Permettez-moi en ce mardi, de céder la parole à Argos, un de nos fidèles lecteurs, qui vit actuellement en Georgie.
J'imagine que son éclairage sur ce pays, avec des photos qu'il a prises lui-même, nous permettra de nous faire une idée un peu plus précise sur ce pays qui souffre en ces jours difficiles.
Je vous laisse donc la parole, Argos… Et merci pour votre participation de ce jour, en vous souhaitant bon courage là-bas.
La Géorgie, mais qu'est-ce que c'est? par Argos
Un Suisse en Géorgie, fidèle de cuk.ch, voilà qui peut sortir
de l’ordinaire. De Suisses, il n’y en a en effet pas
beaucoup. Des expatriés travaillant pour des ONG, et les
membres de notre représentation diplomatique et de la DDC,
qui sont trop peu nombreux, mais les moyens consacrés à notre
présence à l’étranger sont dérisoires.
Venu d'abord à la fin du siècle passé pour enseigner au sein
d’une haute-école dans le cadre de l’aide au développement,
pris par le charme du pays, mon contrat terminé, j’ai décidé
de rester.
Je ne l’ai jamais regretté, tant la chaleur des habitants, la
beauté et l’originalité de la région m’ont séduit.
J’ai donc commis un petit article pour répondre à la
curiosité de certains lecteurs et lectrices.
Le conflit récent a focalisé l’attention sur la Géorgie, forçant parfois à se demander: Mais c’est où, ça?
Très simple. Au Sud de la Russie, dans le Caucase, au bord de la Mer Noire, en face de la Roumanie. Bref, en Europe.
Il s’agit d’une très ancienne civilisation. Mieux, on y a découvert le squelette du plus ancien Européen, vieux d’un million et demi d’années. De quoi réviser quelques chronologies. Et on y a inventé le vin il y a plus de sept mille ans comme en témoignent des fragments d’amphores découvertes dans la région, semblables à celles utilisées encore aujourd’hui.
On connaît bien la Géorgie sous un autre nom. Les Grecs l’appelaient Colchide, Jason vint y rechercher la Toison d’or et emmena Médée, une princesse locale qui lui causa de gros ennuis. Conclusion valable encore aujourd'hui: il ne faut jamais tromper une Géorgienne.
Les civilisations se sont succédées et les traces en subsistent.
Alors, pour commencer, un peu d’archéologie
Une cité troglodyte, Uplis Tsikhe, contrôlait dans l’antiquité la route de la soie qui passait par là.
Le roi tenait ses audiences dans un palais souterrain.
La cité continuera à prospérer à l’ère chrétienne.
Avec l’Arménie, la Géorgie est le premier État à adopter le christianisme, avant même l’Empire romain.
La cathédrale de Sveti Shhoveli dans l’ancienne capitale Mzheta.
Royaume puissant au Moyen-Age, contenant la poussée de l’islam, la Géorgie sera dévastée par les hordes de Gengis Khan puis de Tamerlan, avant de subir les incursions des Turcs et des Persans, puis d’être annexée par la Russie. Après une brève période d’indépendance au lendemain de la Révolution de 1917, elle est occupée par l’Armée rouge et intégrée à l’URSS. Qui est dirigée par un Géorgien, Joseph Djougachvili, dit Staline.
Musée Staline à Gori. Comme un écrin, il entoure sa maison natale.
Indépendante depuis1991, la Géorgie reste la cible des pressions de son voisin du Nord, la Russie. Celle-ci a animé les conflits qui lui ont fait perdre deux provinces, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.
Tbilissi, la capitale, possède un charme issu d’un mélange
entre différents genres d’architectures. Elle possède
aujourd’hui un million et demi d’habitants, plus du tiers de
toute la Géorgie.
Le style ottoman a imprégné la ville, avec ses balcons.
Ou encore
Leur état de conservation est parfois déplorable.
Et en plein centre-ville subsistent quelques merveilles
Les églises sont nombreuses
L’architecture russe a modelé certains quartiers à la fin du dix-neuvième siècle.
Tiflis,comme on l’appelle aussi, est alors la capitale de la Transcaucasie et apparaît comme un foyer intellectuel. Sa population est mélangée, les Arméniens sont plus nombreux que les Géorgiens, les juifs forment une minorité à l’abri d’un antisémitisme qui gangrène une partie de la Russie.
Malheureusement, l’époque soviétique détruira une partie des vieux quartiers,reliquats incompatibles avec « L’homme nouveau ».
Aujourd'hui Tbilissi est à nouveau vivante, ouverte, à la fois Européenne et Orientale, tentant de préserver son identité.
En comparaison, Tskhinvali, chef-lieu de l’Ossétie du Sud, n’offre guère de charme. Depuis, elle a encore souffert de la récente guerre.
L’Abkhazie, que la Géorgie a perdue en 1993, a souvent fait figure de paradis.
Un climat subtropical règne dans cet endroit qui fut le lieu privilégié des vacanciers russes au bord de la Mer Noire
L’un des plus beaux hôtels où logeaient les privilégiés reste comme beaucoup d’autres, abandonnés.
Les villas de l’époque tsariste alors que la région était considérée comme la Côte d’Azur de la Mer Noire étaient nombreuses.
Celle de Staline trône toujours à une dizaine de kilomètres de Soukhoumi. Il est en grande partie responsable de conflits d’aujourd’hui,
La guerre ne semble jamais loin.
Pourtant, ces vendeuses du marché sont aussi sympathiques que leurs homologues géorgiennes
L’agriculture ressemble parfois à celle du siècle passé et nous renvoie à un Caucase immuable.
Ces modestes images, prises lorsque mon travail me laissait un moment, ne proposent qu’un reflet de la complexité de cette région que l’Occident a trop longtemps ignorée. Il faudrait bien sûr évoquer l’Arménie, plus au sud, l’Azerbaïdjan avec Bakou, ses puits de pétrole, mais aussi sa ville persane et ses quartiers occidentaux créés à la fin du dix-neuvième siècle par les Nobel et les Rothschild.
La seule chose qui manque à cette région qui pourrait être bénie, c’est un peu de paix.
Hélas, elle ne semble pas encore pourdemain.
Aujourd’hui la Géorgie tente de se relever de cet épisode
dramatique. Cela fait plus de deux siècles que le Caucase
s’enflamme périodiquement. Le conflit actuel a immédiatement
provoqué un affrontement idéologique où chaque camp accuse
l’autre. Les machines de propagande ne se préoccupent guère
en fait de la situation des peuples directement concernés,
mais visent des intérêts plus larges et souvent moins
avouables.
La Géorgie au cours de son histoire a souvent manifesté son
esprit d’ouverture. Elle est à ma connaissance le seul pays
chrétien à n’avoir jamais connu d’antisémitisme, au contraire
de son voisin du Nord. Aujourd’hui, elle a adopté la
démocratie, bien jeune encore et son système est très loin
d’être parfait.
Il s’agit d’un peuple montagnard, qui au fond présente
nombre des caractéristiques propres aux Suisses. Il
pourrait,s’il était mieux connu,susciter un intérêt certain
auprès de ceux-ci.