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C’est l’his­toire d’un JE qui n’aime pas être pris pour un ON

 

- Quand on se re­trouve en fau­teuil rou­lant à 20 ans, com­ment ré­agit-on?
- On com­mence par…

Cou­pez! On la re­fait!

- Quand tu te re­trouves en fau­teuil rou­lant à 20 ans, com­ment tu ré­agis?
- Ben tu com­mences par…

Pas mieux! On la re­fait en­core!

- Quand tu t’es re­trouvé à 20 ans en fau­teuil rou­lant, com­ment as-tu réagi
- J’ai com­mencé par…

Voi­lààààà!

T’as vu la dif­fé­rence?
Moi je la vois bien:

La pre­mière ques­tion, posée au ON, semble sous-en­tendre que tout qui se re­trou­ve­rait en pa­reille si­tua­tion ré­agi­rait de pa­reille ma­nière.

À la deuxième ques­tion, posée au TU, il est ré­pondu éga­le­ment avec un TU; mais à l’évi­dence un TU im­per­son­nel, uti­lisé dans le sens d’un ON. (Je sais pas toi, mais perso j’aime pas être pris pour un ON.)

Lors­qu’il m’est adressé, ce genre de TU me donne envie de fuir. Car il me semble m’im­pli­quer sans me de­man­der mon avis, un peu comme dans la phrase sui­vante, en­ten­due maintes fois:

- J’te jure: Quand tu vois ça, tu peux pas faire au­tre­ment que…

Ben oui.
Je PEUX faire au­tre­ment.
Ou pas.
Mais tant que je n’ai pas été dans cette si­tua­tion, je ne peux pas sa­voir exac­te­ment com­ment je ré­agis. Et même si ma ré­ac­tion res­semble à la tienne à s’y mé­prendre, je suis cer­tain qu’en la re­gar­dant de plus près on pourra y dis­tin­guer des nuances im­por­tantes, des rai­sons et des mo­ti­va­tions dif­fé­rentes; car nous ne sommes pas la même per­sonne. Et quand bien même nis ré­ac­tions de­vaient être iden­tiques, j'es­père que cha­cune sera bien per­son­nelle et non mi­mé­tique, conven­tion­nelle.

Ces deux formes de lan­gage me semblent être comme une sorte de jus­ti­fi­ca­tion. Une ma­nière de dire que, si « TU » et « ON » ré­agissent comme ça, ma propre ré­ac­tion s’en trouve lé­gi­ti­mée.

Mais re­ve­nons à notre in­ter­view ima­gi­naire:

La troi­sième ques­tion, seule, est selon moi une vraie ques­tion qui in­vite à don­ner une ré­ponse réa­liste, res­pon­sable et res­pec­tueuse:

  • Réa­liste : parce que pré­tendre que tout le monde ré­agi­rait de la même ma­nière est faux.
  • Res­pon­sable, car la ré­ponse - pour au­tant qu’elle soit sin­cère - en­gage for­cé­ment le ques­tionné. C’est de sa vie qu’il parle, c’est sa propre ex­pé­rience qu’il par­tage; et peut-être aura-t-il envie, pour ex­pli­quer sa ré­ac­tion, d’en li­vrer en­core un peu plus en par­lant par exemple d’ex­pé­riences pré­cé­dentes. Ou pas.
  • Et enfin une ré­ponse res­pec­tueuse, parce que celui qui la donne ne pro­jette pas sa propre ex­pé­rience sur les autres, leur lais­sant leur es­pace de li­berté.

Autre exemple d’une uti­li­sa­tion du TU que je res­sens comme abu­sive, tiré de ma propre ex­pé­rience: sur un forum, je de­man­dais à un in­ter­ve­nant:

- Com­ment fais-tu si tu as be­soin de tel objet et que tu n’as pas les moyens de le payer cash?

Il s’agis­sait donc d’achat à cré­dit, sous une forme par­ti­cu­lière, et je sou­hai­tais lui de­man­der, à lui, com­ment il gé­rait une si­tua­tion don­née. Sa ré­ponse est tom­bée:

- C’est simple, tu fais pas!

J’ai mis du temps à ac­cep­ter la per­ti­nence des ar­gu­ments qui sui­vaient, parce que je me suis senti comme agressé par cette ré­ponse. Il est cer­tain que l’in­ten­tion de son au­teur n’était pas de me faire la leçon ou de me dire com­ment je de­vais gérer ma vie; je veux croire que ce TU-là était une forme de ON, comme dé­crit plus haut. N’em­pêche. TU il y avait, TU j’ai reçu et forte était mon envie de lui de­man­der de quel droit il pré­ten­dait me dic­ter ma conduite. Et, en­core une fois, ceci in­dé­pen­dam­ment de la per­ti­nence de l’ar­gu­men­ta­tion. D’ailleurs, ma ques­tion ap­pe­lait un par­tage d’ex­pé­rience per­son­nelle, ar­gu­men­tée pour­quoi pas, mais pas une in­jonc­tion.

Je le redis: je suis convaincu qu’il ne s’agit que d’une ques­tion de vo­ca­bu­laire, et je n’en veux ab­so­lu­ment pas l’au­teur de cette ré­ponse. J’ai posé ma ques­tion en uti­li­sant un TU per­son­nel, il m’a ré­pondu en uti­li­sant un TU im­per­son­nel, un ON.

Un der­nier exemple:

« Ce film est d’un ennui… On se prend à se de­man­der si l’au­teur a bien com­pris lui-même le fond du pro­blème, et, plus grave, s’il a seule­ment une pe­tite idée de la ma­nière de s’y prendre pour trai­ter un tel sujet. À évi­ter à tout prix. »

Et, ailleurs, sous la plume d’un autre « spé­cia­liste », des louanges  en­thou­siastes et des « enfin quel­qu’un qui… »!

Cha­cun de ces deux per­son­nages est per­suadé de tenir LA vé­rité sur ce film. En ce qui me concerne, je se­rais plus in­té­ressé qu’ils par­tagent leurs ex­pé­riences per­son­nelles res­pec­tives: qu’ont-ils res­senti? En quoi cela a-t-il fait écho - ou pas - en eux? Le pro­pos leur a-t-il sem­blé per­ti­nent, que ce soit sur le plan de la forme ou du fond?  Avec tous les ar­gu­ments qu’ils veulent, do­cu­men­tés ou non, mais qu’ils parlent au JE. Et là, ils au­raient rai­son tous les deux!

~ ~ ~

Plus ça va et plus je suis convaincu de l’im­por­tance de par­ler au JE, de dire une pa­role qui en­gage et qui res­pecte; une pa­role qui nour­rit le dia­logue plu­tôt qu’elle cherche à s’im­po­ser; une pa­role qui me po­si­tionne en in­ter­lo­cu­teur, en par­te­naire, en ad­ver­saire pour­quoi pas, mais non une pa­role qui s’érige en vé­rité ab­so­lue. Même si, en cer­tains do­maines, il en est qui ont plus d’ex­per­tise que d’autres, il n’en de­meure pas moins que plu­sieurs ex­perts s’ex­pri­mant sur un même sujet peuvent ar­ri­ver à des conclu­sions dif­fé­rentes, voire op­po­sées.

Et enfin, je ne perds pas de vue qu’il peut m’ar­ri­ver de me trom­per (si, si, j’te jure!). Je consi­dère alors qu’il m’est plus fa­cile de re­con­naître mes er­reurs lorsque je les ai ex­pri­mées comme mon avis per­son­nel, mon ex­pé­rience per­son­nelle, que comme une vé­rité pré­ten­du­ment uni­ver­selle.

On me dira que je pi­naille, que je joue sur les mots, que tout cela n’est qu’une « façon de par­ler ». Et bien jus­te­ment. J’ai clai­re­ment le sen­ti­ment que cette « façon de par­ler » ré­vèle plus sou­vent qu’il n’y pa­raît une « façon de pen­ser ». Et lorsque j’uti­lise ce TU im­per­son­nel (ou ce ON) j’ai sou­vent l’im­pres­sion, si je prends le temps de m’écou­ter en pro­fon­deur, que c’est comme une ma­nière de « di­luer » ma res­pon­sa­bi­lité.

Dans l’édu­ca­tion que j’ai reçue, for­ma­tée par une cer­taine Église, le JE et le MOI étaient des mots sus­pects. Seul l'at­ten­tion à l’AUTRE était lé­gi­time. J’ai vu les dé­gâts que cela a fait chez cer­tains. D'un autre côté, si d’au­cuns dé­noncent l’in­di­vi­dua­lisme ac­tuel, le « cha­cun-pour-soi », je suis, dans une cer­taine me­sure, assez d’ac­cord.

Per­son­nel­le­ment, je suis à la re­cherche d’une in­di­vi­dua­tion, d’une connais­sance de moi-même, qui me per­mette, sa­chant qui je suis, d’en­trer en re­la­tion avec l’autre de façon au­then­tique et res­pec­tueuse. J’ai be­soin de l’autre, l’autre a be­soin de moi; mais cha­cun de nous a be­soin de lui-même, de sa­voir qui il est, et de pou­voir s’af­fir­mer de ma­nière Res­pon­sable Et Res­pec­tueuse (c’est mon RER à moi!). C’est le tra­vail de toute une vie; et si je suis dans le der­nier tiers de la mienne, j’ai de plus en plus conscience d’être en­core en ap­pren­tis­sage…

~ ~ ~

Je m’ar­rête là pour au­jour­d’hui, mais je risque bien de re­ve­nir tour­ner au­tour de ce thème un de ces quatre. C’est une ques­tion qui me tra­vaille et je n’ai pas fini de l’ex­plo­rer. Toi qui me lis, je t’in­vite à ex­pri­mer ici tes propres ré­so­nances et in­ter­ro­ga­tions sur ce mot dont l'ap­pa­rente ba­na­lité dis­si­mule mal une ver­ti­gi­neuse pro­fon­deur qui fait pas­ser la grotte de Son Doong pour un trou de sou­ris : JE

 

ìEchoî

22 com­men­taires
1)
pter
, le 03.11.2014 à 02:15

J’adore ton Hu­meur!

2)
Da­nielH
, le 03.11.2014 à 04:51

Très in­té­res­sant, très très in­té­res­sant!
Voici des mois et des mois que je me rends compte de l’uti­li­sa­tion conti­nuelle du « ON » et que j’en parle dans mon proche en­tou­rage.
Je suis at­ten­tif aux dif­fé­rents en­tre­tiens entre jour­na­listes et hommes po­li­tiques (en­tr’autre). In­croyable le nombre de fois que le « ON » est uti­lisé. Je me de­mande très sou­vent si cela n’est pas une ma­nière d’être im­pré­cis sur la res­pon­sa­bi­lité des pro­pos tenus dans ces en­tre­tiens, sou­vent très sé­rieux.
Cela me rap­pelle la dif­fé­rence des dis­cours de notre pré­sident ac­tuel qui em­ployait le « nous » un an ou deux avant son élec­tion et le « je » pen­dant la cam­pagne élec­to­rale…

3)
Ma­cramé
, le 03.11.2014 à 06:22

Très in­té­res­sant ar­ticle.

Il y a très long­temps, alors que j’étais ins­ti­tu­teur, comme les élèves uti­li­saient le « ON » à toutes les sauces, je leur di­sais ré­gu­liè­re­ment : « ON, c’est un CON ! ».

BONne jour­née !

4)
Ma­dame Pop­pins
, le 03.11.2014 à 09:25

Do­mi­nique,

C’est toute l’im­por­tance non seule­ment du fond mais aussi de la forme : je peux en­tendre beau­coup de choses mais j’ai be­soin que l’autre y mette un peu des formes, ce qui ne veut pas dire « tour­ner au­tour du pot » ou « user de la langue de bois » mais dis­tin­guer ce qui lui ap­par­tient – « j’ai été blessé par… » et non pas faire une gé­né­ra­lité en « tu » : « tu es tou­jours…. »

Tout cela est « fa­cile » quand il n’y a pas une sur­charge d’émo­tions, d’un côté comme de l’autre.

Merci pour ce billet, qui in­cite à la ré­flexion dans ce long che­min, ex­cel­lente jour­née,

5)
ysen­grain
, le 03.11.2014 à 10:57

Je suis ex­trê­me­ment dé­pité que Ma­dame Pop­pins ait écrit ce que je pense avant moi.

« On » a tout dit, et « je » suis content.

6)
Jaxom
, le 03.11.2014 à 14:58

D’après ce que je viens de voir en cours, je di­rais que tu parles de com­mu­ni­ca­tion non vio­lente. L’un de ses prin­cipe est l’ex­pres­sion en « je », cela évite le sen­ti­ment d’agres­sion par notre in­ter­lo­cu­teur.

7)
Mar­co­li­vier
, le 03.11.2014 à 15:01

Merci Do­mi­nique pour ta ré­flexion très in­té­res­sante. Je par­tage ton avis que les «on» et «tu» évo­qués illus­trent bien sou­vent une dis­tan­cia­tion per­son­nelle, un refus de s’en­ga­ger par rap­port aux pro­pos tenus, et j’ajou­te­rai éga­le­ment, une honte, une ti­mi­dité, une an­goisse sous-ja­cente de dire (ou faire) faux par ob­ses­sion d’une cer­taine confor­mité so­ciale (no­tam­ment le po­li­ti­que­ment cor­rect) et par le mythe de l’ob­jec­ti­vité.

Ce qui en dé­coule, c’est soit des pro­pos vagues et ti­mides (un bal­lon d’es­sai), sans forces ni ar­gu­ments, soit le règne des Tar­tuffes de sa­lons qui s’en­robent dans une fausse lé­gi­ti­mité (au­to­rité) dé­cou­lant de la gé­né­ra­lité abu­sive de cas peut-être uniques. Ce n’est pas pour rien que cette «tech­nique» est sou­vent uti­li­sée (mais pas uni­que­ment) lors­qu’«on» parle de su­jets qu’«on» ne maî­trise ou ne connaît pas, ou mal, ou lors­qu’«on» dé­cide dé­li­bé­ré­ment d’oc­cul­ter une par­tie de la réa­lité pour pri­vi­lé­gier celle qui sa­tis­fait notre opi­nion, notre idéo­lo­gie ou nos in­té­rêts. Je suis cer­tain que je ne suis pas le seul à avoir constaté cela lors de dis­cus­sions entre amis (y com­pris bien en­tendu dans ma propre bouche), mais plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les in­ter­ven­tions po­li­ti­ciennes (lors de tout vote, il y a tou­jours des avan­tages et des in­con­vé­nients dans les deux camps), dans la presse, les mé­dias et autres talk-shows.

À ce pro­pos, ce n’est à mon avis pas pour rien qu’on qua­li­fie par­fois les uni­ver­si­taires (dont je suis) de «demi-sa­vants» parce que ces der­niers ont ten­dance, ayant abordé de ma­nière sou­vent assez su­per­fi­cielle un sujet, à se croire de grandes au­to­ri­tés en la ma­tière. C’est du moins ce que j’ai constaté lors de mes études en re­la­tions in­ter­na­tio­nales, dé­plo­rant le manque d’hu­mi­lité gé­né­ral en ma­tière de com­pré­hen­sion et de re­cherche de la vé­rité, et ce à tous les ni­veaux aca­dé­miques.

Ce­pen­dant – et les «on» de mon deuxième pa­ra­graphe sou­haite l’illus­trer -, la gé­né­ra­li­sa­tion est, selon les cas, tout à fait lé­gi­time. Cette gé­né­ra­li­sa­tion peut trou­ver son fon­de­ment dans une ex­pé­rience per­son­nelle spé­ci­fique à la gé­né­ra­li­sa­tion que l’on fait. Elle peut éga­le­ment émer­ger suite à des ré­flexions fon­dées sur la rai­son, l’ana­lyse, les faits et des ex­pé­riences an­nexes. At­ten­tion ce­pen­dant, qui dit gé­né­ra­li­sa­tion ne dit pas ab­so­lu­ti­sa­tion. De même, si une ex­pé­rience per­son­nelle spé­ci­fique ne peut pas être gé­né­ra­li­sée à l’en­semble des cas si­mi­laires, éga­le­ment une gé­né­ra­li­sa­tion ne si­gni­fie pas que tous les cygnes soient blancs.

Par ailleurs, je n’ai pas be­soin de vivre (ou subir) cer­taines si­tua­tions pour pou­voir en par­ler, non du point de vue de mon sexe, de ma na­tio­na­lité, de mes goûts per­son­nels, de mes ex­pé­riences ou de ma pro­fes­sion, mais de mon point de vue d’être hu­main. J’ai la convic­tion qu’en tant qu’être hu­main, nous par­ta­geons de ma­nière gé­né­rale cer­taines croyances, cer­taines sen­si­bi­li­tés, cer­taines vi­sions com­munes sur de nom­breux su­jets. C’est sans doute dû au fait que l’homme est un ani­mal so­cial, gé­né­ra­le­ment ins­crit dans une com­mu­nauté spé­ci­fique non ex­clu­sive. Si tel n’était pas le cas, nous se­raient-ils pos­sible de nous com­prendre, re­clus dans la sub­jec­ti­vité in­di­vi­dua­liste de notre ex­pé­rience per­son­nelle, évi­dem­ment unique à nous-mêmes? Pour aller au-delà de notre com­mu­nauté spé­ci­fique, nous se­rait-il pos­sible de com­prendre une per­sonne d’une culture et d’une langue très dif­fé­rentes de la nôtre?

Aussi, il me semble pos­sible de tenir un dis­cours sensé et per­ti­nent à la ques­tion «Quand on se re­trouve en fau­teuil rou­lant à 20 ans, com­ment ré­agit-on?», même si le dis­cours tenu n’est pas basé sur une ex­pé­rience per­son­nelle. L’hon­nê­teté sera, bien en­tendu, de ne pas cher­cher à oc­cul­ter notre ab­sence d’ex­pé­rience et de se faire pas­ser pour ce que nous ne sommes pas, une pra­tique par trop ré­pan­due où le pa­raître et le dis­cours prime sur l’être et la réa­lité.

Mes ré­flexions s’em­ballent, alors que j’ai­me­rais ex­plo­rer plus avant les deux pistes sup­plé­men­taires évo­quées dans mon pre­mier pa­ra­graphe. Mais il me faut conclure, en ap­prou­vant bien le pro­pos que ma ma­nière de par­ler re­flète bien sou­vent ma ma­nière de pen­ser (et sans doute bien trop sou­vent, ma ma­nière de ne pas pen­ser mais de ré­pé­ter le «prêt-à-pen­ser»; et là, je ferai peut-être par­fois mieux de me taire), et en re­mer­ciant l’au­teur de nous rap­pe­ler l’im­por­tance de nous exa­mi­ner, d’exa­mi­ner ce que nous di­sons, et pour­quoi nous le di­sons.

Et pour ter­mi­ner, je vous livre mon «motto» per­son­nel: cu­rio­sité, hu­mi­lité, hon­nê­teté. Un com­bat de tous les jours, où, sans sur­prise, je ne ter­mine pas tou­jours vain­queur…

8)
406
, le 03.11.2014 à 16:03

@Ma­cramé
Mar­rant, çà. c’est exac­te­ment ce que mon père me ra­con­tait. que son prof lui di­sait :
ON est un con.
çà de­vait être dans les an­nées 60, ses études.
édit : 22/12/49 ? la même époque :-)

9)
Syl­vain
, le 03.11.2014 à 16:32

Merci Do­mi­nique pour cette ré­flexion qui m’a beau­coup tou­ché.
Il me semble que tu sou­lèves là rien moins que ce qui ha­bite toute re­la­tion hu­maine : la ma­nière de me consi­dé­rer moi-même et de consi­dé­rer mon vis-à-vis.

Ou, dit au­tre­ment: pour aimer les autres il faut s’ai­mer soi-même. (Toute la ques­tion étant alors dans la si­gni­fi­ca­tion du verbe aimer (tel­le­ment passe-par­tout en fran­çais) . Vaste sujet !

Pour re­bon­dir sur les pro­pos de Ma­dame Pop­pins, je se­rais tenté de dire que la forme est in­dis­so­ciable du fond et que les deux re­lèvent de l’in­ten­tion pro­fonde, de ce qui sort du cœur de cha­cun.
C’est lorsque je me laisse em­por­ter par cer­taines émo­tions, que je perds en quelque sorte la maî­trise de moi-même, que je peux alors de­ve­nir bles­sant. Ou alors si je ne suis pas at­ten­tif aux émo­tions de la per­sonne à qui je m’adresse.
De même que, sub­mergé par d’autres émo­tions, je peux aussi de­ve­nir ex­trê­me­ment sen­sible et vul­né­rable à ce qui peut m’être dit sans la moindre vo­lonté de bles­ser.

C’est le tra­vail de toute une vie que d’ap­prendre à don­ner une place adé­quate à mes propres émo­tions et à com­prendre et ac­cueillir celles de ceux que je cô­toie.

Tiens, en pas­sant, ça me fait pen­ser à ce fa­meux mot du re­nard dans « Le Petit Prince » : « … le lan­gage est source de mal­en­tendu ! »

10)
Dom' Py­thon
, le 03.11.2014 à 19:28

Whaouw! Merci pour vos contri­bu­tions!

@Ma­cramé: Je réa­lise que l’usage le plus cou­rant du ON est vrai­sem­bla­ble­ment en rem­pla­ce­ment du NOUS. C’est en tout cas dans ce sens que je com­prends la ré­plique “ON est un CON”. Je me sens d’ailleurs visé, car je dirai plus vo­lon­tiers à ma femme “on va au ciné?” que “al­lons-nous au ci­néma?”. Faut re­con­naître que par­ler au NOUS a de nos jours une pe­tite conno­ta­tion “am­pou­lée”, non?

@Ma­dame Pop­pins, in­té­res­sant que tu men­tionnes le fond et la forme. J’ai eu un mo­ment l’en­vie d’en par­ler et puis j’ai ou­blié. En fait, si l’on peut dans un pre­mier temps dis­tin­guer le fond (le mes­sage) de la forme (les mots choi­sis), en creu­sant j’ai envie de dire que la forme est en fait ré­vé­la­trice d’un “fond sous le fond”, soit la po­si­tion de base dans la­quelle se met celui qui parle (ou écrit). Le fait de choi­sir tel ou tel mot tra­duit quelque chose de bien plus pro­fond que le mes­sage que je veux faire pas­ser. Et j’in­siste: il ne s’agit pas ici pour moi de poin­ter du doigt, d’ac­cu­ser, mais bien plu­tôt de me ser­vir de cet outil d’ana­lyse pour ap­prendre à me connaître et à pro­gres­ser dans l’ap­pren­tis­sage d’une re­la­tion plus construc­tive.

@Jaxom: com­mu­ni­ca­tion non vio­lente, c’est tout à fait ça. Et ça me touche par­ti­cu­liè­re­ment que tu évoques cela, car au coeur de ma ré­flexion se trouvent deux bles­sures que j’ai in­fli­gées à deux per­sonnes. En fai­sant une dé­marche qui se vou­lait pré­ci­sé­ment orien­tée vers plus de vé­rité et de trans­pa­rence, j’ai to­ta­le­ment sous-es­timé la vio­lence de mes pro­pos et j’ai blessé pro­fon­dé­ment ces deux per­sonnes. J’ai dé­cidé qu’il n’y au­rait pas de troi­sième épi­sode.

@Mar­co­li­vier: l’an­goisse de faire faux, je connais bien. Et je crois que tu as rai­son de la mettre en re­la­tion avec ce thème.
Concer­nant la pos­si­bi­lité de don­ner une ré­ponse per­ti­nente à une ques­tion posée au ON, je suis d’ac­cord. L’exemple que j’ai pro­posé tait ins­piré d’une ha­bi­tude de cer­tains jour­na­listes de poser au ON des ques­tions qui ma­ni­fes­te­ment s’adresse à UNE per­sonne et ap­pelle un re­tour d’ex­pé­rience. Mais en ima­gi­nant que la ques­tion est posée par exemple à un thé­ra­peute, on peut – par­don: je peux (!) tout à fait ima­gi­ner le ON comme lé­gi­time.

@Syl­vain: je re­bon­dis sur ton re­bon­dis­se­ment en voyant que tu évoques quelque chose de proche de ce que je ré­ponds à Ma­dame P. Et j’ai envie d’ajou­ter que le but de l’exer­cice est non seule­ment d’évi­ter de faire du mal à l’autre, mais aussi – et peut-être tout d’abord – de mieux se connaître et de se po­si­tion­ner de façon plus juste (dans le sens de la jus­tesse au­tant que celui de la jus­tice). En étant moi-même juste et en connexion avec ma pro­fon­deur, c’est déjà une bonne par­tie du tra­vail de la sus­men­tion­née com­mu­ni­ca­tion non vio­lente qui est fait.

Pas­sion­nant tout ça! Je vous re­mer­cie en­core. Étant un couche-tôt, il y est très pro­bable que je ne re­vien­drai pas ce soir. Mais je me ré­jouis de dé­cou­vrir de­main matin d’éven­tuelles autres in­ter­ven­tions!

11)
Fran­çois Cuneo
, le 03.11.2014 à 20:31

En pé­da­go­gie, le JE est ex­trê­me­ment im­por­tant, et le TU de­vrait être évité lors­qu’il stig­ma­tise.

Ainsi, je peux dire « Je ne com­prends pas le com­por­te­ment dont tu viens de faire preuve » et je dois évi­ter « Tu es un voyou ».

Cela change tout dans la per­cep­tion de la cri­tique. L’en­fant dans le pre­mier cas a une porte de sor­tie, chan­ger son com­por­te­ment.

Dans le deuxième cas, l’en­fant est un voyou, il ne peut en sor­tir.

12)
Syl­vain
, le 03.11.2014 à 22:44

@Do­mi­nique: Je suis ab­so­lu­ment d’ac­cord avec ce que tu dis à pro­pos de la jus­tesse et de la jus­tice. Il m’ap­pa­rait éga­le­ment es­sen­tiel d’ap­prendre à se connaître en­tiè­re­ment – corps, âme et es­prit – afin de faire fonc­tion­ner le plus har­mo­nieu­se­ment pos­sible ces 3 dif­fé­rentes par­ties qui font de nous cette créa­ture ex­tra­or­di­naire qu’est l’hu­main. Pri­mor­dial aussi de n’en étouf­fer au­cune et de cher­cher la­quelle est la plus apte à di­ri­ger l’en­semble.

Par ailleurs, qui dit jus­tesse ou jus­tice dit ré­fé­rence ou mo­dèle, car au même titre qu’un na­vire a be­soin d’élé­ments ex­té­rieurs, de points de re­père, pour ar­ri­ver à bon port, je ne peux trou­ver mon che­min en re­gar­dant juste mon « bou­rillon » (nom­bril pour les non-hel­vètes).

Pour ce qui est de la com­mu­ni­ca­tion non vio­lente, je n’ai ja­mais vrai­ment creusé la ques­tion mais, in­tui­ti­ve­ment, j’ai l’im­pres­sion que c’est un concept in­té­res­sant mais qui ne doit pas se bor­ner à l’ap­pli­ca­tion de tech­niques ins­pi­rées d’études psy­cho­lo­giques. Comme tu l’évoques, Do­mi­nique, je crois qu’il y a d’abord un tra­vail per­son­nel in­té­rieur à faire d’où peut en­suite dé­cou­ler « na­tu­rel­le­ment » une com­mu­ni­ca­tion ai­mante. Et cela me fait d’ailleurs pen­ser à un pas­sage de ce très vieux livre, le plus lu au monde, et que j’aime tant :

« Je peux par­ler les langues des hommes et les langues des anges. Mais si je n’aime pas les autres, je suis seule­ment une cloche qui sonne, une cym­bale bruyante. Je peux avoir le don de par­ler au nom de Dieu, je peux com­prendre tous les mys­tères et pos­sé­der toute la connais­sance. Je peux avoir une foi assez grande pour dé­pla­cer les mon­tagnes. Mais si je n’aime pas les autres, je ne suis rien ! Je peux dis­tri­buer toutes mes ri­chesses à ceux qui ont faim, je peux li­vrer mon corps au feu. Mais si je n’aime pas les autres, cela ne me sert à rien !  »

@Mar­co­li­vier: Quelque chose m’in­ter­pelle dans le 5e pa­ra­graphe de ton in­ter­ven­tion nour­rie. Par rap­port à ce quelque chose qui nous unit tous sur cette pla­nète, je crois in­ten­sé­ment qu’il existe au plus pro­fond de chaque être hu­main une ré­mi­nis­cence de Dieu, comme un germe spi­ri­tuel d’où émane plus ou moins de cette éner­gie mys­té­rieuse et in­sai­sis­sable qui a donné nais­sance à l’uni­vers: l’Amour.
Cet amour ca­pable par exemple d’en­gen­drer à son tour l’es­pé­rance, le par­don, le sens de la jus­tice et tant d’autres choses qui font gran­dir l’être hu­main dans sa glo­ba­lité et en toute hu­mi­lité.

Tiens! sa­vez-vous que le mot homme et le mot hu­mi­lité ont la même ra­cine ? et c’est le cas de le dire puisque il s’agit du mot humus (la terre)

Bonne nuit.

13)
Ma­cramé
, le 04.11.2014 à 04:50

@Do­mi­nique Py­thon
@406

Je me sou­viens (c’était au début des an­nées 70) quand les ga­mins ra­con­taient en classe, ora­le­ment ou par écrit, ce qu’ils avaient fait pen­dant leurs va­cances ou la veille, ils avaient ten­dance à uti­li­ser ce « on » à tout bout de champ, ce qui ren­dait leur nar­ra­tion im­pré­cise…
« On a été au ci­néma », « on a été à la pêche », « on a joué au bal­lon »… Qui c’est, ce « on » ? Jacques, Pierre et moi ? Mes pa­rents et moi ?, etc.
Il est im­por­tant d’es­sayer d’être pré­cis, l’im­pré­ci­sion est source de mal­en­ten­dus (il suf­fit de voir ce qui se passe par­fois sur les fo­rums …).

Est-ce que le « nous » est plus pré­cis ? Je n’en suis pas si sûr …

15)
Dom' Py­thon
, le 04.11.2014 à 10:19

Est-ce que le « nous » est plus pré­cis ? Je n’en suis pas si sûr …

Il y a plu­sieurs ni­veaux de pré­ci­sion:

« On a joué » dit qu’une ou plu­sieurs per­sonnes in­con­nues ont joué
« Nous avons joué » pré­cise bien que
– il y avait plu­sieurs per­sonnes,
– j’en fai­sais par­tie.

Quand à sa­voir s’il s’agis­sait de mes pa­rents ou de Pierre et Jacques, c’est une autre ques­tion.

16)
Mar­co­li­vier
, le 04.11.2014 à 11:02

@Syl­vain: Ne se­rait-ce pas parce que nous avons tous été créé égaux en di­gnité par un même Créa­teur?

17)
Syl­vain
, le 04.11.2014 à 11:42

@Mar­co­li­vier: j’abonde en ce sens.

18)
Ma­cramé
, le 04.11.2014 à 11:54

@Do­mi­nique Py­thon

Il me semble que le « on » peut s’in­ter­pré­ter de plu­sieurs fa­çons selon le contexte :
– On dit sou­vent que le loup est un ani­mal dan­ge­reux : ef­fec­ti­ve­ment, ce « on », on ne sait pas de qui il s’agit. Des spé­cia­listes ? Des ber­gers ? La ru­meur ? Est-ce que je m’en­globe dans ce « on » ? …
– Je ra­conte à des amis :  » Di­manche der­nier on a été mar­chés dans la Tour­nette », il est clair que dans ce cas-là je fais par­tie de ces ran­don­neurs.

19)
Dom' Py­thon
, le 04.11.2014 à 12:36

@Ma­cramé: il me semble jus­te­ment que cette uti­li­sa­tion du ON à la place du NOUS est fau­tive, non? Il y a sur cuk des gens qui gens qui ont les connais­sances pour confir­mer/in­fir­mer.
Pour­rait-on nous éclai­rer? ;-)

21)
Dom' Py­thon
, le 06.11.2014 à 10:01

Merci Ma­cramé pour ton der­nier comm. je suis de­puis deux jours pris dans un tsu­nami pro­fes­sion­nel qui me laisse peu de temps en jour­née et au­cune éner­gie pour cuker le soir. D’où mon si­lence.
Mais tes liens, que j’ai par­couru en vi­tesse viennent fort à pro­pos com­bler une la­cune dans ma culture lin­guis­tique: je n’avais ja­mais réa­lisé que l’uti­li­sa­tion du ON dans le sens de NOUS jouis­sait d’une re­con­nais­sance of­fi­cielle. Je m’en vais éplu­cher plus at­ten­ti­ve­ment ces infos. Merci!

22)
M.G.
, le 07.11.2014 à 09:17

@406 : Su­perbe, cette page de Slate ! Merci pour le lien.