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Sept se­maines à l’hô­pi­tal

J’ai déjà ex­pli­qué ici com­ment, après avoir passé une nuit aux ur­gences,j’ai été ai­guillée vers la gé­ria­trie, car «je n’avais rien à dire, ce n’était pas moi qui dé­ci­dais de la na­ture de ma ma­la­die.» Et lorsque j’ai ré­pli­qué que je n’avais en tout cas pas un pro­blème gé­ria­trique, on m’a lancé, en sor­tant de la pièce et en cla­quant la porte: «Ils disent tous ça.»

J’ai passé les trois pre­mières se­maines à convaincre un per­son­nel soi­gnant (mé­de­cins, in­fir­mières, aides-soi­gnantes, phy­sio­thé­ra­peutes), d’une com­pé­tence ad­mi­rable en ma­tière de gé­ria­trie, que mon pro­blème était non gé­ria­trique. J’étais per­sua­dée qu’il était car­diaque, et il a fallu que les mé­de­cins, in­com­pé­tents en ma­tière car­diaque, dé­cident que, oui, mon pro­blème n’était vrai­ment pas gé­ria­trique, et enfin, au bout d’un mois de ter­gi­ver­sa­tions, pas­sa­ble­ment d’al­lées et ve­nues  d’un hô­pi­tal vers l’autre (30-40 mi­nutes en voi­ture), j’ai eu droit à la pose d’un pa­ce­ma­ker. Il a stoppé d’une mi­nute à l’autre les éva­nouis­se­ments pour les­quels j’étais allée à l’hô­pi­tal au dé­part. Il faut vous dire que pen­dant ce mois, je me suis éva­nouie entre une et quatre fois par jour, et qu’à la fin j’étais tel­le­ment épui­sée que j’en étais ar­ri­vée à pen­ser que lors d’un pro­chain éva­nouis­se­ment, je ne re­vien­drais pas – la force me man­que­rait.

Le pa­ce­ma­ker a enfin été posé – la dé­ci­sion a pris quatre fois plus de temps que si on m’avait écou­tée dès le dé­part, je connais­sais mon cas, les gé­riatres ne sont ma foi pas des car­dio­logues, et je vous fais re­mar­quer que les quelque 4-5 se­maines pas­sées in­uti­le­ment à l'hô­pi­tal ont coûté un sa­la­dier que per­sonne n'a ja­mais évo­qué, sauf moi. En­suite, j’ai en­core passé quelques jours à cet hô­pi­tal dans mon état nor­mal pour voir si tout était en ordre (là, c'était in­dis­pen­sable)l et j’ai com­mencé à poser des ques­tions et à ob­ser­ver.

Cet hô­pi­tal gé­ria­trique avait, m’a-t-on ex­pli­qué, été re­classé en hô­pi­tal tout court, aussi y avait-on sup­primé le per­son­nel spé­ci­fique aux be­soins de la gé­ria­trie, on y construi­sait une ra­dio­lo­gie toute neuve.

La mai­son n’en dé­borde pas moins de pa­tients qui ont des pro­blèmes gé­ria­triques, parmi les­quels sont pau­més quelques pa­tients à 100 % lu­cides qui ont des ma­la­dies qui de­vaient se soi­gner ailleurs.

A ma ques­tion du pour­quoi on ne sé­pa­rait pas les ma­lades lu­cides des autres, on a ré­pondu que ce n’était pas fai­sable vu l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail dans la mai­son.

Au­tre­ment dit, l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail passe avant les pa­tients et, c’est ici que com­mencent les rai­son­ne­ments kaf­kaïens: les per­sonnes qui ont be­soin de soins gé­ria­triques sont dé­sor­mais des ma­lades or­di­naires, car le per­son­nel gé­ria­trique a été sup­primé d’un trait de plume - ou plus pro­ba­ble­ment d’un «de­lete» d’or­di­na­teur. Ce­pen­dant leurs pro­blèmes res­tent gé­ria­triques, les mé­de­cins qui les soi­gner des gé­riatres, et la mai­son est pleine de pa­tients en gé­ria­trie. Les quelques pa­tients non gé­ria­triques qui ar­rivent là à cause de dé­ci­sions ar­bi­traires sont mêlés à la masse et traité comme des cas gé­ria­triques.

Par un per­son­nel dé­sor­mais in­suf­fi­sant.

Quant au per­son­nel, il ne se voit plus les mains, et fait de son mieux: il est la pre­mière vic­time de cette si­tua­tion.

Alors que j’étais à l’hô­pi­tal, le quo­ti­dien ge­ne­vois Le Cour­rier a pu­blié un ar­ticle in­ti­tulé Et si on par­lait du tra­vail, par Vi­viane Gonik. Mal­heu­reu­se­ment, il n’est plus en ligne. Vi­viane Gonik y ex­plique com­ment le ma­na­ge­ment «mo­derne» a fait glis­ser la no­tion de tra­vail vers celle d’em­ploi, com­ment il ins­talle la pré­ca­rité pour que même les plus conscien­cieux soient les plus pré­oc­cu­pés plus par la perte pos­sible de leur em­ploi que par «faire du bon tra­vail». Beau­coup res­sentent cette prio­rité in­évi­table (s’ils veulent man­ger) comme dou­lou­reuse.

En re­gar­dant les in­fir­mières et le per­son­nel soi­gnant, cet ar­ticle du Cour­rier pre­nait un sens tout par­ti­cu­lier. Il parle aussi d’eux.

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Photo V. Vo­gel­sang

«Les éva­lua­tions du tra­vail sont de­ve­nues de plus en plus ex­té­rieures, fon­dées sur des in­di­ca­teurs de débit: le nombre de pa­tients, de dos­siers, d’élèves qui réus­sissent, etc. Il s’est dé­ve­loppé un dis­cours pa­ra­doxal au­tour de la qua­lité (ou de la sa­tis­fac­tion de l’usa­ger/client): qua­lité to­tale dans le dis­cours, exi­gence de ren­ta­bi­lité sans se pré­oc­cu­per de la réa­lité du tra­vail, que de toute façon le ma­na­ger ne peut plus per­ce­voir, dans la me­sure où il ne connaît pas né­ces­sai­re­ment le mé­tier. No­tion de qua­lité d’au­tant plus floue et ab­surde qu’elle se base sur des in­di­ca­teurs abs­traits, dé­con­nec­tés du tra­vail, alors même que les em­ployé-e-s, dé­passé-e-s par la sur­charge de tra­vail, ont sou­vent l’im­pres­sion – jus­ti­fiée – de bâ­cler leur tra­vail.»

Say­nète ty­pique, c’est mi­cro­sco­pique, mais ré­pété mille fois on ne peut plus par­ler d’in­si­gni­fiance, cela vic­ti­mise ty­pi­que­ment au­tant le soi­gnant que son «client».

«Mon­sieur, je vais vous aider à prendre une douche?»

«Oh oui, mal­heu­reu­se­ment je ne peux pas mar­cher.»

«Oh, mais Mon­sieur, nous sommes là pour ça. On va vous mettre dans le fau­teuil.»

Elle l’aide à s’ins­tal­ler dans le fau­teuil. Il souffre ter­ri­ble­ment d’une jambe qu’on vient d’opé­rer.

«Peut-on faire un dé­tour par les toi­lettes?»

«Non, je n’ai pas le temps tout de suite.»

«Oui, mais moi, je dois…»

In­utile; la douche, elle pour­rait, le dé­tour est de trop, elle le plante là pen­dant plus d’une heure, il se tord de dou­leur.

Lors­qu’elle finit par ar­ri­ver, elle prend les de­vants et re­proche au mon­sieur de ne pas com­prendre, elle a 20 pa­tients, 10 d’entre eux sont en fau­teuil.

«Mais Ma­dame, moi je ne vous ai pas de­mandé que vous me dou­chiez si vous n’avez pas le temps. Vous n’aviez qu’à me lais­ser dans mon lit. Il faut sim­ple­ment que j’aille aux toi­lettes.»

«Ah nous vous of­frons des choses, on nous les re­fuse, en­suite vous vous plai­gnez…» etc. etc.

Une demi-heure après, lors­qu’ils sont re­venu, le mon­sieur a passé aux toi­lettes «in ex­trê­mis» comme il dit, puis l’aide-soi­gnante l’a dou­ché. Sou­dain, elle s’écroule:

«J’ai voulu bien faire, faire plai­sir à tout le monde, faire mon tra­vail conve­na­ble­ment.»

C’était im­pos­sible.

En par­tant elle lance:

«Et il faut en­core que j’aille noter tout ça dans l’or­di­na­teur

Et là, il vous re­vient à l’es­prit une autre ré­flexion de Vi­viane Gonik:

«[Une des...] grandes ten­dances dans les mé­thodes de ma­na­ge­ment et d’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail [est] une mul­ti­pli­ca­tion de pres­crip­tions, d’in­di­ca­teurs à four­nir, de comp­ta­bi­li­sa­tion des ac­ti­vi­tés, une masse de tra­vail ad­mi­nis­tra­tif à ac­com­plir qui dé­tourne des ac­ti­vi­tés réelles du tra­vail et en dé­na­ture le sens: il faut pas­ser son temps à rem­plir des ta­bleaux d’in­di­ca­teurs et d’ob­jec­tifs plu­tôt que ré­soudre les pro­blèmes des usa­gers, bien s’oc­cu­per des ma­lades, des élèves ou des clients.

Le tra­vail, l’ac­ti­vité réelle, dis­pa­raît du contrôle, seule reste l’en­ve­loppe: il s’agit alors de contrô­ler di­rec­te­ment les per­sonnes. On ne s’in­té­resse plus à la pro­duc­ti­vité des biens et des ser­vices mais uni­que­ment à la ren­ta­bi­lité des per­sonnes.»

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Photo Keys­tone

 A l’hô­pi­tal des Trois-Chêne à Ge­nève, ces prin­cipes sont ap­pli­qués en plein.

Il y a d’abord le tour de passe-passe du re­clas­se­ment, qui a pseudo-changé la na­ture de la boîte sans en chan­ger les clients, sauf de rares ac­ci­dents comme moi, qui s’en trouvent très mal.

Il y a en­suite des pro­to­coles pour tout, pour des choses dont on ne pen­se­rait ja­mais qu’il faut les ré­gle­men­ter, genre com­ment on change les ser­viettes, ce qui a le droit d’en­trer ou de sor­tir d’une chambre, je ne mul­ti­plie pas, mais je peux vous dire que vous de­man­diez quel­que­fois de pe­tites choses to­ta­le­ment quo­ti­diennes pour les­quelles la/le pauvre in­fir­mier{e) déjà sur­chargé de­vait perdre un bon quart d’heure en dé­marches ad­mi­nis­tra­tives sté­riles. Un ma­lade sen­sible finit par re­non­cer, mais là-bas, la plu­part des ma­lades dis­cernent mal leur en­tou­rage.

Cette ac­ti­vité en sur­chauffe n’est pas un ac­ci­dent de par­cours de l’hô­pi­tal des Trois-Chêne, elle est le ré­sul­tat de la pra­tique d’un ma­na­ge­ment spé­ci­fiques, ou­ver­te­ment prô­nés par des chefs-d’en­tre­prise:

«(…) Veillez à exi­ger tou­jours trop de votre per­son­nel. Créez une es­pèce de fré­né­sie (…). Créez un maxi­mum de com­pé­ti­tion. Tout le monde doit réa­li­ser que seul le plus ha­bile sur­vi­vra. (…) Cher­chez constam­ment des gens à blâ­mer (…)» di­sait lors d’une confé­rence don­née à des ma­na­gers de la City Bank un psy­cho­logue du tra­vail.

Ajou­tez à cela la me­nace du ren­voi d’un job que vous aimez à la moindre er­reur, que vous exer­ce­riez avec com­pé­tences si on vous en don­nait les moyens, mais qui est or­ga­nisé de telle sorte que vous fi­ni­rez par faire LA faute un jour, et vous avez le ma­na­ge­ment par la peur. L’in­fir­mière (mais aussi le mé­de­cin, l’ins­ti­tu­teur, l’ou­vrier, etc) sont sou­mis «à une mul­ti­pli­ca­tion de pres­crip­tions, d’in­di­ca­teurs à four­nir, de comp­ta­bi­li­sa­tion des ac­ti­vi­tés, une masse de tra­vail ad­mi­nis­tra­tif à ac­com­plir qui dé­tourne des ac­ti­vi­tés réelles du tra­vail et en dé­na­ture le sens: il faut pas­ser son temps à rem­plir des ta­bleaux d’in­di­ca­teurs et d’ob­jec­tifs plu­tôt que ré­soudre les pro­blèmes des usa­gers, bien s’oc­cu­per des ma­lades, des élèves ou des clients.»

J’ai constaté lors d’un pas­sage sans his­toire par­ti­cu­lière à l’Hô­pi­tal can­to­nal de­puis lors que si les mêmes prin­cipes sont ap­pli­qués là aussi, c’est avec une moindre fré­né­sie, comme si d’être isolé dans la cam­pagne, dans un éta­blis­se­ment qui n’a plus de vraie dé­fi­ni­tion, cela pous­sait les ad­mi­nis­tra­teurs à des ex­trêmes qui ne pa­raissent pas in­dis­pen­sables quand on est dans la Cité.

Je conclu­rai en rap­pe­lant trois choses:

a) en tant que pa­tiente, je n’ai ja­mais eu à me plaindre des soins reçus une fois la pé­nible ad­mis­sion pas­sée. Les dé­lais (cinq se­maines pour le pa­ce­ma­ker, plus les mille in­ter­mi­nables pe­tites at­tentes dues à la sur­charge du per­son­nel) sont en­tiè­re­ment im­pu­tables aux tech­no­crates qui gèrent l’hô­pi­tal, et non au per­son­nel, qui court toute la jou­née­dans une fré­né­sie sans fin;

b) LES VIC­TIMES DE CE SYS­TEME, CE SONT LES IN­FIR­MIERES ET LES IN­FIR­MIERS, LES AIDES-SOI­GNANT(E)S, LES LA­BO­RAN­TIN(E)S… Ce texte est une lance que je romps pour eux.

Les pa­tients ne font que subir les contre-coups (dans mon cas cinq se­maines pour prendre une dé­ci­sion qui pour d’autres avec des symp­tômes si­mi­laires aux miens avait été prise en moins de huit jours), les at­tentes, et même les er­reurs;

c) plus on avan­cera, plus ce sys­tème pro­duira des in­fir­miers et in­fir­mières cy­niques, peu com­pa­tis­sants, trop oc­cu­pés à rem­plir les ob­jec­tifs pour vrai­ment s’oc­cu­per des ma­lades.

Com­ment se sor­tir de là?

Dans toutes les grandes en­tre­prises (un des hô­pi­taux de Ge­nève n’étant ici qu’un exemple vécu) re­ve­nir à la qua­lité du tra­vail et à la fin de la pré­ca­rité, afin que le tra­vailleur re­de­vienne autre chose qu’un élé­ment que le ma­na­ge­ment «mo­derne» cherche à pré­ca­ri­ser et à éli­mi­ner à tout prix, en fai­sant de ceux qu’on est for­cés de gar­der des ma­chines à faire du fric qui fi­nira aux iles Caï­mans.

On peut tou­jours rêver…

40 com­men­taires
1)
Le­bar­ron
, le 15.12.2014 à 00:29

Excel le vé­ri­table di­rec­teur des res­sources hu­maines

2)
aacp
, le 15.12.2014 à 00:43

On peut tou­jours rêver, oui…

Je suis chef d’un ser­vice de chi­rur­gie or­tho­pé­dique d’un hô­pi­tal gé­né­ral en France, et ce que vous dé­cri­vez, c’est ce que je vis au quo­ti­dien, de plus en plus mal.

M’au­to­ri­sez-vous à mon­trer ce texte à ma di­rec­tion ? Car il vient d’un pa­tient (très pa­tient, 5 se­maines !) et il ex­prime ce qui ne sera ja­mais ex­primé dans tous les « ques­tion­naires qua­lité », qu’on fait rem­plir à la sor­tie du ser­vice, pour ali­men­ter ces fa­meux in­di­ca­teurs qui n’in­diquent pas grand chose, mais que le ma­na­ge­ment nous im­pose.
Peut être réa­li­se­ront-ils que le dis­cours des soi­gnants n’est pas loin de la réa­lité vécue par les pa­tients, mal­gré la très haute qua­lité qu’ils ima­ginent at­teindre avec leurs in­di­ca­teurs.

On peut tou­jours rêver…

3)
Ra­da­gast
, le 15.12.2014 à 08:34

Merci Anne pour ce bel ar­ticle qui, à tra­vers cet exemple, donne à lire le monde avec plus d’acuité. Merci

4)
Cri­fan
, le 15.12.2014 à 08:41

Merci pour ce té­moi­gnage et cette ana­lyse, Anne!

5)
Guillôme
, le 15.12.2014 à 08:43

Tout d’abord, tous mes voeux de santé après cette pose d’un pa­ce­ma­ker!

Le dis­fonc­tion­ne­ment que vous dé­cri­vez est mal­heu­reu­se­ment tel­le­ment ap­pli­cable au monde du tra­vail en gé­né­ral! Quel drame qu’on en soit ar­rivé là aussi pour la santé et l’hu­main!

6)
Fi­lou53
, le 15.12.2014 à 09:19

Mon épouse était in­fir­mière. Cela lui est ar­rivé plus d’une fois de té­lé­pho­ner la nuit à son tra­vail pour s’as­su­rer qu’elle n’avait pas ou­blié quelque chose.
Nous avons fi­na­le­ment choisi qu’elle ar­rête de tra­vailler et pour­tant, elle ai­mait vrai­ment ce qu’elle fai­sait.

Non seule­ment on res­treint le per­son­nel soi­gnant mais en plus on l’ac­cable de pro­cé­dures et de pa­pe­ras­se­ries qui sont prio­ri­taires par rap­port aux soins à don­ner. Monde mer­veilleux…

Ceci dit, c’est par­tout la même chose, hélas…
Excel est ef­fec­ti­ve­ment le seul maître à bord.
Et en­core, nous vi­vons dans des pays fa­vo­ri­sés! Je n’ose ima­gi­ner ‘ailleurs’.

Merci pour cet ar­ticle et sur­tout, pre­nez soin de vous.

7)
ysen­grain
, le 15.12.2014 à 09:55

Anne, au vu de ce que tu dé­cris des symp­tôles que tu pré­sen­tais, il faut ētre par­ti­cu­liè­re­ment in­com­pé­tent mé­di­ca­le­ment pour pas­ser à côté d’un bloc au­ri­culo-ven­tri­cu­laire du 3 ème degré: il suf­fit de pra­ti­quer un èlec­tro­car­dio­gramme. Que ce soit aux ur­gences ou en gé­ria­trie la somme des in­com­pé­tences est rf­frayante.

J’ai quitté le monde actif de la santé avec la convic­tion su’on ne soi­gnait Plus les pa­tients mais qu’on pre­nait soin des pro­to­coles.
Ces pro­to­coles ont été mis en place afin de ten­ter de ra­tio­na­li­ser les soins avec une conno­ta­tion fi­nan­cière: tout le monde soi­gnera de la même ma­nière quel que soit le pa­tient, ce qui est concep­tuel­le­ment d’une idio­tie sans nom.

8)
Anne Cuneo
, le 15.12.2014 à 11:01

M’au­to­ri­sez-vous à mon­trer ce texte à ma di­rec­tion ?

Ces textes sont pu­blics (l’autre c’est Une nuit aux ur­gences, dé­mons­tra­tion de com­ment on ac­cueille les ma­lades dans la sur­charge – le per­son­nel n’en peut plus, le ma­lade trinque.

9)
Anne Cuneo
, le 15.12.2014 à 11:12

Anne, au vu de ce que tu dé­cris des symp­tôles que tu pré­sen­tais, il faut ētre par­ti­cu­liè­re­ment in­com­pé­tent mé­di­ca­le­ment pour pas­ser à côté d’un bloc au­ri­culo-ven­tri­cu­laire du 3 ème degré: il suf­fit de pra­ti­quer un èlec­tro­car­dio­gramme. Que ce soit aux ur­gences ou en gé­ria­trie la somme des in­com­pé­tences est rf­frayante.

La seule faible ex­cuse des mé­de­cins, se­rait que mes élec­tro­car­dio­grammes étaient tou­jours im­pec­cables.
Sauf que si j’avais été en car­dio­lo­gie on au­rait aus­si­tôt pro­cédé à un «tilt-test», qui pro­voque l’éva­nouis­se­ment pour voir ce qui se passe alors. En gé­ria­trie, il leur a fallu trois se­maines pour en ap­prendre l’exis­tence. On l’a fait, on a vu que je fai­sais des ar­rêts du coeur, et ils ont en­core ter­gi­versé de l’op­por­tu­nité, dé­cidé que non, après quoi mon car­dio­logue privé a gueule, or­ga­nisé, et fait poser ce pa­ce­ma­ker en 36 heures

10)
Alain Le Gal­lou
, le 15.12.2014 à 12:07

Toutes mes pen­sées pour vous sou­hai­ter la meilleure conva­les­cence pos­sible et un total prompt ré­ta­blis­se­ment.

11)
Nept
, le 15.12.2014 à 13:19

Un autre pro­blème énorme, en plus de l’ad­mi­nis­tra­tif en­va­his­sant, est celui de l’hy­per­spé­cia­li­sa­tion mé­di­cale crois­sante.
Il n’y a plus assez de mé­de­cins po­ly­va­lents, pou­vant ap­pro­cher un pa­tient par plus d’un pro­blème à la fois.
Du coup, on ne compte plus les si­tua­tions où on a aux ur­gences un pa­tient ayant une pa­tho­lo­gie pas trop sim­pliste que per­sonne ne veut dans sa salle (et j’ima­gine que Ysen­grain et aacp ci-des­sus ne me dé­men­ti­ront pas).

Exemples ré­cents : un pa­tient avec une frac­ture ver­té­brale, non à opé­rer. Re­tour à do­mi­cile im­mé­diat im­pos­sible car dou­leur im­por­tante et aides à mettre en place. Les or­tho­pé­distes et neu­ro­chi­rur­giens n’en veulent pas : pas chi­rur­gi­cal. Les gé­riatres non plus, trop jeune. Il n’y a pas de lit « dou­leur » ni « so­cial ».

Autre exemple : pa­tient avec une ma­la­die on­to­lo­gique et une in­suf­fi­sance ré­nale ma­jo­rée, avec une mau­vaise fonc­tion car­diaque et une ré­ci­dive d’épan­che­ment pleu­ral. Pro­blème aigu : dys­pnée. Cause aigue : l’épan­che­ment.
Les pneu­mos n’en veulent pas car l’épan­che­ment est d’ori­gine car­diaque.
Les car­dions non plus car l’épan­che­ment est d’ori­gine néo­pla­sique.
Les onces non plus, car c’est car­diaque.
Les né­phros non plus car le pro­blème rénal est mi­neur…

Et c’est là que je suis heu­reux que dans mon ins­ti­tu­tion, le mot de la fin re­vient à l’ur­gen­tiste, et que je peux donc im­po­ser la salle de mon choix. Au prix en gé­né­ral d’une gueu­lante d’un as­sis­tant de la salle de ré­cep­tion le len­de­main, mais je le ren­voie au di­rec­teur mé­di­cal… du coup il la ferme :-)

Il n’y a plus de salle « gé­né­ra­liste » pour les pro­blèmes flous.
Il n’y a plus que des sta­tis­tiques, durée d’hos­pi­ta­li­sa­tion « jus­ti­fiées », … au dé­tri­ment par­fois d’une hu­ma­nité… et qua­lité dans la prise en charge. Dom­mage .

12)
Fran­çois Cuneo
, le 15.12.2014 à 13:46

Je vois que pas mal de mé­de­cins sont d’ac­cord avec Anne.

Juste un mot sur la conclu­sion: ce n’est cer­tai­ne­ment pas pour que l’ar­gent passe aux Îles Caï­mans que tout cela est mis en place.

C’est parce que la so­ciété (en Suisse) ne veut pas que les as­su­rances ma­la­dies aug­mentent. Chaque année, c’est la même ren­gaine: nous aug­men­tons de 1 à 5% le prix de l’as­su­rance, ça fait un scan­dale dans la presse.

L’ar­gent ne part pas aux Îles Caï­man, il part dans les soins, dans les ap­pa­reils de plus en plus coû­teux. Il n’y a aucun « mé­chant ca­pi­ta­liste » là-der­rière il me semble.

D’autre part, les pro­to­coles ont été mis en place pour ré­pondre aux at­taques in­ces­santes des uti­li­sa­teurs qui sont à l’af­fût de la moindre pe­tite chose pour at­ta­quer l’ins­ti­tu­tion.

On fait la moindre er­reur? On se ra­masse un pro­cès. C’est la même chose à l’école.

On doit donc faire hyper gaffe, quitte à ne plus rien faire sans pro­to­cole, ou car­ré­ment à ne plus rien faire du tout.

13)
Anne Cuneo
, le 15.12.2014 à 14:46

Je vois, cher Fraan­çois, que tu ne com­prends pas bien le fonc­tion­ne­ment des choses.D’abord, les Suisses viennent de re­fu­ser une ra­tion­na­li­sa­tion des as­su­rances (40 as­su­rances dif­fé­rentes, 40 adi­nis­tra­tions , 40 PDG gras­se­ment payés – ce gas­pillage là fait par­tie du dis­cours sur les as­su­rances), ils ont cru les ar­gu­ments d’un lobby. En­suite, les éco­no­mies sont faites sur le dos du per­son­nel, et la dé­ci­sion de faire des éco­no­mies est po­li­tique. Ce sont tou­jours la santé et l’ins­truc­tion pu­blique qui trinquent sur la part can­to­nale et fé­dé­rale des coûts de la santé et de l’ins­truc­tion. Et enfin, ces équi­pe­ments, tu crois qu’ils. Ies prennent où?
Et les mé­di­ca­ments? No­var­tis, Hill Com etc. Et que crois-tu qu’ils fassent de leurs bé­né­fices?
Les dis­cours sim­plistes ne son pas ton genre, tu m’étonnes un peu.

De­puis mon iPhone. Co­quilles éven­tuelles

14)
LC475
, le 15.12.2014 à 16:54

Merci Anne pour cet ar­ticle qui éclaire sur bien des as­pects, et prends soin de toi.

15)
Fran­çois Cuneo
, le 15.12.2014 à 17:11

Je suis cer­tai­ne­ment sim­pliste et ne vois pas tout, mais la conclu­sion de ton ar­ticle sur ce point l’est un tout petit peu éga­le­ment il me semble:-)

16)
Ma­dame Pop­pins
, le 15.12.2014 à 17:41

Tout d’abord, Anne, j’es­père que tu vas mieux main­te­nant et que tu es bien sui­vie de­puis ta sor­tie d’hô­pi­tal. A 20 ans, je trou­vais ma grand-mère un peu zarbi de me sou­hai­ter à chaque fin d’an­née une « bonne santé » : à 45, je trouve que c’est ma­gique d’être en bonne santé et je la sou­haite à toutes et tous.

Cela dit, je com­prends la ré­ac­tion de Fran­çois même s’il ré­agit par rap­port à un autre contexte – ce qui ne m’em­pêche pas de ne pas en­core avoir dé­co­léré suite au refus po­pu­laire de la caisse en lieu et place des caisses mais c’est une autre his­toire -.

Ainsi, nom­breux sont les gens qui veulent le risque zéro, qui doivent avoir un « cou­pable », un « mé­chant », à qui faire por­ter une res­pon­sa­bi­lité là où nos grands-pa­rents au­raient vu « la faute à pas de chance ». Mo­ra­lité, les mé­de­cins en sont ar­ri­vés à ex­pli­quer aux pa­tients, avant une opé­ra­tion, les pro­blèmes pou­vant sur­ve­nir au cours d’une in­ter­ven­tion, ce qui ne me cause pas d’état d’âme. Ce qui m’in­ter­pelle, c’est qu’ils en sont à ex­pli­quer les risques avoi­si­nant les 0,1 % des cas parce que s’il ad­vient, on re­pro­chera (on = la jus­tice, qui n’est que l’émer­gence des lois vou­lues par le peuple) à ce tou­bib de ne pas avoir res­pecté son de­voir d’in­for­ma­tion. Mo­ra­lité, ces risques de 0,1% sont an­xio­gènes, em­pêchent les gens de se for­mer un avis et le pa­tient tourne en rond dans sa tête.

Pour l’école, bien sûr, il est scan­da­leux qu’un en­fant puisse se noyer dans une pis­cine parce qu’il avait été laissé sans sur­veillance mais on vou­drait que l’école as­sume éga­le­ment la res­pon­sa­bi­lité d’un éven­tuel glis­se­ment de ter­rain dans un cam­ping au sud de la France et là, on va trop loin. Du coup, les profs comme le corps mé­di­cal passent leur temps à faire si­gner des feuilles et à suivre des pro­cé­dures vi­sant à em­pê­cher qu’on ne puisse leur re­pro­cher le moindre man­que­ment éven­tuel par la suite. Pas­sant à côté de leur mé­tier, à sa­voir soi­gner et for­mer.

Quoi qu’il en soit, prends soin de toi, Anne, et que l’an­née 2015 soit pla­cée sous les aus­pices de la santé re­cou­vrée !

17)
Nept
, le 15.12.2014 à 17:55

Le risque zéro… Vaste débat. On l’a vu ré­cem­ment avec les sou­cis at­tri­bués au Mo­ti­lium… Pro­blèmes reels mais ex­cep­tion­nels, mais on ou­blie les pro­blèmes liés à ce qu’on traite… Et aux al­ter­na­tives !

Et on fait si­gner des consen­te­ments éclai­rés de 36 pages!

18)
Argos
, le 15.12.2014 à 18:48

D’abord, Anne, mes meilleurs voeux de ré­ta­blis­se­ment.
Ce que tu nous dé­cris a fi­na­le­ment un nom très simple celui de Bu­reau­cra­tie. Elle est de plus en plus en­va­his­sante, chaque geste de­vant être jus­ti­fié et le ré­sul­tat est une in­ef­fi­ca­cité crois­sante, en­trai­nant pas ailleurs une dé­res­pon­sa­bi­li­sa­tion éga­le­ment crois­sante.

Dans mon coin du Cau­case, l’or­don­nance mé­di­cale n’exis­tait pas. Le mé­de­cin écri­vait le nom des mé­di­ca­ments sur une fiche et on al­lait à la phar­ma­cie.
A pré­sent, le mé­de­cin doit rem­plir des for­mu­laires pré­cis, les tam­pon­ner, les en­re­gis­trer et de­man­der une taxe d’une ving­taine d’eu­ros qui part dans les caisses sans fond de l’Etat.

A la phar­ma­cie, le pré­posé doit soi­gneu­se­ment en­re­gis­trer les mé­di­ca­ments, dé­cou­per aux ci­seaux les dif­fé­rentes pres­crip­tions – mais oui – et consta­ter en suite qu’il n’a pas le mé­di­ca­ment en stock. Ré­sul­tats : les mé­de­cins ont moins de temps pour leur vrai bou­lot, les files s’al­longent dans les phar­ma­cies. Tout cela parce qu’au nom du nou­vel ac­cord d’as­so­cia­tion avec l’Union eu­ro­péenne, il faut se mettre aux normes.

Et rap­pe­lons que dans une bu­reau­cra­tie, c’est tou­jours le plus in­ca­pable qui monte plus haut, les gens com­pé­tents fi­nis­sant pas aban­don­ner. Dans tous les lieux où j’ai tra­vaillé, la bu­reau­cra­tie a tou­jours tenté de m’em­pê­cher de faire cor­rec­te­ment mon tra­vail. Heu­reu­se­ment, j’ai une sale men­ta­lité et je pos­sède en­core quelques res­sources pour lut­ter contre la bê­tise hu­maine.

19)
jibu
, le 15.12.2014 à 19:05

« Bra­zil »
Un film tou­jours d’ac­tua­lité !

20)
Anne Cuneo
, le 15.12.2014 à 19:54

Je dois être dans un hô­pi­tal par­ti­cu­lier ((l’ho­pi­tal gé­ria­trieue ne compte pas parce qu’on vs. consi­dère comme in­ca­pable de prendre des dé­ci­sions), mais on me de­mande mon au­to­ri­sa­tion pour la moindre pi­lule, on vé­ri­fie mon iden­tité a la moindre pi­qûre, et la seole feuille que j »ai dû si­gner, c’était pour oui ou non me ra­ni­mer au cas où. J’ai dit non, même si c’est une « er­reur mé­dice ».Et j’ai ap­pré­cié ces contrôles. Le risque zéro n’existe pas et il faut être dé­rai­son­nable pour ne pas ac­cep­ter. Les fous des tri­bu­naux qui font des pro­cès à tout bout de champ uti­lisent la santé com­mee reste.

Via Phone, co­quilles pos­sibles

21)
Jean-Yves
, le 15.12.2014 à 21:31

@ Anne.
Sou­tien moral in­con­di­tion­nel. J’ose bises, ne m’en veuillez pas !

La nar­ra­tion dis­tan­ciée de cette ex­pé­rience, au­tant que les ré­ac­tions cir­con­tan­ciées des in­ter­ve­nants, confirment mon ad­dic­tion pour ce site.

On peut tou­jours rêver…

Ces pro­to­coles ont été mis en place afin de ten­ter de ra­tio­na­li­ser les soins avec une conno­ta­tion fi­nan­cière: tout le monde soi­gnera de la même ma­nière quel que soit le pa­tient, ce qui est concep­tuel­le­ment d’une idio­tie sans nom.

Il n’y a plus que des sta­tis­tiques, durée d’hos­pi­ta­li­sa­tion « jus­ti­fiées », … au dé­tri­ment par­fois d’une hu­ma­nité… et qua­lité dans la prise en charge. Dom­mage.

A lire les mé­thodes de ra­tion­na­li­sa­tion dé­crites, et tout en ad­met­tant qu’il y ait des pro­grès à faire (même si ce n’est pas, et de loin, la cor­po­ra­tion que je met­trais en pre­mière ligne), je m’in­ter­roge, donc …

Ques­tion naïve aux in­ter­ve­nants qua­li­fiés :

Notre “prise en charge” risque-t-elle, à terme, de dé­pendre d’ac­ces­soires por­tables connec­tés et lo­ca­li­sés, suf­fi­sa­ment “ren­sei­gnés” pour in­duire une orien­ta­tion au­to­ma­tique vers le ser­vice le plus “adapté” à notre as­su­rance santé ?

22)
Ptit­Vert
, le 15.12.2014 à 23:17

Quand je lis ton texte Anne, j’ai l’im­pres­sion de voir le même phé­no­mène dans les en­tre­prises, avec cette seg­men­ta­tion des tâches, cette seg­men­ta­tion des res­pon­sa­bi­li­tés, ce manque d’in­dien, ce sur­plus de tra­vail, cette in­com­pé­tence, cette de dé­res­pon­sa­bi­li­sa­tion, …
Tout cela au nom d’un soi-di­sant stan­dard iso, « best pra­tices » XYZ, …

Grosso modo, ce que je veux dire, c’est que si on trans­pose le texte d’Anne dans une autre do­maine que le do­maine mé­di­cal, on se­rait sur­pris de voir que son texte est aussi vrai.

Je connais, de par mon tra­vail, les en­tr­prises fi­nan­ciaires et je re­con­nais à 90+% ce même pro­blème.

On vit dans une so­ciété de tech­no­crate , qui n’a d’yeux que pour les chiffres et ses op­ti­mi­sa­tions en se fou­tant de l’être hu­main.

23)
Thier­ryS
, le 16.12.2014 à 07:02

Dé­solé pour ce com­men­taire tar­dif
D’abord tout mes voeux de ré­ta­blis­se­ment
D’autre part, et mal­heu­reu­se­ment, ce que tu dé­cris n’est pas spé­ci­fique à la Suisse ou la France. Nous le vi­vons au quo­ti­dien en Suède avec une ad­mi­nis­tra­tion Kaf­kaïenne qui veux gérer de A à o¨(oui on a des lettres en plus), l’en­semble de l’ac­ti­vité hos­pi­ta­lière. Un conseil, ne tom­ber ja­mais ma­lade pen­dant les va­cances d’été.

24)
Gr@g
, le 16.12.2014 à 08:45

Tout d’abord je te sou­haite, Anne, mes meilleurs vœux pour ta santé!

Sinon, je re­con­nais tout à fait le sys­tème tech­no­cra­tique qui prend de l’am­pleur dans tous les sec­teurs, ega­le­ment dans le so­cial, ce qui rend très com­pli­qué les rap­ports entre le ter­rain et les or­ganes di­ri­geants. Dans ma branche, l’ani­ma­tion so­cio­cul­tu­relle, il y a par exemple une vo­lonté, non dé­si­rée par le ter­rain, d’ou­vrir x heures par se­maines, le fait d’être ou­vert de­ve­nant plus im­por­tant que de sa­voir s’il y a du monde pour venir dans ces mo­ments. Il faut sa­voir que dans cette branche pro­fes­sion­nelle, l’une des va­leurs de base est la libre adhé­sion des par­ti­ci­pants.

Ton texte est criant de la réa­lité de ter­rain de cer­taines pro­fes­sions, et tu as su avoir un re­gard par­fai­te­ment ai­guisé alors que tu pas­sais par des mo­ments pas simple. Bravo à toi pour cette lu­ci­dité, et cette fa­culté à re­le­ver la com­plexité!

25)
Jambo
, le 16.12.2014 à 14:00

Bon­jour Anne,

Tous mes voeux de bon ré­ta­blis­se­ment.

En­suite, je suis to­ta­le­ment d’ac­cord avec toi. Concer­nant le prix de la santé, on peut vrai­ment poin­ter du doigt les four­nis­seurs: mé­di­ca­ments et ma­té­riel. Il suf­fit de com­pa­rer les prix entre pays. Pour­quoi nos chères phar­mas (oui celles qui en­or­gueillissent d’être suisses), nous font payer le prix fort sans re­mords soit di­sant parce que nous, les suisses, on peut payer? Pour moi c’est scan­da­leux ce d’au­tant plus que les pro­fes­sion­nels ne peuvent même pas se four­nir à l’étran­ger di­rec­te­ment. Phar­ma­suisse leur in­te­dit for­mel­le­ment. Cela vaut éga­le­ment pour le monde vé­té­ri­naire où les abus de ta­rifs sont en­core plus im­por­tant…

Après, comme de nom­breuses per­sonnes le disent ici, c’est un phé­no­mène de so­ciété et ce qui se passe à l’hô­pi­tal sur­vient éga­le­ment en en­tre­prise. J’ai la désa­gréable im­pres­sion qui se confirme de­puis des an­nées qui l’on ar­rête pas aug­men­ter le staff du « middle ma­na­ge­ment » au dé­tri­ment de ceux qui font le tra­vail et que ces MBAs sont tous for­ma­tés (voire « brain­wa­shés ») sur le même mo­dèle du risque zéro pour leur per­sonne au dé­tri­ment de tous les autres… Long dé­bats.

Il y’a une maxime que j’aime bien dans mon mi­lieu « Keep co­ders, fire eve­ryone else ».

26)
Ange
, le 16.12.2014 à 21:06

Bon­soir,
Si vous avez l’oc­ca­sion, je vous conseil « Sicko« , un film de Mi­chael Moore sur un com­pa­ra­tif des soins hos­pi­ta­liers entre dif­fé­rents pays. Il date de 2007, mais il semble que la si­tua­tion n’a guère avancé !
Meilleurs voeux de ré­ta­blis­se­ment et de fin d’an­née !

27)
mff
, le 16.12.2014 à 22:16

Anne c’est très exac­te­ment ce que j’ai constaté dans cer­tains hô­pi­taux et dans le so­ciale :((((

Il faut être « so­lide » ou ne pas avoir trop de conscience pour faire ce tra­vail dans de tel condi­tions :(

Y au­rait-il la pos­si­bi­lité de rendre pu­blique ton ar­ticle par exemple dans une revue lue lar­ge­ment ou sous une autre forme ? qui sait cela fe­rait peut-être bou­ger les choses….on peut rêver ;)

Oui bien sûr tout ceci est ap­pli­cable aussi dans les en­tre­prises mais dans le so­cial, dans la mé­de­cine cela est par­ti­cu­liè­re­ment grave!

Ré­ta­blie toi le mieux pos­sible :)

28)
pe­le­rin
, le 16.12.2014 à 22:52

Merci Anne pour votre sai­sis­sant té­moi­gnage qui mé­ri­te­rait, en effet, une au­dience plus large.

Je vous sou­haite le meilleur ré­ta­blis­se­ment pos­sible.

29)
Tom25
, le 16.12.2014 à 23:59

J’ai déjà en­tendu dire que je n’avais pas be­soin des chi­mios qu’on m’a ad­mi­nis­trées. Que les lob­bies fai­saient pres­sion pour pous­ser leur trai­ten­te­ment. Soigne t’on (aussi) des gens en bonne santé ?

En tout cas, content que tes soins te fassent aller mieux Anne.

30)
Anne Cuneo
, le 17.12.2014 à 00:33

Point d’orgue kaf­kaïen: j’ap­prends de. source sure que si , une fois à l’hô­pi­tal gé­ria­trique je n’ai plus pu en sor­tir, c’est qu’ils s’ac­crochent aux ma­lades  » nor­maux » qqui leur per­mettent de jus­ti­fier leur titre d’hô­pi­tal. Les in­fra­struc­tures manquent? Dé­tail. Mon mé­de­cin a fout fait pour me trans­fé­rer en car­dio­lo­gie. Rien à faire. Kafka reigne.

Merci à tous pour vos contri­bu­tions et vos voeux.

En­core une fois sur iPhone: dan­ger de co­quilles.

31)
aacp
, le 17.12.2014 à 00:39

@ Jean Yves

J’étais cet après midi à une réunion sur la fu­ture in­for­ma­tique de mon hô­pi­tal. Les in­for­ma­ti­ciens étaient tout heu­reux de nous mon­trer un lo­gi­ciel de pres­crip­tion mé­di­cale cou­plé à des pro­to­coles, qui pou­vait pra­ti­que­ment pres­crire tout seul.

Ce qui m’a « ras­suré », c’est le bon qu’on fait tous les mé­de­cins de la salle en voyant ça, pen­sant que c’est folie !

Mais oui, mal­heu­reu­se­ment, on y ar­rive, et pas mal de dé­ve­lop­pe­ments dans ce sens sont en cours.

@ Nept

Non je ne dé­mens pas. En France on a un code of­fi­ciel pour « main­tient au do­mi­cile dif­fi­cile » (la ver­tèbre trop dou­lou­reuse pour ren­trer à la mai­son n’est qu’un exemple parmi d’autres). Mais on n’a pas le droit de l’uti­li­ser comme « diag­nos­tic » prin­ci­pal : être sim­ple­ment hu­main, avant même de soi­gner, ce n’est pas va­lo­risé, au propre et au fi­guré, on ne peut donc plus avoir de ser­vice gé­né­ra­liste. Il faut une bonne rai­son pour fac­tu­rer…

32)
Fran­çois Cuneo
, le 17.12.2014 à 08:52

Au­dience plus large, au­dience plus large… Il y a tout de même entre 4’000 et 6’000 lec­teurs quo­ti­diens sur ce site!:-)

33)
Dra­ke­Ra­more
, le 17.12.2014 à 08:55

Hé ben, ça laisse pan­tois…
Je te sou­haite un très bon ré­ta­blis­se­ment.

Je confirme une chose : j’ai l’im­pres­sion de lire un ré­sumé de ce qu’est notre fonc­tion­ne­ment dans la boite où je bosse, qui n’est ni mé­di­cale, ni suisse…

34)
Jambo
, le 17.12.2014 à 11:04

@Anne

Même si­tua­tion pour mon père, il y’a quelque mois, mais cette fois pour un pro­blème neu­ro­lo­gique dif­fi­cile a diag­nos­ti­quer. Comme il a 76 ans, ils l’ont trans­féré des ur­gences des HUG à la gé­ria­trie: oui for­cé­ment il est « vieux » alors c’est un pro­blème gé­ria­trique! Im­pos­sible de le faire re­trans­fé­rer à l’hô­pi­tal en­suite. Même par son mé­de­cin neu­ro­logue… Un comble.

35)
ba­by­doc
, le 17.12.2014 à 20:52

Bon­jour,

En tant que mé­de­cin as­sis­tant vau­dois (équi­valent d’in­terne a Ge­nève et en France) je ne peux que confir­mer la pro­blé­ma­tique de la tech­no­cra­ti­sa­tion. L’exemple sui­vant est selon moi édi­fiant:
Dans mon hô­pi­tal, j’ai la chance de tim­brer, ce qui rend le nombre d’heures sup­plé­men­taires ef­fec­tuées par les mé­de­cins as­sis­tants vi­sibles. Même si par de sa­vants cal­culs on nous sous­trait en­vi­ron 15 heures par mois, ces heures sont ré­mu­né­rées et posent donc pro­blème à la di­rec­tion. D’au­tant qu’il n’est pas rare pour un as­sis­tant aux ur­gences de tra­vailler plus de 60 heures par se­maines.
Je ne re­vien­drai pas sur les rai­sons de cet état de fait. Le plus in­té­res­sant est la ré­ponse ap­por­tée a ce pro­blème par la di­rec­tion de l’hô­pi­tal. De­vant l’am­pleur des heures sup­plé­men­taires ef­fec­tuées par les mé­de­cins as­sis­tant (tous ser­vices confon­dus), la dé­ci­sion a été prise d’en­ga­ger… un chef de pro­jet en ma­na­ge­ment du per­son­nel! Son rôle: ana­ly­ser nos ho­raires et op­ti­mi­ser les plan­ning pour amé­lio­rer l’ef­fi­cience.

Merci Anne pour ces 2 ar­ticles qui re­flètent mal­heu­reu­se­ment bien le quo­ti­dien des soins hos­pi­ta­liers et très bon ré­ta­blis­se­ment.

36)
Jambo
, le 18.12.2014 à 09:41

@ba­by­doc: c’est le « nou­veau » syn­drôme de toutes les so­cié­tés. Y’a un pro­blème de « sous staf­fing », on en­gage un ou plu­sieurs ma­na­gers payés à prix d’or pour étu­dier des so­lu­tions au lieu de re­cru­ter du per­son­nel… Cher­chez l’er­reur, ce d’au­tant plus que ces per­sonnes s’auto-créent du tra­vail sinon s’ils pro­po­saient des so­lu­tions, di­sons prag­ma­tiques, leur poste de ne jus­ti­fie­rait plus. Pas ques­tion de scier la branche (le tronc) sur le­quel ils sont assis. Mo­ra­lité, leur ef­fi­ca­cité est biai­sée, pour res­ter poli, et ils de­viennent in­dé­bou­lon­nables puis­qu’en plus ils font parti du ma­na­ge­ment…

37)
Nept
, le 18.12.2014 à 19:11

Pour ce qui est du sous-staf­fing, je crois que les ur­gences hos­pi­ta­lières sont très par­ti­cu­lières.
En effet, un bon ser­vice doit être ca­pable d’ac­cueillir à tout mo­ment un ou plu­sieurs pa­tients cri­tiques. Ceci oblige fonc­tion­nel­le­ment à la pré­sence d’un staff re­la­ti­ve­ment im­por­tant.
Et ce staff n’est payable que si il est en moyenne assez uti­lisé… donc si les ur­gences sont en­va­hies de pa­tho­lo­gies di­verses, qui n’ont rien à y faire (contu­sions, rhumes, …). Celles-ci sur­char­geant le ser­vice, on doit aug­men­ter le staff…qu’il faut payer.
C’est le ser­pent qui se mord la queue!

Pro­blème que ma fonc­tion de Chef de Cli­nique en mé­de­cine d’ur­gence m’amène à vivre au quo­ti­dien…

38)
Jean-Yves
, le 19.12.2014 à 22:57

Les ur­gen­tistes ap­pa­raissent sou­vent (par na­ture ou choix, ra­re­ment par ha­sard), un peu comme “pom­piers des âmes” au­tant que mé­de­cins, et c’est tout à leur hon­neur.

Que les “Ur­gences” de nos pays se di­sant ci­vi­li­sés, dé­ve­lop­pés et hu­ma­nistes soient ca­li­brées par le seul filtre de la ren­ta­bi­lité à court terme m’in­quiète. In­quié­tude pour mes en­fants, pe­tits en­fants, et tous leurs co­pains et co­pines.

Soins adap­tés en cas de né­ces­sité ? Sinon, qui en paie les consé­quences ?
L’équi­libre éco­no­mique de cette ac­ti­vité “Ur­gente” est-il si dif­fi­cile à me­su­rer sur le long terme ?

Pré­ci­sion : J’ai passé l’âge de l’an­gé­lisme !

39)
pcst
, le 21.12.2014 à 15:52

Rien à faire. Kafka règne.

Bon ré­ta­blis­se­ment !
Mais quel récit sor­dide !
Je suis hor­ri­fié de lire que passé l’âge des pre­mières rides, on ne peut même plus se faire poser un pa­ce­ma­ker. On se fait sé­ques­trer ses af­faires, ses pa­piers, et sauf à ca­cher son iphone, ses moyens de com­mu­ni­ca­tion.
Au se­cours ! On en­ten­dait il y a vingt ans de sem­blables hor­reurs du côté de l’An­gle­terre, bien en­tendu en ri­ca­nant d’auto-sa­tis­fac­tion vu la su­pé­rio­rité de notre sys­tème de santé.
Et nous y voilà. Mais comme c’est ré­jouis­sant.

Allez, haut les pa­ce­ma­kers, et bonne santé à tous !
Luc

40)
zit
, le 21.12.2014 à 22:14

Quelle his­toire !

Tout d’abord, content que tu t’en sois sor­tie !

Et puis une ques­tion in­dis­crète à la ro­man­cière, peut–être un peu hors sujet :
quel effet cela fait–il d’être de­ve­nue ce que l’on ap­pelle un ci­borg ?

z (mmmmm, le « psy du tra­vail de la phy­nance », quel bel exemple, je ré­pêêêêêêêêêêêête : on vit vrai­ment une époque for­mi­dable…)