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La visite du fringant monsieur — et quelques questions

Vous l’aurez peut-être compris au titre de cette humeur: elle est destinée à poser un problème. Il n’y a pas ici un couperet qui tombe. Je m’interroge, et j’ai eu envie de partager mon interrogation, parce que finalement, on est mieux à beaucoup pour réfléchir à certaines choses.

Bon, alors. On se transporte à Andermatt. A quoi?, diront certains d’entre vous. Eh bien Andermatt, c’est un village des Alpes, sur la route du Gothard, dans la vallée d’Ursern qui se trouve dans le canton d’Uri.

Soit dit en passant, Uri, c’est (avec Schwyz et Unterwald) un des trois cantons dits primitifs de Suisse. C’est ici que les intrépides montagnards se sont soulevés contre les seigneurs féodaux en 1291, et se sont unis. Il y a eu toute l’histoire (ou la légende) de Guillaume Tell, que je ne vais pas vous raconter dans le détail, vous en connaissez plus ou moins les grandes lignes, sinon je vous conseille de jeter un coup d’œil à http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Tell: que Tell ait été histoire ou légende, ce qui est sûr c’est qu’il y a eu un pacte d’assistance mutuelle et qu’autour de ce pacte et de ces trois petits pays sont venus s’agglutiner d’autre petit pays, qui ont constitué la Suisse d’avant 1798.

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Le pacte de 1291 entre les 3 cantons primitifs. Il est conservé aux Archives fédérales suisses.

Uri est devenu un passage très fréquenté, c’était la route du sel et d’autres marchandises; rien n’a changé de ce point de vue-là: autoroutes, chemin de fer (voyageurs et marchandises), il passe un train à travers Uri toutes les quelques secondes, et plusieurs milliers de voitures par heure. Mais bon, il y a encore quelques coins relativement tranquilles (je dis relativement, car dans mon expérience, on entend le bruit de la circulation de presque partout).

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Voici la vallée d’Ursern à vol d’oiseau. Andermatt est au centre. La ligne orange, c’est l’autoroute. On quitte le train à Göschenen, et on y arrive en quelques minutes.

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Et voici une vue hivernale prise au-dessus du village.

Andermatt, dans l’Ursnertal (ou vallée d’Ursern), est aujourd’hui un village pittoresque, un lieu de vacances pour bourses modestes: 520 lits, entre 75,00 et 135.00 francs suisses par nuit (50 à 90 €), et, pas très loin, des pistes de ski, de VTT, de bob, etc. Jusqu’à il y a peu, l’Armée suisse y avait une caserne et diverses installations. Avec le redimensionnement des armées auquel on assiste ici comme un peu partout en Europe, cette caserne a été fermée, et pas mal de gens se sont retrouvés sans travail.

La visite de la vieille dame...

LE DEUXIÈME: Même les trains ne s’arrêtent plus ici.

LE TROISIÈME: Nous sommes ruinés.

LE QUATRIÈME: L’usine Wagner a fait faillite

LE PREMIER: Bockman a fait banqueroute.

LE DEUXIÈME: La cabane Une-place-au-soleil a fermé.

LE TROISIÈME: On vit des allocations chômage.

LE QUATRIÈME: De la soupe populaire.

LE PREMIER: On vit?

LE DEUXIÈME: On végète.

LE TROISIÈME: On crève.

LE QUATRIÈME: Toute une localité.

Vous croyez que je vous parle d’Andermatt? Non, on n’en est pas encore là. Même si, à en entendre certains, on pourrait le penser. D'abord, ce n’est pas moi qui parle, mais Friedrich Dürrenmatt, dans La Visite de la vieille dame: une riche milliardaire manifeste son intention de secourir un bled sinistré. Elle va résoudre tous leurs problèmes.

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La vieille dame est arrivée dans la ville sinistrée

(Andrée Lachapelle, la vieille dame de la mise en scène actuelle du Théâtre du Rideau vert, Montréal, Canada)

Elle vient. Une bonne partie de la population fait allégeance. Puisqu’elle va payer, on lui fera plaisir. Ça ne coûte pas grand-chose, puisque de toute façon, c’est elle qui paie. 500 millions pour retaper la ville, et 500 distribués à la population.

et celle du fringant milliardaire

Il a débarqué à Andermatt en septembre dernier. Les gens d’Andermatt craignaient pour leur avenir? Ils avaient tort, il s’occuperait de tout. L’armée vendait ses terrains au plus offrant. Pro Natura aurait voulu en faire une réserve naturelle, mais n’offrait pas assez. L’Armée suisse (l’État fédéral, en somme) a refusé. Le milliardaire égyptien Samih Sawiri a surenchéri, l’Armée suisse (l’État fédéral, donc) lui a vendu les terrains. M. Sawiri a fait des promesses mirobolantes: un golf de 18 trous, une piscine, des hôtels cinq étoiles, des maisons de vacances luxueuses, des milliers de lits, des touristes riches qui viendraient ici dépenser des millions, deux mille emplois. Il a l’expérience, il a déjà fait surgir des cités touristiques du désert.

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Samih Sawiri, le fringant milliardaire qui va “sauver” la vallée d’Ursern, en la transformant en destination de luxe.

Au début, il lui fallait 600’000 m2 pour réaliser son projet: plusieurs hôtels de 8 étages, une centaine d’appartements de vacances. Les autochtones se sont dit que cela paraissait possible. Quelques mois après, il lui en fallait un million. Aujourd’hui, tout bien réfléchi, il lui en faut 1,4 million de m2. À prendre ou à laisser.

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Voilà le projet tel qu’il était à la fin de l’été. Zone 1, le golf; zone 2, les appartements; zone 3, les hôtels. Au centre en rouge, la gare, et tout en bas le village actuel.

Et c’est là qu’interviennent les problèmes. Dans l’abstrait, tout est parfait, mais lorsque ça devient concret… Impossible de transformer la vallée en luxueux paradis de vacances avec un golf immense, et de continuer à cultiver la terre.

Résultat: deux camps, très inégaux d’ailleurs.

D’un côté les politiques, les édiles, et une partie de la population (impossible pour l’instant de déterminer un pourcentage). Génial, la vallée va enrichir tout le monde, c’est leur leitmotiv. Le Conseil fédéral va jusqu’à permettre une entorse à la loi sur l’acquisition d’immeubles et de terrains par les étrangers, et accepte que M. Sawiri achète tout et revende par la suite à des touristes du monde entier. Les politiques, parmi lesquels même des Verts, et même M. Blocher, ministre de la Justice et figure de proue du parti le plus xénophobe de Suisse, voient d’un œil favorable cette vente à un investisseur étranger “dans l’intérêt du pays”.

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Voici un plan de coupe des constructions: à droite les hôtels (maximum: 8 étages), devant eux les hôtels plus bas et les maisons et appartements de vacances.

Tous ces gens se répandent partout, on a l’impression que c’est acquis, les médias se sont largement fait écho de l’allégresse générale, on se serait cru au dernier acte de La Visite de la vieille dame, vous savez, là où les citoyens chantent en cœur:

Que Dieu garde nos avoirs bénis, qu’il protège

La paix, qu’il préserve la liberté.

Éloigne-toi, ô nuit, n’assombris plus notre cité

Qui a resurgi plus belle qu’elle n’était,

Et que le bonheur nous amène la félicité.

En face, il y a les réticents. Ils ne disposent pas, du moins pour l’instant, d’une organisation ou d’un outil de communication performants - et en plus, ils font l’objet de pressions terribles. Si un seul des propriétaires actuels de terrains refuse de vendre, ce sera le fossoyeur de la vallée, maudit aux siècles des siècles — car au premier refus, il a averti, M. Sawiri plie bagage.

Prenez le médecin qui a écrit dans un journal régional un article vengeur, dont le titre résume tout: “Les paysans demandent, M. Sawiri exige.” Il a reçu des menaces de mort.

Dans les réunions auxquelles M. Sawiri a participé, le doute s’est néanmoins installé, par exemple après un échange du genre:

PAYSAN: Et qu’est-ce que je fais, une fois que je vous ai vendu mes champs?

M. SAWIRI: je vous engage pour entretenir le gazon du golf.

Ce n’est pas précisément la réponse qui fait plaisir à un paysan de montagne dont la famille vit sur cette terre-là depuis des générations, qui se sent en quelque sorte l’héritier de ceux qui ont fait la Suisse, si vous voyez ce que je veux dire. Et si vous allez vous promener à Andermatt ces jours, les gens vous disent, étonnamment souvent mais confidentiellement, parce qu’ils ont peur des “pour”, qu’ils ne veulent pas perdre leur vallée. Avec plusieurs hôtels Cinq étoiles, des appartements de luxe, la physionomie, l’esprit du lieu changeraient du tout au tout.

Oui, bon, “il” a promis deux mille emplois. Pour les gens de la vallée? Ils en doutent. Quelques-uns, peut-être, mais pas trop. En tout cas, ça commence mal, comme me le fait remarquer quelqu’un: alors que des architectes suisses réalisent des projets grandioses dans le monde entier, M. Sawiri estime qu’aucun d’entre eux ne serait capable de projeter son grand ensemble touristique en Suisse même: il va en confier le projet à un bureau d’architectes en Malaisie.

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Le projet est confié à un bureau d’architecte de Kuala Lumpur, plus habitué à des ensembles dans les grands espaces que dans une vallée comme celle où se trouve Andermatt. Un exemple…

Pas de problème, je paie

Il y a eu des réunions, auxquelles diverses organisations (sauvegarde de la nature, circulation, pollution etc.) ont soulevé des objections. À chacune, M. Sawiri répondait: pas de problème, je paie. La route est insuffisante? On trouvera une solution, je paie. L’air risque d’être pollué? Pas du tout, on construira écolo, je paie. Bien entendu, M. Sawiri dit aussi qu’une chose est claire: en dernière analyse, le “chef d’orchestre”, comme il dit, c’est lui.

Bref, les habitants ordinaires de la vallée d’Ursern réalisent peu à peu que leur fringant milliardaire aussi, veut quelque chose en échange. Un peu comme la vieille dame de Dürrenmatt qui, contre le milliard qu’elle donnait, et qui faisait d’elle le chef d’orchestre, exigeait qu’on assassine un homme. Lui, c’est 1,4 million de m2 de terrain, des hôtels de huit étages et des appartements de vacances.

Questions

Je suis d’accord, mon exposé est factuel, mais pas neutre. J’ai des doutes.

Précisons d’emblée que le parallèle avec La Visite de la vieille dame n’est pas de moi, il vient apparemment tout naturellement sous la plume de pas mal de critiques de langue allemande.

La question que je me pose et que je voudrais mettre en débat est: faut-il vraiment bétonner une vallée pour que des capitaux puissent éventuellement rendre du bénéfice? Pour que ce coin familial devienne une station hyperchic à des prix inabordables? Faut-il vraiment construire des appartements de vacances qui, on le voit aux Grisons qui essaient depuis quelque temps désespérément de lutter contre la tendance, seront vides les trois quarts de l’année? Sont-ils nécessaires?

Un Sawiri, par ailleurs homme sympathique et aimable, ne pourrait-il pas plutôt construire … je ne sais pas, des écoles pour enfants illettrés dans les favelas, des hôpitaux à Haïti, des puits dans les régions sinistrées du Sahara - ce ne sont que des exemples.

Faut-il vraiment que les milliards continuent à rapporter à tout prix? Je sais, ma question est naïve. Dans Mains basses sur la ville, Francesco Rosi exprimait en une image la loi inexorable du capital: “L’argent n’est pas une chose inerte”, faisait-il dire à un de ses personnages, “c’est un cheval fougueux qu’il faut nourrir tous les jours.” Par quoi il entendait que le capital doit se multiplier constamment.

Les altermondialistes parlent de shareholders (actionnaires) qu’ils opposent aux stakeholders (les personnes concernées). La globalisation met chaque jour en évidence que les lois qui régissent la finance (et en partie la politique) favorisent les shareholders et négligent les stakeholders. Mais ces lois-là sont-elles vraiment immuables? Elles ne sont pas descendues du ciel: ne pourrait-on pas imaginer une règle qui exigerait que les très riches dépensent pour le bien des autres sans vouloir faire du bénéfice à tout prix, dans des investissements qui profitent au bien commun? La question ainsi formulée, on le remarquera j’espère, est encore loin des exigences collectivistes des maoïstes et autres extrémistes du communisme, qui prétendaient “socialiser toute la plus-value”. Je ne conteste même pas sa richesse au type qui est capable de s’enrichir, ou qui a hérité d’une fortune: je me demande seulement s’il n’arrive pas un moment où il pourrait s’arrêter.

En dernière analyse, cependant, je considère que la responsabilité d’Andermatt n’incombe pas tant à M. Sawiri qu’à l’État fédéral, qui se décharge sur lui (et sur l’économie privée) d’une responsabilité qui est indubitablement la sienne. Ne pourrait-on pas exiger cet État auquel la vallée d’Ursern a longtemps été utile, dont on peut même dire qu’il l’a longtemps exploitée, qu’il ne l’abandonne pas, et ne la pousse pas dans les bras d’un investisseur qui, quelles que soient ses bonnes intentions, va forcément la dénaturer?

Je suis sûre que pas mal d’entre vous me diront que mes questions sont naïves et irréalistes. Peut-être. Mais il n’est jamais interdit de rêver.

Et soyons clairs: d’une part, dans ce questionnement, la vallée d’Ursern et Andermatt ne sont finalement qu’un exemple. Et d’autre part, ce n’est pas le fait que l’investisseur soit égyptien qui est en cause. Tout au plus est-on en droit de penser qu’un homme qui vient d’un pays chaud ne se rend peut-être pas vraiment compte des réalités d’une vallée alpine comme celle-là. C’est bien le principe, que je mets en débat. Si l’investisseur était suisse, ce serait — en ce qui me concerne — du pareil au même.

13 commentaires
1)
rollon
, le 18.10.2006 à 02:24

Chère Anne, Sawiri est l’homme le plus riche d’Egypte où il possède des biens à côté desquels la vallée suisse n’est qu’un lopin. Pourquoi n’investit-il pas en Egypte ? Parce qu’il a déjà presque tout ! Alors pourquoi la Suisse ? Parce que Moubarak ne va pas bien, que l’Egypte est exsangue et que la succession ne se fera pas dans la douceur … Alors il met ses billes dans un pays sûr et ne vous y trompez pas quand Sawiri décide une chose ça se fait … !

2)
lol.973
, le 18.10.2006 à 04:39

Bravo pour cet article, qui devrait encore faire réagir!! Questions naïves? Peut-être, mais il est bon qu’il existe des rêveurs et des idéalistes pour faire avancer les autres dans une nouvelle direction.

Cette histoire m’a rappelé, dans une moindre mesure, l’histoire d’Alain Prost qui voulait son golf, pas loin de Sainte-Croix, balcon du Jura, et qui s’est fait proprement jeté par les habitants! Non, l’argent ne doit pas pouvoir tout acheter! Ce serait trop triste!

Et cela me rappelle encore, l’histoire que je suis en train de vivre, d’une multinationale canadienne (Cambior, pour ne pas la nommée, qui change souvent de nom car rachetée par d’autres de nombreuses fois) qui souhaite faire une mine d’or en Guyane, au coeur d’un massif forestier amazonien encore préservé. Bien sûr l’état a laissé faire, voire favorisé tout cela (vente de terrain à prix “sacrifié”, spoliation de terres dévolues à une communauté amérindienne…). Bien sûr on promet pas ou peu de pollution, des emplois (les chiffres varient, environ 300), que des avantages, sans problème autre que la destruction d’un bout de forêt tropicale! Beaucoup de gens disait : “de toute façon l’état en pour, alors à quoi bon!” Et d’autres ont bougé, mobilisé du monde, si bien que même les élus locaux au départ plutôt favorables, sont devenus des opossants au projet. Et récemment l’Etat français à demandé à la société de revoir sa copie!! Personne n’y croyait il y a un ou deux ans! L’Etat n’a pas osé dire non, car comme ils ont laissé faire, la société les menace de se retourné contre l’Etat pour être dédommager.

Bref, oui il faut réagir, oui il faut rêver, oui il faut résister à ces gens qui arrivent avec du pognon et qui ce croient tout permis, les lois sont faites par les hommes elles devraient l’être pour le bien commun des hommes! Naïf? Et alors, parfois j’ai besoin de rêver pour sortir un peu la tête de l’ambiance nauséuse d’une partie du monde qui nous entoure. Merci encore pour ce texte!

3)
Okazou
, le 18.10.2006 à 08:02

Quand un maître du monde frappe à la porte, il l’enfonce.

Apparemment, un projet de loisirs populaires soutenu par la présence de quelques petites entreprises pour assurer le lien avec l’été auraient suffi à sortir cette petite commune de son marasme. Peu d’efforts pour le gouvernement suisse, s’il menait une politique de développement intelligente et volontaire.

Que dire sinon que le véritable caractère des gens de la région (et au-delà) va se révéler dans cette épreuve qui n’est, au fond, qu’un grand test de moralité publique.

Le coin est beau, il faut y interdire le béton, c’est sûr. Cela me rappelle la lutte des Bretons contre les projets de marinas (sortes de ports artificiels bordés d’immeubles de luxe les pieds dans l’eau) que les promoteurs, poussés par leurs « succès » dans le sud de la France, voulaient leur imposer. Résultat des courses, il n’y a pas de marinas en Bretagne.

Il n’est pas très dificile de bloquer un projet aussi fou. Si l’union faisait la force (têtue) en Bretagne contre les marinas, une autre expérience a vu également la victoire de la raison sur la bêtise : le Larzac.

L’armée française (vous savez, celle qui n’a jamais gagné une guerre depuis Napoléon !) avait décidé d’imposer un camp d’entraînement sur le plateau du Larzac en l’étendant pour l’entraînement des chars et le tir réel. Pour ce faire, il fallait expropier les éleveurs de brebis (lait pour le roquefort) en leur rachetant leurs terres. Malheureusement pour l’armée, ils n’ont jamais pu le faire car les terres convoitées ont été artificiellement divisées en parcelles et vendues à une floppée de particuliers, d’associations militantes. Par exemple, Le Canard enchaîné , qui n’est pas réputé pour son militarisme, en a acheté un lot qui comprenait… une mare. pour barbotter. C’est aussi le moment choisi par José Bové, une vingtaine d’années à l’époque et en rupture de service militaire (insoumis ?) pour s’installer avec sa belle dans une ferme pour y élever ses brebis. Il y est encore. Cette multiplication de propriétaires de parcelles rendait toute expropriation impossible au vu du nombre de procès que l’armée aurait dû alors mener. CQFD.

Résister n’est jamais impossible. Encore faut-il le vouloir.

Ceux qui cèderont leurs biens à Andermatt au maître du monde devront s’expatrier ou vivre comme des citoyens de seconde zone pour ne pas gêner le bourgeois qui prendra possession du territoire et ne tolèrera pas longtemps la présence d’indigènes qui ne seront jamais de leur monde. Domestiques tolérés.

Le monde n’est pas une marchandise.

4)
Franck_Pastor
, le 18.10.2006 à 08:23

Avez-vous lu “Une soupe aux herbes sauvages”, d’Émilie Carles ? Magnifique livre, autobiographie brute de décoffrage de la vie d’une institutrice de la région de Briançon. À un moment donné, elle relate la défense de sa vallée natale, la vallée de la Clarée, jusqu’alors préservée dans sa ruralité, contre le projet de l’élargissement de la route qui la traverse. Ça en aurait fait une simple vallée de passage, comme la sinistre Maurienne… La grande majorité des habitants se sont ligués contre ce projet, contre l’avis des maires et décideurs. Et ce sont les habitants qui ont gagné, ouf ! C’était dans les années 70, et maintenant encore la vallée de la Clarée est tenue à l’écart d’un trafic trop dense, pourvu que ça dure.

Tout ça pour montrer qu’Andermatt, si elle ne se laisse pas faire, peut contracarrer ces projets ahurissants. Il y a eu des précédents !

5)
Joël (exGlimind)
, le 18.10.2006 à 09:53

Superbe article!

J’espère que cette vallée va y réfléchir à deux fois avant de se plier aux souhaits du promoteur. “À prendre ou à laisser”, c’est le genre de proposition qui fait peur et qui tend à prouver le faible intérêt pour la vallée de l’investisseur…

Glimind

6)
Bigalo
, le 18.10.2006 à 09:56

Et cela me rappelle encore, l’histoire que je suis en train de vivre, d’une multinationale canadienne (Cambior, pour ne pas la nommée, qui change souvent de nom car rachetée par d’autres de nombreuses fois) qui souhaite faire une mine d’or en Guyane, au coeur d’un massif forestier amazonien encore préservé.

Tu vis en Guyane, ou tu es concerné d’une autre façon ?

Il y avait un article hier sur la Guyane dans le Monde : Le futur parc amazonien de Guyane pris par la fièvre de l’or.

Cela ne concerne pas le projet de mine de Cambior.

Ce n’est pas non plus la même situation qu’Andermatt, mais c’est tout aussi inquiétant.

7)
drazam
, le 18.10.2006 à 16:28

Merci Anne pour ce point de vue, qui rassure-toi est sans doute largement partage quelque la tendance politique. Et comme on le voit, des exemples de ce genre il y en a partout, mais comme le dit Okazou des resistances egalement, fort heureusement. Non, l’argent n’est pas tout. J’en profite Anne pour te dire que j’ai enfin regarde avec plaisir mon premier reportage de toi pour TSR sur la Coree du Nord… sur TV5 Monde a 8000 km ! D’ou ma non-ponctuation, mais ca fera l’objet de prochaines humeurs, si Francois m’y autorise.

8)
marcdiver
, le 18.10.2006 à 18:49

Cet article intéressant m’incite à une comparaison : je vais régulièrement en Egypte plonger. Et la plupart des clubs sont tenus par des Européens, lesquels encaissent l’argent des touristes européens, tout en employant des Egyptiens comme guide de plongée (parfois), équipage de bateaux ou travailleurs dans le club. Je me suis fait la comparaison que si nos lacs suisses étaient des sites réputés dans le monde entier pour la plongée (bon, là je sais que je suis en pleine science-fiction !), nous aurions de la peine à accepter d’être les employés de clubs tenus en grande partie par des étrangers. Cela donne l’impression que les étrangers sont plein d’argent, que ce sont eux qui exploitent les richesses naturelles du pays, et cela peut conduire à un sentiment de revanche qui peut, au pire, amener certaines situations chaotiques bien connues dans notre monde actuel. Qu’on ne se méprenne pas : je n’ai absolument rien contre le fait qu’un Egyptien ou un Vénusien veuille édifier un complexe en Suisse. Cela ne change rien pour moi qu’il soit Suisse ou non. Mais il me semble que les personnes qui ont le plus le droit de donner leur avis sur le type de développement de leur région, ce sont les gens de la vallée, non ? Et malheureusement, si la pression de l’argent est trop forte, nous retrouvons un système comparable à celui que j’ai décrit plus haut, un système où celui qui possède l’argent fait la loi… Les gens de la vallée pourront-ils décider démocratiquement ? les pressions semblent déjà très fortes !

9)
zitouna
, le 18.10.2006 à 20:56

Très intéressant article, et oui, à ce niveau là, quoi ça peut bien servir d’accumuler tout ce pogon qu’”on” n’aura de toute façon pas le temps de dépenser?
Je viens de discuter avec un jeune chercheur qui me posait la question:
“Combien crois tu qu’il gagne, mon chef?” à quoi je lui répondais par une question me demandant de préciser quelles étaient ses fonctions.
“Il est chef de service à l’hopital, directeur de recherche, professeur à la fac de médecine, directeur d’une structure gouvernementale dépendant du ministère de la santé publique, il vient d’être nommé à la tête d’une commission d’étude, toujours au même ministère, et en plus, il est “shareholder” d’une boîte qui commercialise les médicaments issus des recherches mentionnées plus haut.”
Ce à quoi, je répondais qu’il devait être dans une fourchette de 20-30000 € mensuels (pile-poil;o). Et il me dit:
“Tu vois, ce qui m’énerve le plus, c’est qu’il ne fait rien, ce mec, il ne travaille pas, il est tout le temps en réunion, à droite à gauche, mais aucun boulot: il n’a pas le temps! Pourquoi ces six (six!) emplois à temps plein, ne vont-il pas à six personnes, de sorte que le travail payé (en grande partie par l’argent de nos impots) soit réellement effectué? Quand un “salop de pauvre” ne fait pas le travail pour lequel il est (modérément, faut pas exagérer, non plus) rémunéré, il est viré (faut pas déconner, non plus, c’est pas parce qu’il est mal payé qu’il ne faut rien faire).

z Quel monde formidable, on vit vraiment un époque formidable (je n’ai jamais dit que c’était mieux avant.)

10)
twautele
, le 19.10.2006 à 11:35

Content de lire que les Suisses croient encore au père Noël.

Thierry

11)
popeye
, le 20.10.2006 à 16:56

Quelques remarques dans le désordre:

– la ligne orange marquée A2 sur la vue du ciel est le tunnel du Gothard, à des centaines de mètres de profondeur… c’eût-été utile de le préciser quand même, vu la balafre que cela fait à travers l’image… – Il serait aussi intérassant de connaître la plus-value que ces mêmes paysans de montagne font sur la vente du terrain devenu soudain constructible… Je n’ai rien contre eux, bien au contraire car j’habite également en montagne, mais n’oublions pas qu’ils sont les premiers bénéficiaires des aides fédérales à l’agriculture! – Les 2000 emplois promis par le promoteur, même si ce ne sont pas des Suisses uniquement qui seront engagés, c’est quand même 2000 emplois. Peu de projets peuvent en créer autant. Vous me direz que la plupart seront de pauvres étrangers qui seront payés au lance-pierre. Et alors? Ce n’est pas mieux que de n’avoir rien du tout et de dépendre d’une quelquonque aide humanitaire? – Pour pouvoir financer “des écoles pour enfants illettrés dans les favelas, des hôpitaux à Haïti, des puits dans les régions sinistrées du Sahara”, il faut aussi avoir des projets qui rapportent! et vu les besoins, qui rapportent plutôt bien si possible! Si nous étions tous pauvres (ou même classe moyenne), le montant des dons aux humanitaires seront nettement plus faibles. Sans les “high-end” (les super-riches), beaucoup d’ONG ne vivraient pas. Cessons ce vieux combat de lutte des classes qui n’a jamais rien apporté (pitié, ne me parlez pas des congés payés et autres 35 heures obtenus ainsi). – Andermatt doit-il devenir un mini-Dubai des montagnes? Je n’ai pas la prétention de le savoir. Je suis même sceptique sur la viabilité économique de ce projet. Mais les combats d’écolos d’arrière-garde qui brandissent la menace de disparition de telle grenouille à points blancs et autres mouches à poils ou que sais-je d’autres encore et qui ne vivent que dans les marais d’Andermatt, me paraissent inutiles. Pour celui qui est déjà passé par là-bas (merci l’armée), il est évident qu’a court terme (géologiquement parlant), une grande partie de la montagne va tomber en éboulements et recouvrir ces marais et étangs de plusieures centaines de mètres de roche et de boue. Je ne donne pas cher de la survie de ces espèces de toute manière. – enfin, pour abonder dans votre sens, c’est inquiétant de voir le clientélisme qui se développe au niveau du gouvernement. Bien que je pense que la Confédération n’ait trouvé que ce moyen pour venir en aide à une population qu’elle a dû lacher. Conséquences de toutes les mesures d’économies imposées surtout par la gauche à l’armée… Pardon, c’est un autre débat.

Je vous avais bien dis que c’est dans le désordre. Merci pour votre indulgence.

12)
popeye
, le 20.10.2006 à 16:57

Quelques remarques dans le désordre:

– la ligne orange marquée A2 sur la vue du ciel est le tunnel du Gothard, à des centaines de mètres de profondeur… c’eût-été utile de le préciser quand même, vu la balafre que cela fait à travers l’image… – Il serait aussi intérassant de connaître la plus-value que ces mêmes paysans de montagne font sur la vente du terrain devenu soudain constructible… Je n’ai rien contre eux, bien au contraire car j’habite également en montagne, mais n’oublions pas qu’ils sont les premiers bénéficiaires des aides fédérales à l’agriculture! – Les 2000 emplois promis par le promoteur, même si ce ne sont pas des Suisses uniquement qui seront engagés, c’est quand même 2000 emplois. Peu de projets peuvent en créer autant. Vous me direz que la plupart seront de pauvres étrangers qui seront payés au lance-pierre. Et alors? Ce n’est pas mieux que de n’avoir rien du tout et de dépendre d’une quelquonque aide humanitaire? – Pour pouvoir financer “des écoles pour enfants illettrés dans les favelas, des hôpitaux à Haïti, des puits dans les régions sinistrées du Sahara”, il faut aussi avoir des projets qui rapportent! et vu les besoins, qui rapportent plutôt bien si possible! Si nous étions tous pauvres (ou même classe moyenne), le montant des dons aux humanitaires seront nettement plus faibles. Sans les “high-end” (les super-riches), beaucoup d’ONG ne vivraient pas. Cessons ce vieux combat de lutte des classes qui n’a jamais rien apporté (pitié, ne me parlez pas des congés payés et autres 35 heures obtenus ainsi). – Andermatt doit-il devenir un mini-Dubai des montagnes? Je n’ai pas la prétention de le savoir. Je suis même sceptique sur la viabilité économique de ce projet. Mais les combats d’écolos d’arrière-garde qui brandissent la menace de disparition de telle grenouille à points blancs et autres mouches à poils ou que sais-je d’autres encore et qui ne vivent que dans les marais d’Andermatt, me paraissent inutiles. Pour celui qui est déjà passé par là-bas (merci l’armée), il est évident qu’a court terme (géologiquement parlant), une grande partie de la montagne va tomber en éboulements et recouvrir ces marais et étangs de plusieures centaines de mètres de roche et de boue. Je ne donne pas cher de la survie de ces espèces de toute manière. – enfin, pour abonder dans votre sens, c’est inquiétant de voir le clientélisme qui se développe au niveau du gouvernement. Bien que je pense que la Confédération n’ait trouvé que ce moyen pour venir en aide à une population qu’elle a dû lacher. Conséquences de toutes les mesures d’économies imposées surtout par la gauche à l’armée… Pardon, c’est un autre débat.

Je vous avais bien dis que c’est dans le désordre. Merci pour votre indulgence.

13)
popeye
, le 20.10.2006 à 16:58

Quelques remarques dans le désordre:

– la ligne orange marquée A2 sur la vue du ciel est le tunnel du Gothard, à des centaines de mètres de profondeur… c’eût-été utile de le préciser quand même, vu la balafre que cela fait à travers l’image… – Il serait aussi intérassant de connaître la plus-value que ces mêmes paysans de montagne font sur la vente du terrain devenu soudain constructible… Je n’ai rien contre eux, bien au contraire car j’habite également en montagne, mais n’oublions pas qu’ils sont les premiers bénéficiaires des aides fédérales à l’agriculture! – Les 2000 emplois promis par le promoteur, même si ce ne sont pas des Suisses uniquement qui seront engagés, c’est quand même 2000 emplois. Peu de projets peuvent en créer autant. Vous me direz que la plupart seront de pauvres étrangers qui seront payés au lance-pierre. Et alors? Ce n’est pas mieux que de n’avoir rien du tout et de dépendre d’une quelquonque aide humanitaire? – Pour pouvoir financer “des écoles pour enfants illettrés dans les favelas, des hôpitaux à Haïti, des puits dans les régions sinistrées du Sahara”, il faut aussi avoir des projets qui rapportent! et vu les besoins, qui rapportent plutôt bien si possible! Si nous étions tous pauvres (ou même classe moyenne), le montant des dons aux humanitaires seront nettement plus faibles. Sans les “high-end” (les super-riches), beaucoup d’ONG ne vivraient pas. Cessons ce vieux combat de lutte des classes qui n’a jamais rien apporté (pitié, ne me parlez pas des congés payés et autres 35 heures obtenus ainsi). – Andermatt doit-il devenir un mini-Dubai des montagnes? Je n’ai pas la prétention de le savoir. Je suis même sceptique sur la viabilité économique de ce projet. Mais les combats d’écolos d’arrière-garde qui brandissent la menace de disparition de telle grenouille à points blancs et autres mouches à poils ou que sais-je d’autres encore et qui ne vivent que dans les marais d’Andermatt, me paraissent inutiles. Pour celui qui est déjà passé par là-bas (merci l’armée), il est évident qu’a court terme (géologiquement parlant), une grande partie de la montagne va tomber en éboulements et recouvrir ces marais et étangs de plusieures centaines de mètres de roche et de boue. Je ne donne pas cher de la survie de ces espèces de toute manière. – enfin, pour abonder dans votre sens, c’est inquiétant de voir le clientélisme qui se développe au niveau du gouvernement. Bien que je pense que la Confédération n’ait trouvé que ce moyen pour venir en aide à une population qu’elle a dû lacher. Conséquences de toutes les mesures d’économies imposées surtout par la gauche à l’armée… Pardon, c’est un autre débat.

Je vous avais bien dis que c’est dans le désordre. Merci pour votre indulgence.