cis.

4)
Franck_­Pas­tor
, le 15.05.2008 à 08:19

La photo de cou­ver­ture est l’œuvre de Ma­rie-France Zur­lin­den, notre mf:

Juste pour sa­voir : qu’est-ce qu’une « mf » ?

5)
Puzzo
, le 15.05.2008 à 08:34

Juste pour sa­voir : qu’est-ce qu’une « mf » ?

Je pense que Anne vou­lait par­ler de mff (tu peux voir son pro­fil du forum ICI )

Pour ce qui est des vo­ta­tions, mon en­ve­loppe de vote a déjà été ex­pé­diée pour être sûre de ne pas l’en­voyer en re­tard et avec une belle croix sur la case du NON!

Je me ré­jouis de pou­voir te lire le di­manche!

6)
Anne Cuneo
, le 15.05.2008 à 08:40

Voui, je vou­lais bien dire mff – en­core une im­pré­ci­sion! L’im­por­tant, de toute façon, c’est que nous par­lons de la même per­sonne. Allez voir sur son site, elle fait des pho­tos ma­gni­fiques.

7)
Emi­lou
, le 15.05.2008 à 08:48

L’émi­gra­tion en Eu­rope at­teint des chiffres dont l’am­pleur pro­voque chez cer­tains des peurs tout à fait ir­ra­tion­nelles. On at­tri­bue sou­vent les mau­vais re­cords du pou­voir d’achat à l’af­flux d’étran­gers dont on dit qu’ils pro­fitent du sys­tème. On at­tri­bue aux al­loch­tones tous les pro­blèmes d’in­sé­cu­rité ur­baine et autres. On re­proche à une cer­taine ca­té­go­rie d’émi­grés le manque de vo­lonté d’in­té­gra­tion. On s’in­quiète de voir les is­la­mistes pro­pa­ger la haine chez nous.

Le pro­blème de la main d’œuvre en Eu­rope de « l’ouest » est réel, soit parce que le chô­mage est jugé plus ren­table par cer­tains, soit par ce que les pro­fes­sions dites en sa­lo­pette sont mé­pri­sées. Dans ce contexte l’émi­gra­tion consti­tue un ré­ser­voir de mains d’œuvre dont notre éco­no­mie pro­fite lar­ge­ment. Nous par­quons nos étran­gers dans des ghet­tos pro­pices à la dé­lin­quance pour s’éton­ner après coup que nos pri­sons voient en nombre crois­sant des pen­sion­naires non in­di­gènes. Ces mêmes ghet­tos n’in­citent guère cer­taines com­mu­nau­tés à par­ler la langue du pays d’ac­cueil. Les dé­lits de sales gueules sont bien réels. L’is­la­misme « pur » et dur est un réel pro­blème, nous ne pou­vons pas ac­cep­ter qu’il pro­page dans nos pays des dis­cours de haine, de ter­reur….. mais ce phé­no­mène ne concerne en rien le gros de l’émi­gra­tion. Nos po­li­tiques in­té­rieures d’ac­cueil sont dé­plo­rables, elles exa­cerbent notre ra­cisme pri­maire. Notre mau­vaise foi crasse de croire que l’étran­ger est in­trin­sè­que­ment mau­vais en est ren­for­cée. Notre sens cri­tique est biaisé par l’im­pro­vi­sa­tion ré­cur­rente en ma­tière de po­li­tique d’ac­cueil de nos gou­ver­nants. Les peurs an­ces­trales de l’étran­ger dont une cer­taine lit­té­ra­ture fait écho ne sont pas faites pour nous in­ci­ter à plus de to­lé­rance.

Je peux com­prendre la fri­lo­sité du peuple suisse, sans l’ex­cu­ser, vis à vis d’une émi­gra­tion mise à mal par leurs voi­sins eu­ro­péens.

8)
Fran­çois Cuneo
, le 15.05.2008 à 08:51

J’ai fait les chan­ge­ments né­ces­saires dans le texte. Mf de­vient mff et j’ai mo­di­fié “le ré­sumé de la chose” avec in­di­ca­tion du chan­ge­ment.

9)
Anne Cuneo
, le 15.05.2008 à 09:06

Per­son­nel­le­ment, le pro­blème me semble être glo­bal: la mi­gra­tion des peuples di­rec­tion nour­ri­ture est une constante de l’hu­ma­nité de­puis la nuit des temps, et de­vrait être en­vi­sa­gée GLO­BA­LE­MENT (pour une fois, glo­ba­li­sa­tion prend tout son sens) et non pays par pays. Ne se­rait-ce qu’en se pré­oc­cu­pant des éco­no­mies émer­gentes au­tre­ment que pour les uti­li­ser afin de faire des sur­pro­fits dans les pays in­dus­tria­li­sés.

Les «so­lu­tions» pré­co­ni­sées dans cha­cun de nos pays sé­pa­ré­ment sont égoïstes et in­ap­pro­priées, parce que c’est PETIT, et ça ne s’at­taque pas au pro­blème glo­bal de fond.

10)
nic
, le 15.05.2008 à 09:09

super! merci anne! ce que j’aime d’in­ter­net, lire (ou ecou­ter) des choses, si je les trouve bien, me donne envie de les ache­ter! par exemple j’ai envie d’ache­ter ce livre, comme j’ai envie d’ache­ter les cd que mes co­pains me font de­cou­vrir en me pas­sant des mp3. je suis né en 1970, j’ai vecu au tes­sin, ma mere ita­lienne et mon pere fils d’un pere ita­lien; j’ai marié une ita­lienne, fille de si­ci­liens emi­grés en suisse à la fin des an­nées ‘60: j’ai sou­vent ecouté des his­toires de cette per­iode. ça m’in­ter­esse beau­coup de lire ce livre!

je si­gnale juste une faute dans le pre­mier lien vers le site de l’edi­teur cam­piche (une t de trop dans le lien) et il me semble que la phrase: ” Tant pour lui que pour moi, il s’agit ici une ex­pé­rience… ” manque de quel­que­chose

bonne jour­née ciao, n

11)
Sa­luki
, le 15.05.2008 à 09:45

Une de mes bonnes amies, si­ci­lienne éta­blie dans le nord de la France, avec un bon sens de l’hu­mour ai­mait (aime?) dire:

“Qu’est-ce que c’est que ces Pouilleux qui viennent ôter le pain de la bouche des Pié­mon­tais !”

Elle-même (Ciao, Ro­sa­lia!) est blonde aux yeux bleus, preuve du pé­riple des Vi­kings jusque là. Elle est trop jeune pour être une mo­raine du dé­bar­que­ment amé­ri­cin de 1943…

12)
ysen­grain
, le 15.05.2008 à 10:28

Les ra­cistes -et donc les xé­no­phobes – sont des gens qui se trompent de co­lère. Signé Pierre Des­proges

13)
levri
, le 15.05.2008 à 10:37

@ Sa­luki : pas sur que la “blon­di­tude” viennent d’une in­va­sion Vi­king … je crois me sou­ve­nir que les Peuples d’ori­gine Celtes oc­cu­paient l’Eu­rope (peut être même l’Afrique du Nord). Des îlots de po­pu­la­tion blonde ou rousse aux yeux clairs sub­sistent dans cer­taines par­ties de l’Ita­lie et de l’Es­pagne. Il y eut aussi les mi­gra­tions Van­dales jus­qu’à l’Afrique du Nord les pre­miers siècles de notre ère.

… À prendre avec des pin­cettes, ma mé­moire n’est pas par­faite, et j’ai cette sale manie de ne rien noter …

J’écoute In­va­sion de Bur­ning Spear sur l’al­bum Mar­cus Gar­vey/Gar­vey’s Ghost

PS : “une mo­raine du dé­bar­que­ment amé­ri­cain de 1943” ? les Amé­ri­cains blonds n’ont sé­duit ni violé per­sonne! … des sol­dats noirs ont été jugés pour viol!

14)
Fran­çois Cuneo
, le 15.05.2008 à 10:40

je si­gnale juste une faute dans le pre­mier lien vers le site de l’edi­teur cam­piche (une t de trop dans le lien)

Cor­rigé, merci.

15)
zit
, le 15.05.2008 à 11:40

Chouette ! Merci Anne, et merci Grand CUK, je vais at­tendre di­manche avec im­pa­tience ;–)

Le pro­blème de “l’autre” n’est pas simple, quand on voit que l’étran­ger, ça peut être le voi­sin, le vil­lage de l’autre côté de la rue, le dé­par­te­ment d’à côté, une ré­gion li­mi­trophe, voire un pays aux an­ti­podes, et pour­tant nous sommes tous issus du même œuf… Vive la di­ver­sité et le bras­sage, et non aux fron­tières.

z (bonne chance pour cette vo­ta­tion, je ré­pêêêêêête: puissent les Suisses écou­ter leur cœur…)

16)
Fi­lou53
, le 15.05.2008 à 12:55

Ré­ac­tion ra­pide et à chaud (c’est l’heure de table au bou­lot):

merci pour cette belle ini­ta­tive. Dans ma ré­gion, en Bel­gique, les ‘Ma­ca­ro­nis’ comme on ap­pe­lait alors sou­vent les Ita­liens, ont dû aussi en voir de dures dans les an­nées d’après guerre. Main­te­nant qu’ils sont bien ‘in­té­grés’, d’autres ont pris leur place, qu’iro­nie du sort, eux aussi, traitent par­fois de sales étran­gers…

Le re­tour de la droite dans pas mal de pays (dont l’Ita­lie ré­cem­ment) fait froid dans le dos. En Bel­gique, nous ne fai­sons hélas pas ex­cep­tion avec un Front Na­tio­nal (heu­reu­se­ment bien mal­adroit) en ré­gion fran­co­phone et sur­tout avec le Vlaams Be­lang (et qq as­so­ciés) très con-qué­rants en ré­gion néer­lan­do­phone. Tous ces na­zillons me font vrai­ment bien peur, sur­tout du côté fla­mand où, un jour proche, sans doute, les wal­lons de­vront por­ter l’étoile…

Es­pé­rons qu’avec des ini­tia­tives comme la vôtre, un peu par­tout, les gens pren­dront conscience du dan­ger, mais …

17)
Anne Cuneo
, le 15.05.2008 à 20:28

les Ita­liens, ont dû aussi en voir de dures dans les an­nées d’après guerre. Main­te­nant qu’ils sont bien ‘in­té­grés’, d’autres ont pris leur place, qu’iro­nie du sort, eux aussi, traitent par­fois de sales étran­gers…

C’est une des choses que je consi­dère les plus in­com­pré­hen­sibles, et qui m’ir­ritent par­ti­cu­liè­re­ment: de voir des im­mi­grés de 2e gé­né­ra­tion être xé­no­phobes. A Zu­rich, un des grands lea­ders de l’Union dé­mo­cra­tique du centre, qui est ar­ti­san, est vi­ru­lent contre les étran­gers: c’est un Ita­lien, son père est ar­rivé en Suisse comme sai­son­nier.

Mes propres sou­ve­nirs d’en­fant de sai­son­nier ont tou­jours bou­ché pour moi le che­min du ra­cisme, de l’ex­ploi­ta­tion, et j’ai tou­jours fait un ef­fort pour avoir le moins de pré­ju­gés pos­sibles (j’en ai bien sûr, tout le monde en a). Les per­sé­cu­tés à cause de leur race qui de­viennent ra­cistes ont tou­jours été pour moi in­ex­cu­sables. Comme le dit Fran­çois plus haut, tirer les le­çons de l’his­toire, y com­pris de l’his­toire im­mé­diate, c’est in­dis­pen­sable pour aller de l’avant.

19)
levri
, le 15.05.2008 à 21:23

Il me semble avoir lu quelque part dans ce fil que “de tout temps, il y a eu des flux mi­gra­toires”, oui, et aussi dans la ma­jo­rité des cas cela s’ap­pe­lait des in­va­sions, et les po­pu­la­tions es­sayaient de se dé­fendre.

À par­tir de quel pour­cen­tage de la po­pu­la­tion au­toch­tone, les im­mi­grants de­viennent ils des en­va­his­seurs? En­core faut il voir le pour­cen­tage pour un pays, et le pour­cen­tage dans une ville don­née. Il y a sû­re­ment des gens qui ne sont nul­le­ment “ra­cistes” face à leur voi­sin d’une cou­leur dif­fé­rente, mais qui se­ront ce­pen­dant vi­gou­reu­se­ment contre une im­mi­gra­tion de masse.

Je ne suis pas Suisse et n’au­rais pas à voter, mais je trouve que chez vous comme dans d’autres pays on sim­pli­fie un peu trop dans un sens comme dans l’autre.

20)
Minos
, le 15.05.2008 à 21:59

Bon­jour à tous,

Je vou­drais juste ré­pondre à levri: les “flux mi­gra­toires” ont sou­vent été liés à des in­va­sions, mais pas tou­jours dans le sens où tu m’en­tends. Dans tous les grands em­pires, par exemple, la ca­pi­tale at­ti­rait des peuples di­vers et va­riés, qui n’avaient pas for­cé­ment grand-chose à voir (cultu­rel­le­ment) avec les “lo­caux”. De la même façon, il ne me vien­drait pas à l’es­prit de qua­li­fier d’in­va­sion les im­por­ta­tions (c’est comme cela que c’était vécu par les or­ga­ni­sa­teur, je n’em­ploie pas le terme à des fins po­lé­miques ;-) ) d’es­claves.

On pour­rait aussi par­ler des Roms, et à titre plus per­son­nel, ma fa­mille a quitté le Tyrol pour l’ac­tuelle Lor­raine au XVème siècle (je sa­vais bien qu’un jour ça ser­vi­rait d’avoir un oncle pas­sionné de gé­néa­lo­gie :-) ), sans qu’ils n’aient en­vahi quoi que ce soit. Plus gé­né­ra­le­ment, ce n’est pas parce qu’on en a moins de traces au­jour­d’hui qu’une im­mi­gra­tion pa­ci­fique n’a pas tou­jours existé…

21)
Karim
, le 15.05.2008 à 22:21

Il est clair que tous les noms pro­po­sés fi­nis­sant en “ic” par exemple, se­ront re­fu­sés, sans que le 95 % des vo­tants ne les connaissent.

Tiens ? J’igno­rais que chez vous c’était les noms en “ic”. J’ai pré­ci­sé­ment un nom en ic, que je tiens évi­dem­ment de mon père qui est bien im­mi­gré, mais à Ber­lin, et comme je suis heu­reu­se­ment né en France de mère fran­çaise quoique pe­tite fille de fla­mande, je vais de ce pas re­pro­cher à ma co­pine suisse dont le nom com­mence et finit par Rey qu’elle mange le pain des fran­çais certes fils d’im­mi­gré mais pas en France, et d’ar­rière pe­tit-fils d’im­mi­gré en France mais de Flandre où l’on est sou­vent blond, et… non, merde, c’est trop com­pli­qué. Merci Anne de nous pro­po­ser ce feuille­ton !

22)
Tris­tanb
, le 15.05.2008 à 22:39

Il y a eu beau­coup d’ini­tia­tives xé­no­phobes en Suisse, toutes re­fu­sées, et on pour­rait se dire que cette fois, si elle est ac­cep­tée, ce ne se­rait pas si grave, car tel­le­ment ex­tré­miste qu’elle se­rait in­va­li­dée par la cour eu­ro­péenne des Droits de l’Homme…

Oui mais, cette fois c’est vrai­ment grave, et je m’ex­plique:

– Tout d’abord elle ne s’at­taque pas au petit dea­ler bal­ka­nique ou afri­cain sans per­mis d’éta­blis­se­ment, mais bien à ceux qui ont fait l’ef­fort de s’in­té­grer, après de longues an­nées de per­mis C. Le mes­sage en­voyé à ces gens, en cas d’ac­cep­ta­tion, est ter­ri­fiant: «Vous avez gravi tous les éche­lons pour avoir le pas­se­port à croix blanche, mais nous, Suisses, nous avons le droit de ne pas vous aimer, de bien vous le faire sen­tir par des dé­ci­sions ar­bi­traires, et ac­ces­soi­re­ment de lut­ter pour la pu­reté de la race» (pour ceux qui n’au­raient pas saisi le sens de l’af­fiche ap­pe­lant à voter oui)

– La no­tion de dé­ci­sion po­li­tique concer­nant la na­tu­ra­li­sa­tion est tout aussi mons­trueuse: en dé­mo­cra­tie di­recte, le peuple vote des lois, élit des dé­pu­tés, mais n’im­pose pas le mode de vie et les choix des in­di­vi­dus. Ou alors c’est sans fin, ou pour­rait voter sur l’at­tri­bu­tion des di­plômes de mé­de­cin pour en li­mi­ter le nombre, voter le nombre d’an­nées de pri­son pour les cri­mi­nels, et j’en passe… Je constate hélas que cette vi­sion de l’at­tri­bu­tion de la na­tio­na­lité dé­passe les cercles de l’UDC, puisque notre conseiller d’Etat Leuba, li­bé­ral (hu­ma­niste?) s’est dé­claré sé­duit par cette idée, même s’il vo­tera non à l’ini­tia­tive…

– Enfin, l’im­pos­si­bi­lité de faire re­cours re­lève de la même lo­gique: il n’y a rien à ex­pli­quer, rien a jus­ti­fier, le peuple a rai­son. Si vous n’êtes pas content, re­tour­nez dans votre pays! Cette façon de pen­ser des mi­lieux UDC est ty­pique. Ils cherchent à dia­bo­li­ser l’ad­mi­nis­tra­tion comme étant anti-dé­mo­cra­tique, dans tous les do­maines: santé, for­ma­tion, culture, etc…

Il y a quelques temps, j’ai es­sayé de dis­cu­ter avec un mi­li­tant UDC. Débat im­pos­sible, il était per­suadé que le Conseil Fé­dé­ral était im­pli­qué dans un com­plot contre la Suisse, vi­sant à y faire venir des mil­liers d’étran­gers pour re­lan­cer la na­ta­lité, la consom­ma­tion, et bien sûr l’in­té­gra­tion de gré ou de force à l’Eu­rope cos­mo­po­lite.

En ce sens, je pense que la si­tua­tion est pire que dans les an­nées 70, lors de l’ini­tia­tive Schwar­zen­bach, car il me semble qu’à l’époque les ar­gu­ments tour­naient plu­tôt au­tour de la concur­rence sa­la­riale entre ou­vriers. Tan­dis que main­te­nant on est dans les fan­tasmes les plus dé­li­rants, rap­pe­lant assez les an­nées 30.

Tris­tan

23)
levri
, le 15.05.2008 à 23:00

@ Minos : Ta fa­mille a émi­gré au XVème du Tyrol vers la Lor­raine, OK, elle a sû­re­ment été bien ac­cueillie. ;)

… mais qu’en au­rait il été si elle avait fait par­tie d’un flot mi­gra­toire de 50 000 per­sonnes par exemple ?

… Tes “im­por­ta­tions” d’es­claves ont vrai­sem­bla­ble­ment été per­çues comme une in­va­sion au même titre que celle des Eu­ro­péens par les ha­bi­tants de cer­taines îles …

… Les im­mi­grants Hans du Tibet furent cri­ti­qués ré­cem­ment (ce sont des en­va­his­seurs qui ne res­pectent pas la culture du Tibet), par les mêmes qui trouvent “nor­mal” que nous ou­vrions li­bé­ra­le­ment nos fron­tières à ceux qui sont at­ti­rés par nos condi­tions de vie “su­pé­rieures”.

Je ré­pète, ce n’est pas si simple. ;)

24)
Spa­rhawk
, le 15.05.2008 à 23:06

Il est vrai qu’on pour­rait conce­voir la na­tu­ra­li­sa­tion par les urnes dans de pe­tites com­munes, où l’ef­fet in­verse du rejet pour­rait se pro­duire (comme avec Adem Sa­lihi , à Bas­sins), mais ce qui est in­ac­cep­table, c’est l’im­pos­si­bi­lité de re­cou­rir. Comme si le peuple avait tou­jours rai­son… N’ou­blions pas que la dé­mo­cra­tie est loin d’être par­faite et est par­fois, comme Des­proges le di­sait: “la pire des dic­ta­tures parce qu’elle est la dic­ta­ture exer­cée par le plus grand nombre sur la mi­no­rité”. Hit­ler et Mus­so­lini ont été élus dé­mo­cra­ti­que­ment, ainsi que G. W. Bush. Le sys­tème ac­tuel de na­tu­ra­li­sa­tion est déjà exi­geant: il faut qu’à la fois la com­mune, le can­ton et la Confé­dé­ra­tion donnent leur ac­cord. Et l’étran­ger ne doit pas avoir de ca­sier ju­di­ciaire, ce qui peut être par­fois in­juste. Ima­gi­nez un étran­ger qui dans sa jeu­nesse a fait quelques er­reurs, a été condamné à une pe­tite peine avec sur­sis. De­puis, jeu­nesse s’est pas­sée, il s’est as­sagi et vingt ans plus tard de­mande la na­tu­ra­li­sa­tion. Re­fu­sée à cause de ses er­reurs de jeu­nesse! Vous trou­vez cela nor­mal? Ar­ri­vant à la qua­ran­taine, j’en connais des gars de mon âge (suisses) qui au­tour de 20 ans ont fait les 400 coups et qui main­te­nant sont par­fai­te­ment in­té­grés et des ci­toyens res­pec­tables.

Il y a autre chose là der­rière: la po­pu­la­tion suisse ayant le droit de vote est ma­jo­ri­tai­re­ment à droite et près de 30% sont UDC. Qu’en est-il de la po­pu­la­tion étran­gère? Je n’ai pas de chiffres, mais il me semble qu’elle est ma­jo­ri­tai­re­ment de gauche. Or en leur don­nant le droit de vote, on ren­force la gauche. Voilà le pro­blème…

25)
Mirou
, le 16.05.2008 à 12:05

C’est un très joli ca­deau que vous nous faites là, Anne. Vi­ve­ment Di­manche !

Mon en­ve­loppe de vote est prête à par­tir à la poste. Pour une fois, un vrai “Nein­sa­ger” !

26)
Fran­çois Cuneo
, le 17.05.2008 à 08:12

Tris­tan, ex­cel­lente ar­gu­men­ta­tion. Merci.

27)
To­TheEnd
, le 17.05.2008 à 13:31

Bon, pas fa­cile de ré­agir au­jour­d’hui car j’ai une de ces gueules de bois… je vous dis que ça (post Ba­le­lec).

Ce sujet me touche puisque je suis éga­le­ment en­fant d’im­mi­gré, même pas né ici (Lis­bonne pour ceux que ça in­té­resse). J’avais 18 mois quand mes pa­rents se sont ins­tal­lés ici dans des cir­cons­tances par­ti­cu­lières.

Pour com­men­cer, il faut com­prendre que la Suisse – comme beau­coup de pays – a tou­jours compté pas mal d’étran­gers. Pour mieux vi­sua­li­ser ce que j’af­firme, voici un gra­phique qui ré­sume le pour­cen­tage d’étran­gers en Suisse de­puis 1900:

Pour par­ler chiffres deux se­condes et re­mettre les choses dans leur contexte, la Suisse compte au­jour­d’hui 7.5 mil­lions d’ha­bi­tants dont 1.55 mil­lions d’étran­gers.

Comme tout le monde peut le voir, le phé­no­mène d’avoir des étran­gers en Suisse n’est pas nou­veau… il a tout sim­ple­ment été am­pli­fié ces der­nières an­nées à cause des conflits qui ont eu lieu non loin de chez nous et qui ont for­te­ment in­fluencé les flux mi­gra­toires.

Par exemple, les res­sor­tis­sants You­go­slaves étaient, dans les an­nées 90, 100’000 (c’était 10% des étran­gers). Au­jour­d’hui, avec l’écla­te­ment de ce pays et les guerres qui s’y sont dé­rou­lées, la Suisse compte pra­ti­que­ment 330’000 Croates, Bos­niaques, etc. A ce jour, l’en­semble de ces com­mu­nau­tés re­pré­sente 22% des étran­gers… ce qui en fait, ma­thé­ma­ti­que­ment, la pre­mière com­mu­nauté étran­gère du pays même si les Ita­liens res­tent, théo­ri­que­ment, la pre­mière com­mu­nauté étran­gère avec 19% du total des étran­gers (en baisse constante de­puis 10 ans).

Comme beau­coup de pays, ça fait long­temps que la Suisse voit sa dé­mo­gra­phie aug­men­ter grâce aux étran­gers.

Glo­ba­le­ment, un pays évo­lue grâce aux in­fluences des étran­gers. Par exemple, au­jour­d’hui on trouve des res­tau­rants ita­liens dans tous les coins… et pro­ba­ble­ment que bon nombre de membres de l’UDC aiment man­ger ita­lien. Dans les an­nées 60, je pense que beau­coup de membres de par­tis ex­tré­mistes de droite au­raient pré­fé­rés se sui­ci­der que de man­ger ita­lien.

Ce n’est qu’un exemple mais il re­flète bien les as­pects po­si­tifs qu’une com­mu­nauté peut ap­por­ter à une autre com­mu­nauté en se mé­lan­geant.

L’UDC est mal­adroit et ai­me­rait que le pays se ren­ferme sur lui-même comme si ce fai­sant, ça al­lait ré­gler tous nos pro­blèmes. C’est bien mal com­prendre nos pro­blèmes ac­tuels ainsi que ce qui dé­cou­le­rait d’un tel ren­fer­me­ment. La so­lu­tion se­rait cer­tai­ne­ment pire que le mal (pour peu qu’il y ait un mal dans la pré­sence d’étran­gers sur notre sol).

Ceci dit, la Suisse à elle seule ne peut pas ré­gler tous les flux mi­gra­toires ré­gio­naux ou in­ter­na­tio­naux. Elle doit donc mettre à jour sa lé­gis­la­tion en ma­tière de ges­tion des étran­gers et je pense que c’est un pro­ces­sus nor­mal qui doit avoir lieu avec un maxi­mum de ri­gueur et de sé­ré­nité.

Cette ré­flexion ne peut pas venir d’un parti qui est géré par une bande de gui­gnols avec un cer­veau aussi dé­ve­loppé que mon chien quand il voit de la nour­ri­ture à por­tée de sa bouche.

Enfin, je dis ça d’au­tant plus li­bre­ment que main­te­nant que je voyage énor­mé­ment, je suis en me­sure de com­pa­rer dif­fé­rents pays et leurs mé­thodes d’in­té­gra­tion des étran­gers. C’est très in­té­res­sant et ça fait ré­flé­chir à notre si­tua­tion.

Ne re­pro­dui­sons pas les er­reurs de nos voi­sins et ne voyons pas les étran­gers comme un “pro­blème” ou un “dan­ger” pour la culture suisse mais bien comme une op­por­tu­nité pour notre évo­lu­tion.

T

28)
levri
, le 17.05.2008 à 13:58

@ To­TheEnd : en France nous avons aussi du côte de 20 % “d’étran­gers” (étran­gers ou issus de fa­milles dont au moins un des pa­rents est étran­ger) la moi­tié issue de res­sor­tis­sants Eu­ro­péens (en di­mi­nu­tion), l’autre prin­ci­pa­le­ment d’Afrique du Nord. (je dis ça de mé­moire)

heu … tu trouves que c’est une évo­lu­tion toi que la France soit le plus gros consom­ma­teur de piz­zas par tête d’ha­bi­tant ? :D

29)
mff
, le 19.05.2008 à 12:27

Merci Anne :)

Je vais aller ache­ter le livre, il est plus pra­tique pour moi de lire les pieds en l’air ;)

_PS: pour le site: Il est tout en “ca­fouillis” :(

je l’aie retouchée comme j’ai pu :(    Je me dis que souvent qu’il faut que je me
mette à tricoter du HTML pour le refaire mais cela ne va pas plus loin :(

Mon “fai­seur de site pré­féré” a suc­combé au crabe :(((((((

30)
pi­ke­re­plik
, le 24.05.2008 à 22:35

Bon­jour,

J’ai été suf­fi­sam­ment tenté : j’ai tout sim­ple­ment acheté la ré­édi­tion de ce livre, que je viens de com­men­cer de lire. Il fau­dra que je re­vienne pour ré­agir ! En at­ten­dant, et vu qu’il y a eu des ré­flexions sur les chiffres en rap­port avec le débat sur les na­tu­ra­li­sa­tions, je ne peux que sou­hai­ter que vous ve­niez voir le petit ar­ticle que j’ai écrit pour re­mettre en cause les sta­tis­tiques dif­fu­sées par l’UDC : http://​pikereplik.​unblog.​fr/​2008/​05/​02/​ludc-et-ses-statistiques/​

A bien­tôt

Dani

31)
nic
, le 17.07.2008 à 16:59

ça y est! j’ai acheté hier le livre chez payot, en vue d’une se­maine à la mer! j’ai re­sisté de­puis le 15 mai, quand tu as an­noncé la pu­bli­ca­tion, et je n’ai pas lu ici sur cuk! je me re­jouis de le lire les pieds dans l’eau salée, en ita­lie

merci

ciao, n

32)
nic
, le 17.07.2008 à 17:08

je veut juste ra­jou­ter que je n’ai pas lu ici sim­ple­ment parce que je pre­fere avoir un livre à lire sous le pa­ra­sol avec une carte pos­tale comme marque page. mais je trouve que c’est une tres bonne ini­tia­tive de pu­blier en forme de feuille­ton sur cuk!

ciao, n

33)
pi­ke­re­plik
, le 30.07.2008 à 14:55

Lu et ap­prouvé ! J’aime beau­coup ce livre… J’en­vi­sage de le faire lire à mes élèves (très ac­tuel !)