"Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent" chante Stephan Eicher : il se trouve que même si je ne suis pas fan de ce chanteur, ces paroles-là me "parlent", de plus en plus d'ailleurs.
Parce que, soyons honnêtes, entre les guerres les plus diverses, qu'elles fassent la une de tous les médias ou qu'elles soient déjà reléguées au rang de faits divers, et les décapitations, il ne fait pas bon commencer sa journée par prendre connaissance de l'état du monde.
Parce que, soyons honnêtes, le monde, il va mal et je comprends que ledit monsieur prenne la décision de ne pas annoncer à sa dulcinée "la dernière hécatombe" juste après son réveil - "déjeuner en paix" est un besoin que je ressens aussi - : je ne sais si c'est l'impuissance, le désarroi ou encore la "mauvaise conscience" de ne rien faire de concret "contre" (la pollution par exemple) ou "pour" (les victimes, les réfugiés, les sans-abris notamment) qui prévaut mais ce cocktail de sentiment a chez moi pour effet de susciter un réflexe d'autruche... La tête dans le sable, je fais semblant de rien car comme disait ma grand-mère "was ich nicht weiss, macht mich nicht heiss".
Sauf aujourd'hui. Bien que l'agir soit très restreint, je pense qu'il aura le mérite d'exister le temps d'une publication sur cuk : j'aimerais aborder avec vous un sujet que certains qualifieront de "choc", d'autres de "banalités pas pires que les guerres". Il est d'ailleurs monnaie courante dans les guerres, tout autant dévastateur, bien que sur un autre plan, que les armes, les bombes, les mines.
Le viol.
Quatre petites lettres qui cachent une réalité constante dans l'histoire de l'humanité, peu importe où se trouvent les êtres humains, peu importe leur couleur, leur religion : cette agression barbare consistant à imposer un acte non voulu à un tiers reste aujourd'hui encore largement taboue. On sait que "ça" existe mais "que faire contre ?"
Je n'ai pas la réponse à cette question légitime mais je crois qu'en parler, c'est déjà un (minuscule) premier pas.
Les statistiques, vous le trouverez sans moi et sans peine sur le net : elles présenteront de toute façon un intérêt limité puisqu'elles ne sont que la pointe de l'iceberg, sachant que la majorité des viols ou des tentatives de viol ne parviendront jamais à la connaissance des autorités pénales.
Mais admettons-le d'emblée, la poursuite judiciaire est elle aussi une pointe d'iceberg : comment se reconstruire après un tel acte, comment retrouver confiance en soi, comment reprendre une sexualité épanouie, comment et à qui parler du vécu traumatique, autant d'interrogations qui ne sont pas dans ma sphère de compétence mais qui sont capitales.
Mais pour en revenir à l'aspect pénal, force est de constater que "viol" ne signifie pas dans tous les pays la même chose. Oui, je sais, c'est étonnant mais c'est un fait. Que je me garderai de juger, ce qui ne m'interdit pas pour autant de questionner : pourquoi le droit suisse considère-t-il qu'il y a viol uniquement lors d'une pénétration péno-vaginale ? Un homme sodomisé n'est-il pas aussi une personne victime d'un viol lorsqu'il n'a pas consenti à cet acte ? Pas aux yeux du droit suisse, qui retiendra la contrainte sexuelle.
Que l'on distingue les "hommes" et les "femmes" n'est pas en soi suffisant pour que je sois interloquée : ce qui m'interpelle, c'est le fait que l'art. 190 al. 1 CP retienne une peine minimale d'un an en cas de viol et qu'il n'existe pas de peine plancher pour l'art. 189 al. 1 CP ! Il en découle qu'à mes yeux, la solution française est plus "juste" puisqu'elle considère qu'il y a viol lorsqu'il y a "intromission dans le vagin ou l'anus (sodomie), quel que soit le corps étranger (pénis, doigt, objet)"; en revanche, je suis bien en peine de savoir s'il faut considérer qu'une fellation forcée constitue également un viol, comme c'est le cas sur base de l'art. 222-23 du Code pénal français. Alors que je suis parfaitement à l'aise avec le fait de condamner différemment des lésions corporelles graves (art. 122 CP suisse : crever l'oeil de quelqu'un) et des voies de fait (art. 126 CP suisse : cracher contre quelqu'un), je suis perdue en matière d'atteintes sexuelles : est-ce "plus grave", "moins grave" pour la victime selon le type d'agressions qu'elle subit à l'encontre de sa liberté sexuelle ? Encore une question sans réponse uniforme, tant sur le plan pénal qu'à l'échelle de l'individu; il me reste néanmoins une conviction : il est primordial de mettre l'accent sur la prévention primaire, afin que ces actes ne se produisent plus.
Je suis également attristée par le fait que le viol reste un sujet encore plus tabou lorsqu'il est "conjugal" ou "commis sur des travailleuses et travailleurs du sexe" : en sommes-nous encore à penser que les liens du mariage sont une garantie absolue de respect, l'inconscient collectif en est-il encore à considérer que certaines personnes méritent plus de protection que d'autres ou, en d'autres termes, que certaines personnes n'ont pas volé ce qui leur arrive juste parce que l'acte sexuel monnayé est leur quotidien ?
Finalement, qui dit "viol" dit non seulement "personne victime" mais également "auteur" : j'aimerais qu'il soit un "monstre", un être "déviant" et "extraordinaire" - au sens de "sortant de l'ordinaire" - parce qu'il rendrait mon billet (presque) superflu. En effet, je ne crois pas que les Josef Fritzl soient les auteurs majoritaires de ces actes : son nom est bien plus souvent "voisin", "collègue de travail", "entraîneur de foot ou de natation", "membre de la famille"... Quel "après" pour ces gens, quel chemin pour eux, quel soutien pour leurs proches, je ne sais pas. J'aimerais savoir, j'aimerais avoir des certitudes mais je n'en ai plus l'âge : je réalise juste que le chemin est parsemé de souffrances, partout.
A défaut donc d'avoir des réponses, je me contenterai de relever notamment l'initiative prise dans un petit coin de la Suisse : réunir différents intervenants confrontés à l'épineuse question du viol autour d'une table ronde qui se tiendra le 25 septembre 2014 à Lausanne. Un petit coup de "pub" parce que je crois que face à certaines problématiques, il n'y a pas une réponse unique mais des regards croisés pour que s'unissent les compétences, pour que les victimes puissent reprendre pied, pour que les auteurs d'aujourd'hui ne soient pas les récidivistes de demain et que les générations futures ne soient plus confrontées, à quel que titre que ce soit, à cette abjecte violence.
, le 08.09.2014 à 06:43
J’adore Stefan Eicher. A mon avis la meilleure chose qui nous soit venu de Suisse depuis Cuk et le chocolat
Je partage ton point de vue sur les violeurs. Les atrocités de certains violeurs indiens il y a un an ou deux me glacent le sang. Cela m’a, sur le coup, donné des idées de castration.
Dernièrement j’entendais l’histoire ahurissante d’une étudiante américaine qui faisait une sit-in (ou plutôt un bed-in), pour réclamer l’expulsion de son agresseur. Encore trop de sentiments d’impunités chez les violeurs….
, le 08.09.2014 à 07:09
Je suis aussi littéralement assommé par des reportages sur l’utilisation du viol systématique utilisé comme arme de guerre au Kivu (avec des manches de pioche, oui, ça va jusque là), qui détruit la société de ce pays plus férocement et sûrement que des massacres et à moindre coût qu’avec des drones ou des bazookas.
Ce reportage en parle, et montre aussi un médecin confronté à ces atrocités quotidiennes et qui, bien trop seul, fait tout ce qu’ils peut, jour après jour avec des moyens très limités pour réparer (je ne vois pas d’autre terme) des corps de femmes fracassés, honteuses bien que victimes, et cependant repoussées par leur mari, leurs proches et déconsidérées dans leur propre société, au système génital et urinaire totalement détruits et dysfonctionnels (douleurs, incontinence, odeurs, stérilité, infections).
Son cabinet ne désemplit plus depuis longtemps …
, le 08.09.2014 à 08:33
Le viol est inexcusable, impardonnable où qu’il se passe. Et le viol utilisé comme arme de guerre (dans la guerre en ex-Yougoslavie c’était monnaie courante) est au-delà de l’innommable.
Mais après l’Inde, l’Amérique et le Kivu ou la Yougoslavie, on pourrait parler de la Suisse. Pour avoir été volontaire dans une clinique de femmes victimes de violence, j’ai vu qu’il se passe dans les couples, dans la rue entre une femme qui résiste et un homme qui la force, etc., etc. Et le viol est un traumatisme qui vous bouffe la psyché, car la victime finit toujours par s’en sentir coupable, aidée en cela par les tribunaux qui trouvent « qu’elle ne résistait pas assez » (sic, vécu personnel).
Je dis « elle », mais bien entendu il ne s’agit pas uniquement de femmes, bien que les hommes violés soient moins nombreux.
Quoi qu’il en soit, que ce soit à la suite d’une pulsion (le violé dans ce cas-là est l’objet – OBJET – de la satisfaction) ou par stratégie guerrière (pour humilier), le violé est rabaissé à une sorte de non-existence en tant que personne distincte.
Susan Sonntag dit dans un de ses livres (juste maintenant je ne retrouve pas lequel, peut-être dans La Maladie comme métaphore) que l’égalité entre les sexes sera atteinte le jour où le viol aura disparu du monde moderne.
Perspective dynamique qui, au lieu de la fatalité selon laquelle, ma foi, ça a toujours existé, cherche à entrevoir le jour, encore mythique il est vrai, où ça n’existerait plus.
En attendant, une des armes pour combattre le viol, c’est, à mon avis, d’en parler.
Merci Mme Poppins.
, le 08.09.2014 à 09:09
Oui Merci Madame Poppins de parler de cela. J’ai du mal à comprendre comment un être humain peut utiliser ce moyen pour réduire l’autre à l’état d’animal. Dans tous les cas, c’est un traumatisme souvent irrécupérable. Je suis pour qu’on enlève leur arme à ceux qui en abusent…
Si j’avais imaginé ça en 68 !!!
, le 08.09.2014 à 11:26
Au-delà de l’ignominie, il faut reconnaitre que le problème est complexe à analyser y compris dans les pays occidentaux car c’est LE sujet où la police n’enregistre pas 100% des actes. A contrario, je suis persuadé que les statistiques sur le vol de voiture, cambriolage ou homicide doivent frôler les 100% de la réalité.
Pour la Suisse, il y a eu 424 enregistrements pour viol en 1982 contre 571 en 2013 (+34%)… alors que dans le même temps la population est passée de 6.4 millions à 8 millions de personnes (+25%). Il semble donc y avoir une augmentation des viols enregistrés et je ne serais pas surpris d’arriver au même constat pour les autres pays occidentaux. Par conséquent, la réelle question est donc: y a-t-il toujours plus de sauvages qui commettent ce crime ou est-ce que dans l’absolu, le nombre de crimes est en baisse mais ceux déclarés sont en hausse?
J’ose espérer que ces crimes, dans l’absolu, sont en baisse… et qu’il y a toujours plus de personnes qui ont le courage de déposer une plainte et donc, d’affronter tout le processus judiciaire pour faire condamner l’auteur du crime.
Mais je pense que le problème est bien là et pour la victime, je peux comprendre que le processus judiciaire avec tout ce qu’il contient d’expertises, témoignages, procès (y compris avec les éventuels recours!), etc. soit vécu comme un second enfer et n’aide pas à oublier ou se reconstruire. En même temps, pour certaines victimes qui ont le courage d’aller au travers de ce parcours, il y a peut être un « soulagement » à faire reconnaitre le crime et faire condamner son agresseur.
Bref, les choses ne sont pas parfaites mais au-delà de la prévention possible, pour que les auteurs de ces actes soient poursuivis et condamnés, il faut enregistrer une plainte. Enfin, pour que les choses changent, je ne peux qu’encourager toutes les personnes victimes de ces actes de déposer plainte!
T
, le 08.09.2014 à 16:04
On ne peut que remercier Mâââm Poppins pour ce billet, qui fera certainement consensus sur Cuk. Je suis cependant surpris du peu de commentaires jusqu’à présent, alors que c’est un sujet qui concerne tout le monde. Serait-ce encore tabou d’en parler ?
La complexité de la perception du viol vient sans doute aussi de la diversité de ses conséquences. Certaines victimes arrivent à s’en sortir plus ou moins, tout du moins en apparence, d’autres sont psychologiquement détruites à vie.
Je me suis toujours demandé s’il fallait considérer l’agresseur comme étant mentalement dérangé ou si une « simple » pulsion peut transformer de nombreuses personnes en violeurs potentiels, comme c’est le cas avec l’homicide par exemple. En tant qu’homme, je ne peux pas comprendre quel plaisir sexuel on peut tirer d’une relation violente et non consentie.
, le 08.09.2014 à 17:29
Je viens de me faire la même réflexion je m’attendais à trouver une avalanche de commentaires.
Quant à ton incompréhension, smop, il y a des millions d’hommes, surtout ceux systématiquement frustrés par l’éducation reçue (toutes civilisations confondues) , pour qui humilier la femme, et souvent les enfants, est la seule manifestations de leur pouvoir, et ils ont soif de pouvoir.
(Via iPhone)
, le 08.09.2014 à 18:55
Cette phrase m’en rappelle une autre, tirée de la chanson « Je viens du fond de mon enfance » de Mannick:
« De réponses en questions, j’ai surtout désappris »
S’agissant du viol, s’il est évident qu’il faut punir – et durement – son auteur, je trouve difficile de devoir assumer que certaines questions soit de plus en plus nombreuses en moi et les réponses de moins en moins précises.
– comment évaluer, « quantifier » la gravité d’une agression sexuelle?
– est-ce seulement possible d’objectiver cela?
– comment aider la victime à se reconstruire, et d’abord à se débarrasser de la part de culpabilité que – paraît-il- beaucoup ressentent?
– comment l’aider à dénoncer ce crime odieux, sans pour autant être obligée de le revivre encore et encore, en devant assumer, en plus, le regard de certains qui lui reprocheront sont maquillage, son décolleté, ou simplement son sourire?
– quelle formation pour les différentes personnes (dont la police) qui ont à recevoir ces victimes?
– quelles lois pour punir?
– etc…
Parallèlement à ces questions qui concernent la gestion du crime qui a été commis, je suis habité par d’autres questions, qui visent à comprendre ce qui a conduit à la commission de ce crime, et plus particulièrement ce qui a conduit sont auteur à le commettre.
– quelle attitude adopter vis-à-vis du violeur? La punition, la responsabilisation, la condamnation, certes, mais… cela suffit-il?
Je n’arrive pas à oublier que, si monstrueux puisse-t-il être, cet acte a été commis par une personne humaine (au sens biologique du terme, donc) pareille à moi. Je n’arrive pas à me décrasser de cette question:
– Que s’est-il passé dans la vie de cet individu pour qu’il devienne ce monstre? C’est pour moi un grand mystère.
Qu’on me comprenne bien: je ne suis pas en train de dire “il faut le comprendre, avec les parents qu’il a eu (ou justement pas eu) on ne peut pas vraiment lui en vouloir”… Non! Mille fois non! Nous sommes quelques uns ici à savoir, pour l’avoir vécu ou l’avoir lu, vu ou entendu, que l’enfance difficile (par exemple) ne produit pas obligatoirement des criminels et que, si je ne suis pas responsable des circonstances de mon enfance, je suis clairement responsable des choix que j’ai fait.
Mais je je peux pas m’empêcher, c’est plus fort que moi, de me demander dans quelle mesure je peux, à mon échelle, être attentif créer les conditions qui aideront tel ou telle à faire le bon choix, et ne pas devenir ce monstre que la presse et l’opinion condamnera sans appel et avec raison…
Je me pose ces questions concernant toutes sortes de criminels, et tout particulièrement les violeurs, dont le crime est probablement (?) le plus abject. Mais ces questions sont inconfortables et leur formulation est délicate, tant est grand le risque d’être mal compris et accusé d’angélisme ou de “déresponsabilisateur”(si le mot n’existe pas je l’invente).
J’ai eu beaucoup de mal à trouver les mots, et encore, je ne suis pas certain d’y être parvenu.
, le 08.09.2014 à 19:39
C’est le plus simple: à partir de l’instant où une femme (ou un homme) a dit non, et l’autre force, il y a viol. Il n’y a pas un viol moins grave qu’un autre.
Très difficile sinon impossible. Cet instant où le moi a été nié, tué, reste toujours en toi. Il y a des personnes qui n’arrivent à parler de leur viol que 50 ans plus tard. Et pendant ce temps, ça les bouffe, consciemment ou inconsciemment, ça change leurs comportements. Je pense notamment à «notre» Roger, violé adolescent ET par une bonne soeur ET par un curé. Il lui a fallu toute la vie pour arriver à faire face, et à écrire ce livre très courageux que vous savez.
On ne peut pas «aider» quelqu’un à dénoncer le viol. Ou le violé a en lui la possibilité de le faire, ou pas. Et quand il ne l’a pas, souvent personne ne sait même qu’il/elle a été violé, et alors là, aider, bonjour les psychanalyses. Quant aux reproches sur les vêtements etc, c’est une manière comme une autre de rejeter la faute sur le/la violé(e).
La formation des policiers des brigades de moeurs a fait un très grand pas en avant depuis une génération, mais rien qu’à voir le quasi-silence qui entoure cette contribution, on se rend compte que c’est très complexe pour tout le monde.
Mais pas une raison de lui trouver une quelconque excuse.
Pour toutes les autres questions que tu te poses, il me semble que Mme Poppins a très bien répondu d’avance, pour ainsi dire.
, le 08.09.2014 à 20:04
Merci Anne.
C’est pourquoi ma question portait non sur le viol mais sur l’agression sexuelle. J’ai l’impression que pour certains, du moment qu’il n’y a pas eu pénétration ça n’est pas si grave. Personnellement je suis convaincu de la gravité de toute forme d’agression. Mais – je pose la question, n’y ayant pas été confronté personnellement – ne peut-on pas dire toute de même que les conséquences d’une « mains aux fesses » ne sont pas moins graves que celles d’une pénétration? L’acte est grave, oui, mais ne peut-on pas tout de même dire qu’il y a une graduation?
On est bien d’accord et j’espère ne pas avoir été compris dans ce sens. C’est précisément la difficulté à laquelle je fais à la fin de mon commentaire.
, le 08.09.2014 à 20:07
Coluche disait dans un sketch: « le viol c’est quand on veut pas. Mais moi je voulais »
, le 08.09.2014 à 20:45
C’était ce que j’écrivais dans mon intervention précédente, nous ne sommes pas tous égaux en la matière. Oui, il y a graduation, mais elle n’est sans doute pas la même pour tout le monde. Le rapport à la sexualité, à l’intimité et à la pudeur est très différent d’un individu à l’autre.
, le 08.09.2014 à 20:51
Je pense qu’il faut avoir subi une agression sexuelle pour comprendre qu’il n’y a pour la victime pas de différence. Avant que ça nous arrive on croit savoir, mais en fait on ne sait pas.
Via iPhone
, le 08.09.2014 à 21:05
En effet, mais que dire? Une fois qu’on a dit que c’est un comportement inacceptable?
La seule chose qui me vienne en tête n’est pas forcément intéressante ou nouvelle. Nous avons une société qui fait tout pour glorifier l’homme macho, physique et agressif et la femme totalement dévouée au plaisir et à l’apparence. Que cela génère exclusion, frustration, puis violence pour correspondre à ces modèles imposés n’a rien d’étonnant, et ne suppose pas une fin rapide de ces agressions.
Ce qui est dramatique, c’est qu’à l’échelle planétaire, chaque culture a des arguments pour imposer les mêmes valeurs abusives, et dénaturer de la même façon les notions d’appartenance et de soumission amoureuse, qui sont normalement heureusement consenties.
, le 08.09.2014 à 22:02
Je retrouve enfin une connexion après une journée trop chargée : il est malheureusement trop tard pour mes neurones pour revenir sur le sujet, qui mérite une meilleure attention que celle dont je suis capable à cette heure.
Mais d’ores et déjà merci pour vos commentaires !
, le 09.09.2014 à 07:46
En reparcourant les contributions de hier, je me suis rendu compte que j’aurais dû dire (car j’ai choisi d’en parler aussi haut et fort que possible dès l’instant où cela s’est produit) que lorsque je parlais de l’agression sexuelle (et je refuse l’idée de « graduation ») je le faisais depuis l’intérieur. J’ai essayé de me « débarrasser » de ce qui m’était arrivé, de l’effacer en quelque sorte, en le racontant dans un livre que vous pouvez tous lire, puisqu’il a paru ici-même à l’époque où cuk a publié mes polars en feuilleton du dimanche (Âme de bronze), si vous l’appelez dans « rechercher » vous en recevrez sans doute les références, il y en a une quinzaine d’épisodes.
Pour moi, ce livre a été, de ce point de vue là, inutile. Tout un pan de ma vie affective a été détruit pour toujours. Je crois que toutes les victimes de violences sexuelles vous diront cela, et c’est d’autant plus horrible que souvent l’agresseur oublie.
L’agresseur, lorsqu’il a été dénoncé, a écopé de x mois ou années de prison. Pour la victime, sur ce plan-là, c’est une prison invisible et insidieuse – à vie.
, le 09.09.2014 à 18:41
Renaud, si je comprends que les actes relatés par la presse en Inde notamment te glacent le sang, je dois admettre que les viols commis juste « next door » me tétanisent au moins autant : cette fois-ci, l’auteur-e est un-e voisin-e, une connaissance, un-e collègue…. Et bien que je sois attentive à mon prochain, je ne vois ni la souffrance de la victime ni l’auteur-e… Tout est si bien caché…
Zallag, je n’ai jamais voulu devenir médecin mais face à de tels actes, je me demande comment ils font face, comment ils gèrent, eux, leurs émotions : je doute que les bancs de la fac les préparent à ça !
Anne, c’est en effet mon rêve : qu’on puisse considérer le viol comme quelque chose qui n’arrivera plus, qui a été endigué, qui appartient au passé de l’humanité. Je n’ai pas envie de baisser les bras mais je me sens un peu découragée en mesurant – à mon échelle – à quel point la route est encore longue… Merci pour tes différentes interventions !
guru, je crois en effet que c’est un traumatisme profond, très profond mais j’ai besoin de croire qu’il y a des personnes victimes qui se relèvent et qui parviennent à laisser derrière elles ce terme de « victime », pour redevenir maîtresses de leur parcours !
Smop, le commentaire est peut-être rare mais ne dit-on pas de certains silences qu’ils sont assourdissants ? Qu’on soit « concerné » par la problématique sociale que représente le viol, qu’on ait été victime ou au contraire, auteur, je pense qu’il n’est pas facile de s’exprimer, de trouver les mots. J’ai même hésité à publier ce billet, j’ai requis « l’autorisation » de François, comme si je n’étais pas certaine que ça soit ok de parler de « ça ». Je peux donc comprendre que le chemin jusqu’au clavier ne soit pas aisé pour d’autres.
Dominique, parmi les questions que tu poses, il en est une qui me vient souvent à l’esprit (c’est la « prof » qui parle, me diras-tu) : comment les gens qui sont amenés à côtoyer professionnellement ou des personnes victimes ou des auteur-e-s ont-elles été formées à cette problématique ? Bien sûr, comme le souligne Anne, des progrès ont été fait mais comment « formaliser » ce qu’il reste à faire puisque le consensus n’est pas présent. Ainsi, je pense que le juge s’estimera suffisamment formé mais qu’aux yeux de la victime, il ne l’aura pas été assez; le psychiatre estimera que son « art » est propice à soutenir la victime mais qu’en est-il pour soutenir l’auteur et sa prise de conscience ?
Anne, tu as raison : il n’y a pas de viol moins grave qu’un autre mais force est de constater que les ressources dont disposent les personnes victimes pour tenter de se relever après un tel traumatisme sont très différentes. Reste néanmoins que pour toutes, je crois, il y a un « avant » et un « après »…
Smop, justement, il y a une perception différente mais les victimes auront toutes un point commun : elles ont toutes dit « non », verbalement, physiquement et du coup, chacune à son échelle subit une même violence, je crois.
Modane, c’est en effet troublant de constater que les « »raisonnements » », les « »explications » » des auteur-e-s sont partout dans le monde les mêmes alors que sur d’autres points, ces gens-là différent totalement. En même temps, je me dis que si les auteur-e-s présentent des points communs quant à leur construction et représentation, il devrait être plus facile d’y travailler à l’échelle mondiale. Malheureusement, je doute que cela soit le cas : je n’ai pas connaissance d’un projet à l’échelle de l’Europe par exemple, à part plein de belles déclarations, auxquelles tout le monde peut se rallier.
Je vous remercie pour vos commentaires et le respect qui les a guidés. Merci.